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Saint Jérôme, du Dominiquin; un Ecce Homo , du Guide, un Paysage, d’Annibal Carrache. Un autre excellent cabinet, celui de l’abbé De Camps, dont Saint-Simon a parlé en si bons termes, lui fournit des oeuvres telles que la Vierge et l'Enfant, de Raphaël; Salmacis et les Laveuses, de l’Albane; l’Enfance de Jupiter, de J. Romain; la Présentation au temple, du Guerchin. En revenant de sa campagne d’Espagne, en 1709, le duc d’Orléans rapporta la Prière au Jardin des Oliviers, de Michel-Ange, et il n’eut point de cesse que son compagnon, le duc de Grammont, qui, lui aussi, avait trouvé dans ce pays X Enlèvement d'Europe, du Titien, ne lui ait cédé ce chef-d’œuvre. A partir de cette époque, le prince mit à augmenter sa galerie une passion extraordinaire, ne laissant passer aucune occasion favorable, lançant des limiers comme Crozat pour lui dénicher des morceaux de choix, visitant luimême les collectionneurs de Paris, et sachant se faire céder ce qui lui plaisait. Il acl leta ainsi 120,000 liv rcs les Sept Sacrements, du Poussin, provenant de la célèbre collection de Chantelou, et les meilleures peintures du cabinet de de Launay, directeur de la Monnaie et beau-père de Robert de Cotte, que Pierre le Grand était allé admirer lors de son voyage à Paris, en 1717. Le Ravissement de saint Paul, du Poussin, et la Vision d'Ezéchiel, de Raphaël, viennent de là, ainsi que le Saint François, de l’Albane. Quiconque, parmi les familiers du prince, cherchait à lui faire sa cour, n’avait qu’à lui signaler quelque bonne acquisition de ce genre. Briguait- on une faveur, on savait par où le prendre. Par exemple, Raynaud de la Sagette, greffier en chef du Parlement de Paris, convoite-t-il le brevet de conseiller d’Etat, il s’arrange pour que le Régent vienne voir sa petite collection de tableaux, rue Saint-André-des- Arts, et comme le duc en distingue quatre qui le séduisent particulièrement : « Permejttez-moi, Monseigneur, de vous les offrir, » dit le malin greffier, qui obtint ensuite aisément son brevet. Le capitaine des Suisses du Palais-Royal, Nancré, qui était un homme de goût, veut-il donner à son maître un témoignage vraiment sensible de respectueux attachement, il lui cède toute sa collection, comprenant des toiles italiennes de premier ordre d’Annibal et Louis Carrache, de l’Albane, de Mola, etc. De même, les tableaux précieux dont le fameux chevalier de Lorraine avait orné son appartement du Palais- Royal, installé, comme on l’a vu plus haut, avec tant de luxe par Monsieur, passèrent, quand il mourut, en 1702, à Philippe d’Orléans, qui eut de cette façon la Fuite de Jacob, de P. de Gortone; Saint Jean V Evangéliste , du Dominiquin ; la Porteuse de cassette, du Titien, etc. Un autre cabinet célèbre lui fournit encore plusieurs chefs-d’œuvre, celui de Seignelay, fils aîné de Colbert, dont il tira notamment Y Allaitement cl Hercule, du Tintoret; Moïse marchant sur la couronne de Pharaon, du Poussin; Erigone et la Madeleine, du Guide; le Portement de
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croix, du Dominiquin, etc. Après lui avoir apporté d’Italie les Disciples d'Emmaüs, de Paul Véronèse, l’habile Grozat négocia pour lui l’acquisition de toiles remarquées chez les collectionneurs de l'époque. A Tombonneau, président des Comptes, dont le magnifique hôtel, rue de l’Université, était plein de curiosités, il acheta quatre tableaux : une Sainte Famille, de Raphaël ; le Bain de Diane, une Vénus et le Repos, de Carrache; à Penautier, receveur général des Etats du Languedoc, la Samaritaine, de l’Albane; à milord Melford, la Colo/nbine, de Léonard de Vinci; la Madeleine, du Guide ; le Paralytique, du Bassan; le Cavalier blessé, du Giorgione; à M. de Ménars, beau-frère de Colbert, qui demeurait rue de Richelieu, une Sainte Famille, du Parmesan ; à de La Châtaigneraie, Y Invention de la vraie croix, du Giorgione; au duc de Vendôme, Hercule étouffant des serpents, de Carrache; au maréchal d’Estrécs, la Prédication de saint Jean, de l’Albane; au duc de Noailles, la Procession du Saint- Sacrement ,
d’An. Carrache, et David et Abigaïl, du Guide; à La Ravoye, receveur général de Poitiers, rue d’Anjou, une Sainte Famille, du Carrache; à J.
