Abraham de Pradel, Livre -Commode, 1G
3. Testament du cardinal de Richelieu, Archives nationales, Ri, 282, Cou 2a, liasse 2.
4. Voy. notamment Ed. Fournier, dans Paris à travers les âges : le Palais -Royal.
cette année- là premier ministre, entreprit la construction de son palais sur le plan finalement réalisé. Le cardinal aurait saisi le moment de sa haute élévation pour se mettre immédiatement à l’œuvre. Or, l’assertion n’est pas tout à fait exacte sous cette forme absolue. Il suffit de jeter un coup d’œil sur le tableau chronologique de ses acquisitions de terrains, pour se rendre compte que celles qui furent faites de 1G24 à 1G28 auraient été insuffisantes et n’auraient donné que la place nécessaire pour bâtir la première galerie de l'aile gauche. Ce 11’est qu’en iG33 que Richelieu achète l’Académie de Benjamin, ses diverses dépendances, ainsi que le manège s’étendant derrière les maisons de la rue Saint-Honoré, depuis la Cour Orry jusqu’aux remparts, c’est-a-dire l’emplacement même sur lequel fut édifiée la plus grande partie du Palais-Cardinal. O11 peut donc conclure que ce n’est guère avant l’année iG34 que la construction fut poussée par Le Mercier dans toute son étendue, avec activité et méthode. Le cardinal y tenait la main, en dépit des préoccupations de toutes sortes qui l’assiégeaient et du poids des affaires. Il stimulait le zèle de son architecte. Le 3 juillet iG38, il écrit au roi, qui se trouvait à Saint-Germain : « S'il plaît à Sa Majesté, j’iray ce soir coucher à Paris... pour donner quelque ordre à mon hastiment. » Sans doute, Richelieu rencontra parfois certaines difficultés pour obtenir qu’on lui cédât des immeubles qu’il lui aurait fallu abattre pour la symétrie régulière du palais. Tallemant des Réaux cite, notamment, la résistance qu’opposa le propriétaire de la maison des Trois-Pucelles :
Le bourgeois à qui elle appartenoit, raconte-t-il, disoit sottement que c'étoit l'héritage de ses pères. Le cardinal s'irrita enfin, et le fit mettre par une vengeance honteuse à la taxe des aisés. Après il eut sa maison comme il voulut.
Pas à aussi bon compte que le prétend le bon Tallemant, dont les propos malveillants sont ici comme toujours sujets à caution, car la maison fut vendue, en iG3q, la jolie somme de 35,4oo livres, non par le propriétaire, mais par ses héritiers. Du côté de la rue des Bons-Enfants, les obstacles furent plus sérieux, et c’est probablement la raison pour laquelle Le Mercier, au lieu de prolonger la galerie qui était à droite de l’avant-cour et de faire continuer la galerie de la deuxième cour sur le même plan, la laissa en retrait, ce qui était du plus mauvais aspect. Le ministre, en effet, ne parvint pas à obtenir de ce côté tout le terrain nécessaire. Quelques maisons lui échappèrent, qui restèrent englobées dans l'enchevêtrement des constructions de son palais et ne purent être annexées que près d’un siècle plus tard au Palais-Royal. Tel était, par exemple, l’hôtel Duplessis-Chàtillon, au fond de l’impasse Orry, dans une petite cour qui communiquait avec la rue des
LA CONSTRUCTION DU PALAIS-CARDINAL
Bons-Enfants par une ruelle de trois pieds de large : les appartements en étaient absolument contigus aux chambres du Palais, ce qui était, on l'avouera, fort incommode. On verra plus loin l’histoire de cet hôtel.
En 1 635, la construction des deux galeries de l'aile gauche et une partie de celle de l’aile droite était terminée. Le cardinal fit tout de suite aménager à l’extrémité de cette dernière, du côté des jardins, la petite salle de spectacle pouvant contenir cinq à six cents personnes, d’après Sauvai, qui était réservée pour les représentations ordinaires des comédiens des Marais du Temple, tandis que la grande salle — qu’on devait élever ensuite — devait servir aux
MÉDAILLE DU CARDINAL DE RICHELIEU, GRAND MAITRE DE LA NAVIGATION EXÉCUTÉE EN 1 634 (NON SIGNÉE)
(Cabinet des médailles : Bibliothèque nationale)
spectacles de parade les jours de grande tète. Quelques notes, extraites des papiers de Le Masle', nous prouvent qu’a cette date on procédait à la décoration de cette petite salle :
i635. — A Monsieur de Loynes, secrétaire de Monseigneur le Cardinal, hôtel Richelieu.
Monsieur, faictes payer s’il vous plaît à Monsieur George Buffequin trois cents livres pour le théâtre de rtiostcl Richelieu, à Paris.
Ce 2i décembre i635. Destampes.
i 635 . — Je souhziné confesse avoir receu de Msr le cardinal duc de Richelieu par les mains de Monsieur de Loynes, la somme de trois cents livres sur ce qui m’est deub pour avoir travaillé à la décoration du théâtre de l’hostel Richelieu.
