‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 137 sur 301 · MARIE DE BOURBON, DUCHESSE D'ORLEANS, EPOUSE DU RECENT · texte numérisé non relu

MARIE DE BOURBON, DUCHESSE D'ORLEANS, EPOUSE DU RECENT

orgueil des infidélités dont elle se plaignait quand elle se posait en victime auprès du roi aussi bien que de ses femmes de chambre, qui avaient ses confidences. Le duc d’Orléans, s’il eut des maîtresses, n’est donc pas précisément impardonnable avec une femme de ce caractère. Il la nommait, en riant, Madame Lucifer. Mais, après ses incartades, toujours bon diable, incapable de rancune, il revenait à la princesse (le nombre de ses enfants le prouve), et, comme le dit sa mère, celle-ci faisait de lui «tout ce qu’elle voulait»1. Dans les premiers temps de son mariage, quand elle n’était pas l’été à Saint-Cloud, elle s’installait au milieu du parc de Versailles, dans une charmante habitation dont le roi avait fourni le terrain en 1705, et qui était somptueusement meublée, d’un luxe inouï, à en juger par les inventaires qui en donnent une éblouissante idée. On l’appelait l’Etoille. La maison fut cédée à Louis XV en 1781. Parfois, la duchesse, qui était très pieuse, se retirait au monastère de la Madeleine de Trenelles, rue de Charonne, dont elle aimait le calme et où elle respirait l’air pur avec infiniment de plaisir. Elle y avait des appartements pour elle et ses dames d’honneur, la duchesse des Forces, Mmc d’Epinay, la duchesse des Aubiez, sou chirurgien Amingue, ses femmes de chambre et ses brodeuses, qu’cllc emmenait toujours avec elle dans ses diverses résidences. Elle les faisait travailler à ses tentures, à ses dentelles, à son linge dont elle avait grand soin, à scs loilel les, car elle était coquette. La duchesse adorait les bijoux. Le roi Louis XIV lui eu avait donné de splendides lors de son mariage, notamment quatre parures extraordinaires qu’elle avait souvent portées à Versailles, à Marly, à Paris, dans les hais, et dont elle avait même perdu par négligence un certain nombre de pierres, ainsi que le prouve l’inventaire qui en a été conservé, et (pic Mmc de Saint-Just, qui en avait la garde, a soigneusement notées2. C’est au monastère de Trenelles, sans doute, que Mme d’Orléans prit l’idée, en 1718, d’acquérir Bagnolet, situé non loin du couvent, et où elle constitua de toutes pièces un domaine considérable, avec un château qui lui fit faire des folies, car c’est en partie pour cette construction qu’elle se trouvait endettée en 1728 de la somme de 480,0/19 livres. Sur ce chiffre, il y avait pour plus de 5o,ooo livres de meubles, dont beaucoup exécutés par l'ébéniste Cresccnt3. Elle vivait là retirée, complètement chez elle, avec les personnes qu’elle aimait, ses tableaux à elle, ses curiosités, et disposait de ses journées suivant ses goûts d’indolence. Il n’y avait point d’appartement pour son mari, mais des chambres superbement

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