Saint-Simon, Mémoires, édit. Boislislc. t. VIII. p
(Collection des pierres gravées)
LE PALAIS-ROYAL SOUS LA REGENCE
la nomination de tous les bénéfices de son apanage, excepté les évêchés, ce qui revient à dire que tous les titulaires des emplois soumis à son pouvoir, ses serviteurs personnels, les gens de sa maison, dont le nombre et le titre étaient déterminés par la volonté royale, les innombrables officiers de ses gouvernements, avaient à lui payer le prix de leurs charges1. Conformément aux usages, la maison de Monsieur s’était trouvée licenciée de fait, le jour même de son décès. Mais Monsieur, dans son testament, avait recommandé à son fils de conserver tous ses serviteurs ou de constituer des rentes à ceux qu’il ne voudrait ou ne pourrait garder. Le jeune duc d’Orléans eut à cœur de respecter ce désir. Il maintint Terrât comme chancelier en chef de son conseil, aux appointements de 8,ooo livres. Celui-ci avait sous ses ordres un premier conseiller et six conseillers, six maîtres de requêtes, etc. Ce personnel fut réduit à trois conseillers et deux maîtres de requêtes. La charge de procureur général, qu’occupait le président Fremyn de Moras, fut supprimée, ainsi que celle d’avocat général. Thesut et Douillet restèrent secrétaires du commandement. Le duc d’Orléans leur adjoignit Dubois, son ancien précepteur, qui présida aux réformes de sa maison et dirigea ses choix. L’état complet des officiers et serviteurs comprenait plusieurs centaines de personnes : la liste en est donnée jusque dans les moindres détails par les documents d’archives2. 11 serait sans intérêt de la reproduire ici.
Pour faire face aux dépenses qu’exigeaient son rang, l’entretien de ses châteaux, le service des pensions annuelles et les appointements de cet immense personnel, quels étaient les revenus du duc d’Orléans P J’en trouve le chiffre exact dans ses registres de trésorerie. Avec son apanage, la pension que lui faisait le roi, les recel les du canal de Loing, du canal d’Orléans, le droit de coches et carrosses, etc., le total se montait à plus de cinq millions de livres. Pour l’année 1716, par exemple, le compte do la recette et de la dépense, rendu à la Chambre des Comptes par Hariague, « trésorier général des maison et finances» du duc d’Orléans, atteint 5,841,196 livres 16 sols 8 deniers, ce qui ferait une trentaine de millions de notre monnaie d’aujourd’hui. Véritable liste civile de souverain d’un grand État! La déj iense allait ii pareille somme.
Ce n’est pas tout. Pour avoir une idée complète de ce que pouvait être le train de vie de la famille d’Orléans, il faut ajouter il ce chiffre respectable les revenus particuliers de scs principaux membres, qui venaient contribuer aux dépenses générales et au luxe commun. Ainsi, la femme du duc, Maric-
1. J'ai dit plus haut (voir page x 58) ce que valaient quelques-unes de ces charges. Celle de capitaine des gardes suisses de Monsieur fut payée 36, 000 livres. (Archives nationales, R. A, 1066, feuillet 717.)