‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 102 sur 301 · Cabinet des Estampes. Topographie. Palais-Royal · texte numérisé non relu

Cabinet des Estampes. Topographie. Palais-Royal

le frère de louis x i v

et qu'il ne croyoit pas qu'il y ait de distance marquée sur les contrats : c'est ce que l’on pourra savoir en voyant ces contrats1.

En suite de la maison de M. de Boinville est la maison marquée D, appartenant aux héritiers de M. de Flacourt, d'environ 4 toises de large, dont le derrière est éloigné d'environ 3 toises 1/2, comme à la place du charon; ce derrière est occupé par les gens de M. le marquis d'Elïiat, qui y a fait bastir un petit logement marqué E, aussi appuyé sur le mur de face du nouveau appartement. Il y a en cet endroit une petite cour qui donne sur le Palais-Royal et par où on y entre, et aussy une sortie sur la rue Saint-Honoré par la maison de M. de Flacourt.

La dernière maison marquée F, d'environ i5 pieds de large, adossée sur le mur du Palais-Royal, est de M. de L'Espine, un des contrôleurs généraux des Bastiments2, qu'il a bâtie avec celle de M. de Flacourt en mesme temps et dont la place leur a été vendue par Mm0 la duchesse de l'Aiguillon (sic), qui en a connoissance; une partie de cette place, ou peut-être le tout, pouvoit bien être encore du Palais- Royal, pour y laisser une distance servant de passage.

Au bout du cul-de-sac de l'Opéra, il y a en retour une petite cour marquée G où sont deux petits corps de logis marqués 111 que l'on m'a diet appartenir à M,no la marquise de Francière, où logent les gens et équipages de M. de Chalillon qui ont un passage par dans le Palais-Royal. Ces deux corps de logis semblent être de la suite des vicils bastiments marqués K qui sont restés de l'ancien hôtel d'Estrées, qui a été acquis pour le Palais-Royal, ce qui est vers la rue des Bons-Enfants.

A costé de ces vicils bastiments, il y a la petite ruelle marquée L de 3 pieds de large, qui a une entrée sur ladite cour de Mmo de Francière, et la sortie sur la

1. Voyez aux Pièces justificatives les Acquisitions du cardinal de Richelieu. Celle maison avait etc vendue le 18 novembre 1 (3/| 1 à Richelieu pour la somme de i3,3oo livres. Le contrat de vente spécifiait nettement les limites du terrain acheté, lequel était de 43 toises, derrière la maison du Chapeau-Rouge jusqu’à une marque que l’architecte Le Mercier devait lui-même tracer. Le contrat disait: «Pour séparer laquelle place vendue d’avec le surplus de ladite maison du Chapeau -Rouge, il sera fait un mur, aux dépens de mondit seigneur le cardinal, dont toute l’épaisseur sera prise sur lui, lequel mur demeurera néanmoins mitoyen entre ladite place vendue et le surplus de ladite maison du Chapeau -Rouge. » Il est probable que l’on ne vérifia pas bien en 1692 — malgré la note de D’Orbay — le contrat de vente de M. de Roinville, car longtemps après, en 1703, un héritier de celui-ci réclama à la famille d’Orléans une somme de 30, 000 livres comme indemnité, parce que, disait -il, le duc d’Orléans avait acheté en 1G92 une aile de cette maison, qui fut alors estimée à valoir 45o livres de revenus annuels, somme, ajoutait-il, qui ne fut jamais versée. Pour répondre à cette réclamation, le chancelier du duc d’Orléans à celte date de 1753, n’aurait qu’eu à se référer au contrat primitif de vente. Il ne le retrouva pas à ce qu’il parait, et préféra invoquer la prescription.— Voyez Archives nationales, Ri, 281.

2. De L’Espine était fils de ce L’Épine qui, conjointement avec de Flacourt et Boileau, avait acheté du duc de Richelieu plusieurs des terrains à bâtir du Palais-Royal. Ce fut un architecte de mérite et qui construisit à Paris nombre d’hôtels remarquables à la fin du xvme siècle. J’ai trouvé de lui quelques devis curieux de maisons donL la construction était projetée à Paris et à Versailles. C’est d’un de ces documents qu’est tirée la signature de cet artiste reproduite ici.

rue des Bons-Enfants, laquelle ruelle est dépendante du Palais-Royal. De l'autre costé de lad. ruelle sont plusieurs maisons appartenant à des particuliers.

Au-devant d'une partie de la façade du Palais -Royal, sur la rue Saint- Honoré, est la place marquée M, où estoit autrefois l'hôtel de Sillcry et d'autres maisons qui ont été acquises pour faire celte place entre les deux rues Saint-Thomas du Louvre cl de Fromentin, pour y bastir au fond des corps de garde marqués N. Ces corps de garde ont été accordés depuis très longtemps à des officiers par Brevets, qui y ont fait bastir en ce temps des logements au-dessus et ces deux petits pavillons qui avancent sur lad. place. — Ce i4 avril 1G92.

D'ORDAY.

Il ressort avec la dernière évidence de cette note et des documents d’archives qui ont été cités plus haut que les travaux d’agrandissement du Palais-Royal ne furent entrepris par le duc d’Orléans qu’en 1G92, c’est-àdire après la donation qui lui fut faite par le roi. Tous les auteurs qui, au xvme siècle, ont décrit le monument, et tous ceux qui ont suivi, n’ayant parlé (pie par ouï-dire, sans avoir sous les yeux de renseignements certains, ont pensé que ces transformations dataient d’années antérieures et qu’elles avaient élé ordonnées par Louis XIV. O11 voit que c’est une erreur. Une preuve plus positive encore nous est fournie par un extrait des Comptes de la Trésorerie de Monsieur, pièce absolument inédite, du plus vif intérêt, qui est aux Archives nationales1, et dans laquelle se trouve indiquée la somme dépensée par le frère de Louis XIV pour les nouveaux bâtiments du Palais- Royal. Celte somme monta à 297,698 livres 16 sols 10 deniers, non comprise celle de 12,09/1 livres pour entretiens, meubles ou réparations, ainsi que celle de 1,800 livres pour acquisition en 1694 d’un petit terrain appartenant aux Quinze-Vingts, lequel anticipait sur la courette ajoutée alors près de la galerie de gauche, sur la rue Saint-Honoré, et qu’on appela Cour de la Bouche. De pareils témoignages ont une autre valeur, on le reconnaîtra, que les assertions des Piganiol, Germain Brice, Thierry ou Blondel, qui — chroniqueurs très souvent mal documentés- — se sont bornés à accueillir cette légende, sans doute admise de leur temps, que ce fut Louis XIV qui, «sur les dessins de Jules Hardouin Mansart, lit construire sur un emplacement qu’occupoit le Palais-Brion, » et ajoutent que la galerie et les appartements donnant sLir la rue Richelieu «furent élevés par les ordres de Louis XIV en 1692». En notre siècle, Fontaine, Vatout, Ed. Fournier, M. Chabrol2, se copiant les uns les autres, ont adopté de confiance la légende. Sur ce point comme sur beaucoup d’autres, les affirmations se sont produites et transmises un peu au hasard. N’est-ce pas de cette façon que se fait le plus souvent

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