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2. Livre de Paterne, trésorier des maison et finances du duc d'Orléans. Manuscrit de la bibliothèque Carnavalet, n° 28799.

LE PALAIS-ROYAL SOUS LA RÉGENCE

venait de passer vingt ans en Italie quand le duc d’Orléans le nomma, à son retour, « directeur général de ses bâtiments. » Où celui-ci aurait-il puisé l’audace des innovations qu i! se permit, et qui tranchaient si nettement avec ce qu’011 voyait dans les palais d’alors, les délicieuses fantaisies sculptées sur les

« DIDON EXPIRANTE », DESSIN INEDIT D* ANTOINE COYPEL Étude pour la décoration de la Galerie d’Enée au Palais-Royal (Collection des dessins du Musée du Louvre)

panneaux de revêtement, dans les salons, le caprice des courbes, la hardiesse des lignes brisées, interrompant brusquement leur sèche symétrie par des fleuronnages imprévus et de riantes saillies? L’architecte Gabriel eut sa grande part dans cette rénovation du décor des hôtels parisiens à cette époque, et dans la gracieuse appropriation des appartements aux mœurs de la société nouvelle. Ses cheminées, surmontées de trumeaux de glaces, modifièrent instantanément leur aspect, et ramenèrent du coup l’effort des décorateurs à des proportions plus réduites et mieux en harmonie avec la taille des individus. L’œuvre d’« humanisation » dont parle Michelet et qu’il attribue à la Régence, au point de vue des idées philosophiques, il faut la signaler aussi dans l’ornement des habitations. Les planches gravées d’après les compositions d’Oppenord ne portent point de légendes explicatives, et aucune inscription n indique celles

d’entre elles qui reproduisent les intérieurs d’appartements composés par l’artiste pour le Palais-Royal. La plupart pourtant peuvent s’y rapporter, et elles nous renseignent suffisamment. Le changement capital fut d’abord le lit, qui cesse d’être ce monument solennel, incommode, ce lit à la française, avec sa ruelle en plein salon, où les dames recevaient leurs visites, coutume d’un autre càge. Il s’applique désormais contre la muraille et se blottit frileusement dans des « niches » et dans des alcôves. Puis viennent les sièges moelleux, les a deux-sièges «où deux amis peuvent causer dans une intimité tendre...» L’ébéniste Cresccnt fut un ingénieux et actif auxiliaire de l’architecte dans cette transformation du mobilier. Elève de Coysevox, ayant appris avec un tel maître à modeler le corps humain, cet habile homme fut pris de l’ambition très naturelle de rehausser de figures de bronze les commodes, bureaux, tables et autres meubles qui sortaient de ses ateliers. Son succès fut immédiat. La vogue aussitôt le poussa, et il détrôna Boulle. Lui-même a pris soin de nous dire, dans les catalogues des veilles de scs œuvres, le généreux appui qu’il trouva dans le duc d’Orléans et la bienveillance accueillante de ce prince pour son talent. Il est certain qu’il exécuta une quantité des beaux meubles qu’on admirait an Palais-Royal. Malheureusement, les inventaires 11c les désignent pas, car ce n’était point la coutume, au xvm0 siècle, d’indiquer les noms des auteurs des chefs-d’œuvre de ce genre. Il faut le regretter, tout en s’efforçant de retrouver, à travers la richesse des descriptions, la marque de sou génie.

Quand 011 parcourt le recueil où Guillet de Saint-Georges1, l’excellent et patient historiographe de l’Académie des Beaux-Arts au xviiic siècle, a réuni tant de détails curieux sur les artistes de son temps, on se rend compte de la vivacité des souvenirs laissés par le duc d’Orléans chez les maîtres du pinceau ou de l’ébauchoir. A chaque instant, c’est un hommage a sa mémoire, à la sûreté de son goût, à son amabilité affectueuse et fine. Tantôt, en 1705, il va visiter le peintre Ch. de Lafosse, en train d’exécuter la coupole et les panaches de l’église des Invalides; il monte sur l’échafaudage, en liant du monument, et, tout en causant avec la plus parfaite simplicité, se fait expliquer le maniement des couleurs à fresque, qui n’était pas alors d’une pratique courante en France. Tantôt c’est chez .1. Jouvenet, devenu paralytique de la main droite, qu’il va porter ses encouragements, en félicitant l’artiste sur le plafond que celui-ci vient d’achever, de la main gauche, pour le Parlement de Rouen. D’autres fois, il se rend chez Gérard Edelinck, aux Gobelins, dans cette petite académie si active de la manufacture, où celui-ci était professeur. Un peintre

1. Cf. Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de V Académie royale de Peinture et de Sculpture, publiés par de Montaiglon, I.. Dussieux, !.. Soulié, Pli. de Chenneyièues, P. Wantz, etc. (Palis, i854, 2 vol. in-8°.) Voyez surtout t. lor, p. 3o2 ; 1. H, p. 4, 2 9, 38, 55, 106 et 107.

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qu’il voyait souvent et aux conseils duquel il avait recours, c’était Desportes, dont le fils, dans la notice lue en 1 7 48 à l’Académie sur la vie de son père, nous fait connaître le détail suivant :

Feu M. le duc d’Orléans... avoil eu souvent recours à ses études, dans les occasions difficiles, à sa main même, pour peindre ou retoucher les animaux qui

Étude pour la décoration de la Galerie d’Énee au Palais-Royal (Collection des dessins du Musée du Louvre)

entroient dans la composition du sujet du roman pastoral Daphnis cl Chloé , que ce prince a tous inventés et exécutés de sa main. En 1717, il lui demanda pour une pièce du Palais-Royal où il faisoit quelquefois par divertissement de légers essais de cuisine, trois tableaux dont il donna lui-même les sujets. L'un devait être le gibier en plume; l’autre de toutes sortes de légumes, et le troisième de viandes prêtes à mettre en broche. Tous les trois furent extrêmement applaudis, et le dernier surtout, original dans son espèce, fit dire à Son Altesse Royale qu'il falloit que le peintre eût été dix ans chez la Guerbois pour piquer si bien... Vers le même temps, Son Altesse Royale lui en commanda plusieurs autres, dont les deux plus grands étoient composés de fleurs, fruits, animaux, architecture, pour le château de la Muette, qu'occupoit alors Mmc la duchesse de Berri1.

Il faudrait encore signaler les travaux que le duc d’Orléans donna à exécuter au sculpteur Girardon pour le Palais-Royal; à Coysevox, qui fit pour lui un buste de Louis XIV; à Lemoyne, l’auteur du buste du Régent qu’on voit

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