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— Vous êtes, je crois, la seule personne que je connaisse ici ce soir. Vous étiez bien jeune lorsque Jj'habitais Québec et que j’allais, chaque semaine, faire visite À mes vieilles amies de la rue Saint-Louis, mademoiselle Baby et mademoiselle de LaNaudière. Est-on content de lord Stanley ici ?
— Je crois que oui. Comme vous, il refuse son appui aux fanatiques, et il se montre en cela un serviteur dévoué de la Couronne d'Angleterre, Lady Stanley est aussi une femme charmante et d’une rare distinction.
Est-ce que: vous vous plaisez dans votre niche ?
— Oui et non. J’y vois des choses qui afligent et des choses qui consolent. Autant que: possible, j'ouvre les yeux à ce qui est beau et:je les ferme à ce qui est ridicule.
—Oh ! alors vous devez.....,
Le gouverneur sourit avec bonté.
— Si Hébert m'avait donné un chapeau comme à Frontenac, continua-t-1l, j'aurais mieux aimé cela. J'ai bien souffert du froid l'hiver dernier. Pas autant cependant que
ne madame Micma, ma voisine. À propos, vous aq bien D u'auriez pas une couverture à me céder pour | j'al- le petit sauvage du Groupe Indien ? Cet in red enfant-là fait vraiment pitié. Je l’entends | adé- souvent tousser, et Je ne comprends pas fi N'a - comment Hébert..,...— Qui sont ces ecclé- ( ici ? siastiques ? | fiide — Monseigneur Pâquet et monsieur Rous- | | | een sel, du séminaire de Québec. | pnne —....Oui, je les reconnais maintenant ; | une ce sont les deux premiers gradués de PUni- | tion. versité-Laval, et c’est moi-même qui leur ai il Û rotre donné leurs diplômes de bacheliers-ès-arts,
dans la grande cérémonie de l'inauguration | s qui D de l'Université, le 21 septembre 1854, en | nt présence de mes ministres, de tous les évèê- Fi ae ques catholiques du Canada, des officiers | à: de la garnison et d’un immense auditoire.
J'avais à mes côtés monseigneur Turgeon,
le recteur Casault, et monseigneur de Char- —. bonnel, qui venait de prononcer un discours ss admirable.
froid — Vous aussi, Milord, vous avez fait, ce
jour-là,un discours dont on à beaucoup parlé,
t que
Tout le monde était charmé de vous entendre vous exprimer dans un français si pur et avec une si merveilleuse facilité.
Un groupe d'hommes se tenait à quelque distance. On entourait Frontenac, que l’on avait reconnu à son costume, et on le questionnait sur Louis XIV, Colbert, Champigny, Phips et les Canadiens de la fin du dixseptième siècle.
A ce moment, le canon de neuf heures et demie fit entendre sa voix formidable de la redoute du Cap Diamant.
— Mon canon qui part tout seul! fit en riant Frontenac; il serait temps de retourner à nos places.
— Déjà partir! fit un jeune Journaliste, futur membre de la Société Royale, chargé, en attendant, du département des écras's dans un journal du matin : laissez-nous au moins un souvenir de votre visite.
— Un souvenir ? Je le veux bien; je vais vous donner un conseil :
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Honorez la simplicité et la frugalité.
Il y a trop de luxe en ce pays et l’on festoye beaucoup trop à Québec.
La frugalité est la vertu des races fortes.
Imitez vos pères des temps héroïques du Canada. Restez simples, sobres, religieux ; vous êtes déjà un peuple, vous deviendrez une nation.
— En politique ?...... fit le journaliste.
— En politique, défiez - vous des Bastonais. Restez fidèles à l'Angleterre, puisque vous lui devez allégéance. Respectez les droits des autres; mais eXigez qu’on respecte les vôtres. Là-dessus, pas de faiblesses !
Souvenez-vous que le drapeau tenu d’une main ferme est le seul qui soit respecté.
Le vétéran s'était redressé ; ses traits respiraient une majesté incomparable, tempérée par un regard presque paternel.
— Allons, maintenant, dit-il, en prenant le bras d'Klgin. Puis, s'adressant au gardien :
— Rends-moi mon chapeau et prends cette Emédaille appelée Aebeca liberatu : le juge Baby t’en donnera dix louis.
Une heure plus tard, Elgin, debout à son poste ordinaire, repassait dans son esprit les incidents de la soirée, et des larmes coulaient sur ses joues de bronze pendant qu’il redisait ce passage de son discours de l'inauguration de l’Université-Laval :
‘ Lorsque, la nuit, un voile brumeux couvre le firmament et dérobe les étoiles aux regards des humains, ne croyez pas que ces astres aient éteint leurs flambeaux. Attendez, et bientôt la brise dissipera les nuages, et les étoiles radieuses brilleront dans l’azur d'un nouvel et plus vif éclat.
‘ Lorsque, l’â:.e oppressée, le cœur troublé par les passions, vous ne voyez plus les sublimes clartés de la foi, attendez dans la prière er ne vous laissez pas envahir par le doute : bientôt un soufille divin viendra dissiper les ténèbres, et les vérités éternelles apparaîtront à votre esprit plus lumineuses et plus évidentes que jamais ! ”
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