LE PA LAIS-RO A' AL
d’engouement dangereux ni cette admiration intransigeante pour les ordres antiques, dont le fatal résultat fut de substituer aux qualités si pittoresques de l'architecture française dn xv° siècle les formes pompeusement monotones que la mode imposa à partir de Louis XIII. Il s’était signalé à l’attention du cardinal par le projet ingénieux et habile qu'il avait proposé pour continuer, en les agrandissant, les plans de Lescot dans les travaux du Louvre. La façade, que Lescot avait commencée sous François Ier, était toujours fort admirée, mais elle paraissait mesquine sous Louis XIII. On voulait alors faire majestueux et immense. Pour plaire au roi, il fallait trouver une combinaison dans ce sens. On était fort perplexe. Le Mercier tira tout le monde d’embarras en imaginant de continuer chacun des deux corps de logis déjà bâtis et de compléter le quadrilatère par deux galeries pareilles, ce qui quadruplait la surface primitivement prévue. Ainsi, le pavillon de l’Horloge, qui aurait été un pavillon d’angle dans le projet Lescot, devenait le pavillon central de l’aile occidentale du Louvre. Les premières assises en furent posées le 28 juin 1G24, au grand contentement du roi et de sou ministre.
Ces travaux, dit Vite!1, avaient donné une nouvelle consécration aux façades de Lescot, et assuraient dans l'avenir leur inviolabilité. C'est là un vrai service rendu par Le Mercier, service d’autant plus estimable que ni de son temps ni peut-être à aucune époque, soit plus ancienne, soit plus récente, on 11e trouverait beaucoup d’artistes disposés à se mettre ainsi à la gêne et à descendre à un rôle si modeste pour respecter les chefs-d’œuvre d’autrui a.
Le succès remporté par Le Mercier en cette circonstance et peut-être aussi ses qualités de docilité et d’effacement décidèrent Richelieu à lui confier le Palais-Cardinal, d’autant plus que l’impérieux ministre entendait bien conserver la haute main sur la direction de l’entreprise.
Lui-même publiait, dit Sauvai, qu'il en était le seul architecte, ce qu'il faisait afin de mettre à couvert la réputation de son architecte et le garantir de la médisance des envieux, qui n'auraient pas manqué de le charger de toutes les irrégularités et difformités dont cet édifice est défiguré3.
A quel moment Le Mercier commença-t-il les travaux? Fut-ce pendant 1 automne de I année 1624, immédiatement après l’acquisition de l’ancien hôtel de Rambouillet, ou bien se borna-t-il alors à aménager simplement cette demeure tant bien que mal pour une installation provisoire? J’ai
1. Vitet, Le Louvre et le nouveau Louvre, 1882, in- 18, p. io3.
2. Le Mercier s’occupa du Louvre jusqu’à la fin de sa vie. De temps à autre il proposa des projets d’achèvement, mais «il n’était plus d’âge à les exécuter», dit \itet. Son successeur fut Louis Levau.