PHILIPPE II ET SA. MAITRESSE
(Tableau de la Galerie du Palais -Royal
j’ai découverts. En premier lieu, je dirai ce que révèlent les Archives du ministère des Affaires étrangères, la Correspondance des directeurs de V Académie de France à Home, éditée par de Montaiglon, aussi bien que les inventaires inédits des ducs d’Orléans (de 1724, 1702 et 1785) sur les origines de la collection, les acquisitions successives du llégent et les transformations qui y ont été apportées par les héritiers (le celui-ci. Je donnerai ensuite, dans le chapitre consacré à Philippe-Egalité, le contrat de vente authentique, indiquant d’une manière irréfutable les conditions dans lesquelles les tableaux quittèrent la France, ainsi (pie la liste de ceux qui restèrent à Paris, passèrent aux enchères ou bien furent recueillis par Lcnoir pour le Muséum. Ces documents nouveaux dissiperont du moins les plus lourdes des erreurs qui sont généralement accréditées.
Les sources auxquelles ou s’est contenté de puiser jusqu’à présent pour ce qui concerne les tableaux du Palais-Royal peuvent être ramenées à trois. La plus sûre est le petit volume publié en 1727 par Du Bois de Saint-Gelais et intitulé : Description des tableaux du Palais-Royal, dédiée à Mgr le duc d'Orléans (in- 12 de 5o4 pages, chez Iloury, «seul imprimeur et libraire de Mgr le duc d’Orléans »). C’est une sorte de catalogue qui avait été entrepris, comme il est dit dans la préface, sur les ordres du Régent, et qui contient la description détaillée de tous les tableaux de la collection, au nombre de 463. L’auteur en publia une seconde édition en 1737, sans modification, si ce n’est qu’il ajouta quatre tableaux que le Régent avait fait venir de Reims, et qui y furent renvoyés après sa mort1. Ce catalogue reste un document des plus précieux, car X Inventaire manuscrit du duc d’Orléans, de 1723, qui se trouve aux Archives nationales, donne bien la nomenclature de tous les tableaux, mais sans les noms d’auteurs, de telle sorte qu’à défaut du travail du Du Bois de Saint-Gelais, leur identification offrirait les plus grandes difficultés. Il m’a donc servi de base non seulement pour établir une comparaison intéressante entre les prix d’estimation de chaque œuvre en 1724, 1762, 1785, et les prix de vente en Angleterre en 1792, mais encore pour contrôler tous les détails que j’ai pu recueillir sur leur dispersion. La seconde source à consulter sur la collection est le magnifique ouvrage publié par Couché, à partir de l’année 178G, intitulé : Galerie des tableaux du Palais- Royal , en trois volumes in-folio, et qui comprend 355 planches gravées par les premiers artistes de l’époque. Le recueil parut en livraisons. 11 y en avait déjà trente mises en vente quand Philippe-Egalité, pressé d’argent, céda ses tableaux. Ce contre-temps n’arrêta pas Couché qui, heureusement, avait fait faire d’avance les dessins des planches. Mais la tourmente révolutionnaire fit suspendre la publication, qu’on ne reprit qu’en 1806. C’est à son achèvement que fut imprimée la préface, écrite par Croze-Magnan, dans laquelle on trouve un bref historique de la collection constituée par le Régent, travail établi sur des données incertaines, incomplètes, et d’après des traditions plus ou moins défigurées. On ne saurait y attacher une sérieuse valeur. Quant à la troisième source de renseignements sur les tableaux du Palais-Royal, elle est d’origine anglaise. C’est l’histoire de la vente faite par le duc d’Orléans en 1790, telle qu’elle est racontée par W. Buchanan dans son livre : Memoirs of Painting with a chronological history of the importation of pi dur es by the great masters into England since the French Révolution (London, 2 vol. in-8°, 1824)- Tout ce qui a été écrit depuis sur ce
1. Ces quatre toiles étaient une Descente de croix, de Frédéric Zuccre (Zucchero), une Nativité, du Corrège, un Noli me tangere, du Titien, et le Lavement des pieds, de Jérôme Mutian (Muziano). J’ai comparé ligne par ligne ces deux éditions de Du Rois de Saint-Gelais : il n’y a pas d'autres changements, bien que celle de 1737 comprenne 5 1 2 pages, au lieu de 5o4.
LES COLLECTIONS DE TABLEAUX, OBJETS d’aRT, MEUBLES, ETC. 2()5
sujet vient de là. Nul érudit n’a eu encore l’idée de vérifier l’exactitude des faits, d’ailleurs en apparence très plausibles, avancés par Buchanan. Dans son Trésor de la curiosité \ Charles Blanc les a réédités sans suspecter une minute leur authenticité, contribuant ainsi à fortifier la créance en laquelle on les tenait.