G. Buffequin2.
Celle salle de comédie fut inaugurée dans l’hiver de i035 par une fête que le cardinal donna à Mademoiselle, tille du duc d’Orléans, avec qui il avait fait sa paix. On imagina pour celle circonstance un charmant petit ballet mythologique, dansé par des enfants, dont Mademoiselle était l’héroïne, «si bien que pour ce ballet,» raconte M“° de Montpensier dans scs Mémoires, «que l’on
1. Biuére, Documents pour servir à l’hisloire de l’Hôtel- Dieu, t. IV, p. 292.
2. Les registres des décès de Saint-Eustache, à Paris, l'ont mention d’un Georges Buffequin, « peintre et artificier-ingénieur du roi, décédé au Palais-Cardinal et porté à Saint-Sauveur, le 17 février 1 64 1 - »
pouvait appeler une danse de pygmées, l’on composa une bande de petites filles, princesses et autres de qualité, et de tous les seigneurs qui étaient de même taille que nous. La magnifique parure et l’ajustement de chacun des danseurs fit trouver ce ballet fort agréable. 11 y avait, entre autres, une entrée où l’on apportait, dans des cages, des oiseaux qu’on laissait voler ensuite dans la salle, digne machine d’un tel ballet. 11 arriva qu'un de ces oiseaux s’embarrassa dans un des godrons de la fraise de M"° de Brczé, nièce du cardinal, qui était de notre troupe. Elle se mit à pleurer avec tant de véhémence qu’elle fit redoubler le rire que cet accident imprévu avait causé à toute l’assemblée. Jugez par là de l’àge des dames de ce ballet! » C’est pour cette fête que furent loués les chandeliers dont nous trouvons cette mention dans les papiers de Le Masle :
1 635. Loyer de quatre chandeliers de cristal qu'on a loués pour le ballet à Pierre Yergne, 17 livres.
i635. M. Picot, argentier de M. le Cardinal, payera, s’il lui plaît, au sieur Yergne, marchand joualicr de la Roinne à Paris, la somme de soixante seize livres pour le loyer de dix neuf chandeliers de cristal qu'il fournit pour le Ballet de Mademoiselle donné à l’Hôtel de Monseigneur, à raison de quatre livres pièces.
Les musiciens, « scavoir le Fresne, Robert Saint-Martin, le petit page et Combefort, » cpii, pendant les quatre jours que dura la fête, se firent entendre, reçurent 25 livres 12 sols. Quant aux petits oiseaux qui firent tant de peur à Mllc de Brczé et égayèrent si fort la compagnie, ils figurent également dans les comptes conservés par Le Masle1, et nous en apprenons même le nombre par la note suivante :
i635. Anthoine Yvon, bourgeois de Paris, y demeurant rue des Billettes, paroisse de Saint-Jean-en-Grève, confesse avoir reçu de Monseigneur le cardinal de Richelieu, parles mains de M. Jacques Picot, son argentier, la somme de vingt six livres huict solz pour la nourriture faicle par luy Yvon de six rossignolz, d’une fauvette à teste noire, de six pettitz oiseaux de canaris et aultres oyseaux appartenant à mondit seigneur... De laquelle somme ledit Yvon s'est tenu content... Passé à Paris es estudes des notaires soubsignez, l'an mil six cens trente cinq.
Cetle même année iG35, on procéda à l’établissement du magnifique jardin, un des plus grands qu’il y eût alors à Paris, derrière le Palais. Le cardinal chargea Desgots, jardinier du roi, de ce travail, et contracta avec lui un marché à forfait pour la somme de i,i5o livres (27 décembre i635, papiers de Le Masle). Desgots, aidé de vingt-cinq jardiniers sous ses ordres, mena rapidement sa besogne. Il dessina le plan du parc à la mode du temps,
i. Documents pour servir à l'histoire de l’Hotel-Dieu , par Bkière, t. IV, p. 294.
LA CONSTRUCTION OU PALAIS-CARDINAL
c’est-à-dire qu’au milieu il laissa la place de deux grands bassins autour desquels il ménagea des plates-bandes avec des buis disposés en arabesques, en broderies , comme on disait alors, qui se détachaient sur le fond clair des allées. A droite et à gauche, des quinconces en charmille; à l’extrémité du parc, de grands arbres dont le haut feuillage devait former un bel horizon de verdure et comme un véritable petit bois. On aura une idée du nombre d’arbres plantés dans le parc du cardinal par cet extrait des papiers de Le Masle :
iG35. M. de Loynes, secrétaire de Msr le Cardinal.
Monsieur,
Faictes payer à Monsieur Des liages, gouverneur de Montargis, la somme de neuf cent dix livres pour trente-cinq milliers de gros charme et vingt-cinq milliers de charmille que j'ai reçeu pour l’hostel de Richelieu; faict à Paris, ce 2e jour de décembre 1 635.