‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 12 sur 301 · Sauval, Les Antiquités de Paris, t. IL p. i5g · texte numérisé non relu

Sauval, Les Antiquités de Paris, t. IL p. i5g

LA CONSTRUCTION DU PALAIS-CARDINAL

MICHEL LE MASLE, PRIEUR DES ROCIIES (Secrétaire et intendant du cardinal de Richelieu)

dit plus haut mes incertitudes a ce sujet. Ni les écrits des contemporains ni les documents publiés postérieurement n’indiquent rien de formel à cet

égard. Il est une source cependant à laquelle il eût été facile de puiser des renseignements précis et péremptoires : ce sont les papiers de Michel Le Masle, le secrétaire particulier du cardinal, et qui remplissait près de lui le rôle d’un véritable intendant. Ce Le Masle, que nous avons vu au service de Richelieu dès sa jeunesse et qui ne le quitta guère, aidait son maître non seulement dans les affaires de l’État, mais aussi dans scs intérêts particuliers. C’est lui qui réglait les dépenses de sa maison, payait les fournisseurs, et son nom revient constamment dans la plupart des actes de notaires où il est question pour Richelieu de donner ou de recevoir de l’argent. Le ministre, pour le récompenser de ses services, lui donna, vers 1629, le prieuré des Roches, près de Fontevrault, qu’il possédait quand il était évêque de Luçon. Il mourut le 25 février 1G62, à l’àge de soixante-quatorze ans, chanoine de Notre-Dame1, laissant tout son bien a l’hospice de l’Hôtel-Dieu. Nous avons eu l’idée de chercher dans les archives de l’Assistance publique de Paris la trace de ce legs, espérant trouver dans l’inventaire fait après le décès de Le Masle la nomenclature de papiers pouvant concerner le cardinal. Cet inventaire a été conservé et nous pûmes croire avoir atteint notre but si ardemment poursuivi, en voyant dans la longue liste des papiers gardés par l’ancien secrétaire de Richelieu l’indication de tous les comptes relatifs h la construction du Palais-Cardinal, ainsi résumée dans le catalogue qui en a été dressé2 :

Comptes des dépenses de la maison du cardinal de Richelieu : le prix des vivres est indiqué en détail. — Etat général du revenu du cardinal de Richelieu pour l'année 1642. — Mémoires et notes concernant les constructions, les réparations et les travaux effectués à l'hôtel de Richelieu, aux châteaux de Rueil et de Richelieu, etc.

Malheureusement, une déception nous attendait, car, lorsque nous voulûmes dépouiller les précieux documents, nous apprîmes que, parmi les papiers de Le Masle, ceux-là précisément avaient été brûlés lors de l’incendie de l’Hôtelde-Ville en 1871. Le moyen d’éclaircir le problème que nous voulions résoudre était donc irrévocablement perdu3.

Quoi qu’il en soit, on peut considérer comme certain que Jacques Le Mercier eut pour première tâche de construire sur les terrains de l’hôtel Rambouillet une demeure où le cardinal s’installa bien avant que le nouveau bâtiment ait été terminé. Il y fit même, selon Sauvai, garder une chambre de l’ancien édifice, ce qui gêna considérablement l’architecte. On le désigna aussitôt sous

1. Guihermy a publié dans ses Inscriptions de la France, t. Ier, p. 45, le texte de la « plaque funéraire de Michel Le Masle, prieur des Roches, conseiller du Roy en ses Conseils d'État et privé, chantre et chanoine de l’église de Paris ».

2. Archives de l’Assistance publique de Paris, 1884, Hôtel-Dieu, t. H, p. G 2 - 6 3 .

3. Il est extrêmement fâcheux que quelque érudit n’ait point songé à prendre copie, avant 1870, i}e ces papiers si intéressants de Le Maslç.

LA CONSTRUCTION DU PALAIS-CARDINAL

le titre d’hôtel Richelieu, ou meme de Palais -Richelieu'. Ou a vu plus haut quel emplacement exact il occupait. Les gravures du temps, ainsi que le plan de La Boissière (1679), nous donnent une idée de ce qu’il était. La construction s’étendait parallèlement à la rue Saint-Honoré et avait une porte qui s’ouvrit sur la rue Richelieu lorsque celle-ci fut tracée2. C’est là, sans doute, que le cardinal se fixa. Il convient de faire remarquer cependant qu’une certaine indécision a toujours régné et subsiste encore à ce sujet : elle est duc à une confusion que vont nous permettre de dissiper les termes mêmes du testament de Richelieu qui, sur cet article, s’est exprimé ainsi :

... Je donne et lègue à Armand de Vignerod, mon petit-neveu [futur duc de Richelieu et héritier du cardinal] l'hôlel de Richelieu que j'ai ordonné et veut être bâti joignant le Palais-Cardinal. — Item, je lui donne ma tapisserie de l’Histoire de Lucrèce que j’ai achetée à M. le duc de Chevreuse, ensemble toutes les figures, statues, tableaux, bustes, cristaux, cabinets, tables et autres meubles qui sont à présent dans les sept chambres de la Conciergerie du Palais -Cardinal et dans la petite galerie qui en dépend, pour meubler et orner ledit hôtel de Richelieu lorsqu'il sera bâti, voulant que toutes les choses susdites soient perpétuellement attachées audit hôtel de Richelieu. — Item, je lui donne ma bibliothèque en l’état qu'elle sera lors de mon décès, déclarant que je veux qu'elle demeure au lieu où j'ai commencé à la faire bâtir dans l'hôtel de Richelieu joignant le Palais-Cardinal.

Revenant un peu plus loin sur ce sujet, le cardinal indique de quelle façon il entend que soient réservées les sommes qui devront être employées à « la dépense de l’hôtel de Richelieu, de la bibliothèque dudit hôtel dont les fondations sont jetées suivant le dessin et devis arrêtés avec Tiriot, maître maçon, et à faire acheter tous les livres qui y manqueront »3.

Il résulte de ces dispositions testamentaires que l’hôtel Richelieu n’était pas construit encore quand le cardinal mourut, et qu’à part la galerie où était installée la bibliothèque qui devait en faire partie, les fondations seules en avaient été jetées. On verra plus loin qu’il 11e le fut jamais. Par conséquent l’hôtel qu’au début des constructions on appelait l’hôtel Richelieu, qui formait comme un bâtiment à part dans l’angle gauche du Palais, n’était autre, probablement, que ce qui est désigné dans le testament sous le nom de Conciergerie. C’est là que le cardinal avait les sept chambres remplies d’objets d’art qu’il légua à son neveu. C’est là qu’il habita, tout au moins un certain temps, au moment des travaux.

On a toujours cru jusqu’ici4 que c’est en 1629 que Richelieu, nommé

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