PALAIS - ROY AI
LE RALAIS - R OVaL
xviiic siècle et qui permettent de pénétrer au vif les mœurs de l’époque. Je choisis surtout ceux qui peuvent, à ce qu’il me semble, projeter une lumière nouvelle sur l’existence familière de la société du Palais-Royal et montrer avec quelque précision, comme en un kaléidoscope, ce qu’était cette demeure, le mécanisme intérieur, vraiment gigantesque, et les rouages de cette cour remuante et brillante. D’après ce que comportait seulement la maison de la duchesse douairière, on se figurera, sans qu’il soit besoin de prolonger la description, ce que devaient être, dans cette même habitation, les services de la maison de Mmc d’Orléans s’ajoutant à ceux du Régent, qui étaient bien autrement compliqués encore et infiniment plus nombreux. Mais, avant dé quitter la grand’mère, Elisabeth- Charlotte, empruntons encore à ses registres de trésorerie un aperçu de certaines dépenses caractéristiques, celles du deuil de Monsieur, par exemple. Bien que les frais de la cérémonie funèbre, qui fut imposante, aient été payés par le roi, il ne fallut pas moins pourvoir aux tentures du Palais -Royal, aux vêtements de deuil du personnel, etc. Voici un résumé des fournitures livrées à cette occasion :
Dépenses pour le deuil de Monsieur.
A François Millet, tapissier ordinaire de Monseigneur, pour façon et fourniture de deuil qu'il a fait à cause de la mort de Monsieur: 4,8a3 livres, i4 sous, 5 deniers. — A J. -B. Coignard, marchand-libraire, pour fourniture de livres de deuil, Si livres. — Au sieur Fr. Gaultier, pour draperies par lui fournies pour le deuil de Monsieur, 6,35o livres. — Au même, pour marchandises de gros de Tour, 52 livres. — Au même, pour draperies, 3oa livres. — Au sieur Thomas, marchand de rubans, pour les nœuds d’épaules pour les pages et la livrée, 5o6 livres. — Aux officiers de l'écurie, en remboursement des frais du deuil fait pour le décès de Monsieur, i,32o livres.
On sait par Saint-Simon1 que Madame, après la mort de son mari, obtint de ne pas porter les vêtements de deuil avec toute la rigueur du cérémonial d’alors. Louis XIV drapa six mois, et toute la cour porta le manteau long et les manchettes plates2. Sa veuve aurait dû avoir le voile couvrant le front et la mante « attachée au bord du corps du grand habit d’une épaule à l’autre et traînant si loin par derrière qu’une dame ainsi chargée était obligée d’attendre que celle qui la précédait fut sortie de la pièce oii se faisaient les révérences»3. Mais Elisabeth -Charlotte, qui aimait ses aises, prétendit que cette coiffure lui faisait mal à la tête, et c’est, en effet, sans bandeau, sans manteau, sans voile et sans mante, qu’elle est figurée dans le portrait qui se trouve au Cabinet des
i. Saint-Simon, Mémoires (édit, des Grands Écrivains), t. VIII, p. 36a.
a. Mercure, année 1701, p. 33a.