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Correspondance de Madame, t. H, p. n

a. La somme de 3oo livres lui remise aux « garçons du Palais-Royal pour gralilicalion à cause du travail que la vente leur avoit causé». Aux garçons de Saint-Cloud, on donna 100 livres. Voyez Archives nationales, Iti. 1066.

préférait le grand air de Saint-Cloud, dut complètement s’installer quand la Régence fut proclamée. Ce fut bien à son corps défendant :

J'ai, hier soir, dit-elle, passé mon temps à pleurer, et je me suis donné une forte migraine. Mon lils m’a donné un appartement nouveau, qui est, sans comparaison, bien supérieur à l'ancien; j'espère que ma santé s'en trouvera bien; mais je me déplais beaucoup ici1.

i. Correspondance , 10 septembre 1716, éd. Brunet, t. Ier, p. i85.

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tous les jours a ses amis et parents d’Allemagne le tableau qu’elle trace de la vie d’intérieur qu’on menait au Palais-Royal, oii elle-même, qui, d’ordinaire,

ÉLISABETH -CHARLOTTE DE BAVIERE, DUCHESSE D’ORLEANS (Par Rigaud. — Musée de Versailles)

T. I. LE PALAIS-ROYAL

Elle est assaillie toute la journée par les visites, et cela dure jusqu’à huit heures du soir. Pendant ses repas, qu’elle prend seule, plus de cent personnes sont autour d’elle, et il faut qu’elle leur parle, aussi peu d’envie qu’elle en ait. Rien ne lui est plus insupportable. «En somme, je n’ai que vexation et ennui, » s’écrie- t-elle. L’appartement que lui donna son fils était situé dans l’aile droite du palais, très loin de celui de sa belle-fille, laquelle se trouvait à l’aile gauche; sa chambre avait vue sur la façade, et était adossée au théâtre de l’Opéra. Madame faillit, une nuit du mois de janvier 1716, y être brûlée vive. Voici comment, d’après son propre récit 1 :

A trois heures du matin, j’entends un grand bruit; je pense que cela va passer et que je pourrai me rendormir, lorsque je vis entrer dans ma chambre le laquais qui vient habituellement allumer mon feu; je lui dis:

— Evin, que venez-vous faire? à ous rêvez; il s'en faut bien qu’il soit sept heures; trois heures viennent de sonner.

11 me répond :

— Je le sais bien, Madame; mais il faut pourtant que vous vous leviez, s'il vous plaît, car l'Opéra brûle; heureusement le vent porte la flamme du côté du cul-de-sac; mais si le vent changeait, et s'il portait la flamme du côté du théâtre, le Palais-Royal serait tout en flamme, que vous n'auriez pas le temps de vous chausser.

Entendant cela, je me levai et m'habillai bien vile, comme vous pouvez croire; l'Opéra touche presque à mon appartement; le feu aurait dévoré le théâtre avec ses décorations, ses bois et ses toiles, comme un morceau de paille. Un des premiers valets de chambre du roi, revenant du jeu à deux heures de la nuit, vit des flammes sortir de l'Opéra; il cria au feu et lit réveiller mon lils; on sonna le tocsin; plus de deux cents travailleurs furent aussitôt réunis; on se procura de l'eau de lous côtés; enfin, grâce à Dieu, 011 se rendit maître du feu. Quand je vis que tout danger était fini, je me remis au lit et je dormis jusqu'à une heure; je me mis à table à trois heures, et je reçus beaucoup de visites, qui m'étaient faites à l'occasion de cette aven ture.

L’appartement de la duchesse n’était pas grand; il ne comprenait que trois cabinets, une garde-robe, sa chambre et une pièce pour scs femmes. Mais il était superbement décoré de tapisseries [Histoire de Salomon), de trumeaux de glaces, de tableaux et de meubles remplis de curiosités et de médailles. Lors de son inventaire après décès, ces meubles avaient été enlevés; il restait pourtant un « petit bureau de bois noir, à filets et marqueterie de cuivre, contenant six tiroirs et un guichet dans le milieu, monté sur son pied à jour », qu’on avait laissé là peut-être comme un souvenir des habitudes familières et d’intimité de Madame, qui avait dû probablement y écrire les innombrables

1. Correspondance, 10 septembre 187 5 , éd. Brunet, t. Ier, p. 206.

LE PALAIS-ROYAL SOUS LA RÉGENCE

lettres qu’elle aimait tant à composer pendant qu’autour d’elle on jasait, on jouait, ou faisait de la musique, et qu’elle envoyait, comme dit Saint-Simon, « à sa famille d’Allemagne que jamais elle n’avait vue. »

L’admirable portrait que Rigaud a fait de cette princesse Élisabeth- Charlotte, et qui est au musée de Versailles, nous la montre, en vérité, sous un aspect moins défavorable que la fâcheuse description qu’elle s’est complu à nous donner d’elle-même, vers cette époque (171G), dans les lignes suivantes :

.Te n’ai aucuns traits, de petits yeux, un nez court et gros, les lèvres longues et plates; tout cela 11e peut former une jolie figure; j’ai de grandes joues pendantes et une longue figure; je suis très petite, grosse et épaisse, le corps et les jambes courtes; en somme, je dois être une vilaine petite laideron1.

Ce qu’elle ne dit pas, c’est que sa personne respirait un air d’autorité, de dignité, et que ses yeux, d’une expressive bonté, sauvaient le reste du visage. Elle ne transigeait pas pour ce qu’elle estimait que l'on devait à son rang, et les questions d’étiquette étaient pour elle mieux que paroles d’évangile. Avec elle, il fallait tenir sa chandelle droite, suivant le mot de son père, l'électeur palatin, qu’elle se plaisait à répéter. Elle 11e pardonnait pas a sa bellefille de ne point venir manger avec elle, par paresse et pour s’épargner les fatigues de l’apparat, l’accusant de savoir «vivre comme une simple duchesse, non comme une petite-fille de France». Le défaut d’entente et d’intimité au Palais-Royal lui arrache celle plainte :

La cour n’est pas comme en Allemagne et n'est plus ce qu’elle était du temps de Monsieur, lorsque nous dînions tous ensemble et que nous étions réunis chaque soir dans les grands appartements. Aujourd'hui, chacun \il à part; mon fils prend ses repas de son coté, moi du mien; sa femme en fait de même.

El ailleurs :

C’est par pure paresse que M"'° d’Orléans ne dîne pas avec nous à Paris; si elle mangeait avec moi, elle aurait à se contenter d'un tabouret, tandis que, lorsqu'elle mange dans sa chambre, avec son fils et ses favorites, elle est couchée sur un canapé ou sur un grand fauteuil, ce qu'elle trouve bien plus agréable.

Dans un autre passage elle dit encore : « Depuis la mort du roi, elle ne m’a pas parlé. » Cependant les relations ne restèrent pas toujours aussi tendues entre la duchesse d’Orléans et sa belle-mère. Madame avoue, dans une lettre du mois de mars 1716, que sa belle-fille lui témoigne des égards; quelle, de son côté, lui rend mille politesses, et elle prend son parti de ne l’avoir point à sa table: «Elle n’a pas pu se résoudre à dîner avec le roi, son père; ainsi, elle

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