‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 100 sur 301 · GRAVURE POPULAIRE DU PORTRAIT DE MONSIEUR, DUC D ORLEANS · texte numérisé non relu

GRAVURE POPULAIRE DU PORTRAIT DE MONSIEUR, DUC D ORLEANS

d'apanage, il seroit nécessaire d'expliquer, dans les Lettres patentes que le Roi, considérant la grandeur de la Monarchie et de sa Couronne, l’état florissant du Royaume, bien supérieur à celui qu'il avoit sous son prédécesseur; et voulant donner moyen à Monsieur, frère unique de Sa Majesté, et à ses successeurs mâles de soutenir la grandeur de leur naissance, a, pour ces raisons, fait don du Palais-

Royal à Son Altesse. On pourroit encore ajouter que le Roi a pris garde que l'apanage primitif qu'il lui a donné, étoit peu considérable; et si Son Altesse ou ses successeurs étoient obligés d'acheter un palais qui répondît à la dignité de leur Maison, ils se Irouveroient hors d’état de le faire sans s’incommoder notablement. En sorte qu’en cet état de choses, ou ne peut mieux faire, pour satisfaire à l'intention du Cardinal et faire honneur à sa donation, que de concéder ce palais, à titre d'apanage, à Monsieur, frère du Roi et à scs successeurs.

11 sera aussi à propos d'expliquer (pie le Roi donne le Palais-Royal avec toutes les augmentations et améliorations" que Sa Majesté et la feue Reine mère y ont faites.

Il sera encore à propos d'insérer que Son (Vitesse Royale et ses successeurs pourront l'augmenter et l'améliorer, comme ils le jugeront à propos, cl qu'au cas de réversion à la Couronne, par défaut d'hoirs mâles, la valeur des augmentations, améliorations et embellissements, sera rendue aux héritiers du dernier mâle décédé.

Ou pourroit même insérer que si les successeurs du Roi vouloient reprendre l'apanage, ils ne le pourroient faire sans donner au prince qui en jouirait une somme à fixer pour faire l'acquisition d'un autre palais qu'il posséderait à même litre d'apanage.

Celte clause peut servir à deux fins: elle fait voir qu'on avoit connoissance (pie le Palais ne pouvoil être donné, à cause de la destination précise indiquée par le Cardinal; en outre, elle donne une sûreté aux possesseurs du Palais-Royal, car l’indemnité étant réglée par le Roy, pour le cas où l'apanage serait repris à Son Altesse ou à ses successeurs, les héritiers de Sa Majesté ne pourront se dispenser régulièrement de la payer.

Il faut admirer ce petit chef-d’œuvre de casuistique et l’audace tranquille avec laquelle l’auteur anonyme du mémoire suggère les motifs qu’on devra invoquer pour donner à Monsieur le palais, tout en laissant «voir qu’on avoit connoissance qu’il ne pouvoil être donné». Louis XIV ne s’embarrassa pas de ce grimoire, n’en tiid nul compte et lit bien. Il lui suffisait d’invoquer son bon plaisir. Les lettres patentes qu’il rendit à Versailles en février 1692' et par lesquelles il donna à son frère «la maison cl 1 10s tel du Palais- Cardinal en toute son estenduc et consistance, tant en baslimcnts, cours, logements, jardins, eaux pour les fontaines, qu’autres dépendances...», indiquent son complet dédain des vaincs précautions juridiques qu’on lui conseillait.

Dès qu’il fut propriétaire en titre du Palais- Royal, le duc d’Orléans y commença les grands travaux dont le projet avait été déjà par lui arrêté et qu’on estimait devoir s’élever à plus de 000,000 livres, comme le dit le mémoire cité plus haut. Il lit soigneusement relever un plan du palais et de ses dépendances, indiquant avec exactitude scs droits de propriété pour chaque partie, car depuis le cardinal de Richelieu il y avait une telle confusion

1. Quelques auteurs ont dit le 9 janvier. L’acte qui est aux Archives nationales porte la mention du mois de février, sans celle du jour. Voyez aux Pièces justificatives, à la lin du volume.

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