LA DUCHESSE D’ORLEANS DANS SES APPARTEMENTS
Dans le tableau de la vie de famille au Palais-Royal, Mm" d’Orléans joue un rôle assez effacé. On aurait tort, pourtant, de prendre trop à la lettre le portrait peu flatté qu’ii diverses reprises a tracé d’elle sa belle-mère. Celle-ci déclare qu'à quarante ans sa bru paraissait vieille, avec le nez et les joncs pendantes, la tète branlante, la démarche vacillante. « M"“ de Ratzenhaussen, » dit-elle, «appelle cela aller sur une oreille1.» Il est certain qu’en 1 7 1 5 Mmc d’Orléans n’avait plus la grâce svelte du temps où elle était M"e de Blois. Mais elle n’était point laide, tant s’en faut. « Elle avait de la beauté, » dit Mme de Caylus, « de beaux bras, de belles mains, mais peu de proportion dans les traits. » Elle était devenue replète. La petite vérole lui avait un peu abîmé le visage, et, à la suite de ses couches successives, sa santé était restée altérée. Le pire, c’est que le genre d’existence qu’elle avait adopté ne contribuait guère à la remettre. On 11c la voyait nulle part, toujours enfermée qu’elle était dans ses appartements, se levant à midi, quelquefois plus tard, continuellement étendue sur une chaise longue, s’enivrant toute seule trois fois la semaine (dit Madame), ayant des vapeurs, des migraines, que le manque d’exercice, à défaut d’autres causes, suffirait à expliquer. C’était la paresse même et la nonchalance. Ses tilles, à qui elle n’avait fait sentir aucune autorité, la traitaient sans respect. Non seulement la duchesse de Berry et l’abbesse de Chelles, ces deux détraquées, osaient la quereller outrageusement, mais les autres, les plus jeunes, n’étaient pas mieux élevées. Mllc de Valois, à quinze ans, passait souvent, elle aussi, toutes scs journées sans s’habiller au Palais-Royal, restant jusqu’au dîner, à deux heures, sans corps d'habit, ce qui indignait sa grand ’inère, laquelle avait d’autres habitudes et de plus sévères principes.
La duchesse d’Orléans était cependant une femme de beaucoup d’esprit, à ce qu’assure Saint-Simon. Mais elle avait quelque chose de sec et de hautain, dans sa langueur affectée, qui lui enlevait le charme. Parce qu’elle était une bâtarde de Louis XIV, elle se croyait de race céleste, et allait jusqu’à, préférer le rang de scs frères au sien propre de petite-fille de France. Le duc du Maine avait tout son cœur. Pour lui, elle intriguait, elle trahissait son mari, à qui elle se croyait supérieure et qu’elle n’aimait pas, ne souffrant que dans son 1. Correspondance de Madame, t. IL p. 29.
La Collection des Camées