de Nouveau, surintendant des Postes,
Alexandre et son médecin, de Le Sueur, etc. Chaque jour, la collection
s’augmentait et envahissait les appartements du Palais-Royal, s’ajoutant aux œuvres que le Régent avait gardées lui venant de son père, et a celles qu’il avait recueillies provenant de Richelieu ou de Mazarin. De toutes parts, les tableaux lui arrivaient et les offres de vente. On lui en adressait de la province et même de l’étranger, qu’on cherchait à lui écouler. Quand le Régent mourut, les commissaires chargés de Y Inventaire trouvèrent ainsi au Palais-
PENDULE DE LA FIN DU XVir SIECLE
T. I. LE PALAIS -ROY AL
Royal une vingtaine de peintures cjuc réclamèrent les personnes qui en avaient proposé l’achat au duc, et qu’on dut restituer. Elles appartenaient à Mn,e de Ménars, à Crozat, a la ville de Reims, à divers inconnus.
Mais l’acquisition capitale du Régent, celle qui enrichit sa galerie des œuvres les plus glorieuses, ce fut celle des tableaux provenant de la reine Christine de Suède. L’histoire de cet achat est extrêmement curieuse et n’a pas jusqu’ici été racontée dans ses détails. 11 fallut au duc d’Orléans plusieurs années de négociations compliquées avant de parvenir à ses fins. Aujourd’hui, grâce à la publication de la Correspondance des directeurs de V Académie de France à Rome, on en connaît toutes les particularités.
La reine Christine de Suède avait réuni, au cours de sa vie, un grand nombre de remarquables peintures. Les plus belles lui venaient de la collection formées par l’empereur Rodolphe 11, dont les Suédois s’étaient emparés en 1 6 4 8 , lorsque, sous les ordres du général comte de Kœnigsmark, ils avaient occupé Prague, et, usant du droit de conquête, ils s’étaient approprié sans scrupule toutes les merveilles accumulées dans le château de Hradschin. Christine prit les meilleurs tableaux, et, quand elle se résolut à quitter la capitale pour courir l’Europe, elle emporta ceux qu’elle préférait '. Elle mourut à Rome le 19 avril 1G89, laissant un testament par lequel elle déclarait le cardinal Azzolino son légataire universel. Mais celui-ci ne survécut que quelques mois à son illustre amie, et les collections passèrent à un de ses neveux adoptifs (son fils, croit-on), qui n’eut rien de plus pressé que de chercher à les vendre. Il fit faire des propositions à Louis XIV. Le grand roi songeait alors moins à se laisser entraîner à ses prodigalités coutumières qu’à inaugurer une période de sévères économies, et, de Marly, il écrivit, le iG septembre 1G89, à notre agent à Rome, cette réponse laconique :
...Vous n'avez qu’à remercier le sr Azzolin de sa bonne volonté, les dépenses que je suis obligé de faire à présent estant plus pressantes que l achapt des meubles et tableaux de la reyne de Suède 2.
Plusieurs années s’écoulèrent. L’héritier d’Azzolino vendit en bloc pour 128,000 écus la magnifique collection de Christine de Suède, tableaux, tapisseries, meubles, statues, pierres gravées, à Dom Livio Odescalchi, neveu du pape Innocent XI. C’est au moment du décès de celui-ci que le duc d’Orléans mit en campagne ses agents pour tâcher d’acquérir la précieuse galerie. Le marquis de Torcy entra d’abord en scène, en septembre 1 7 1 3, mais les ouvertures qu’il fit restèrent sans effet. Puis c’est Crozat qui, en janvier 1715, va
1. Cf. La Galerie de tableaux de la reine Christine de Suède, par Olaf Grenberg, i vol. gr. in-8°.
2. Archives du ministère des Affaires étrangères, t. 3a5, l'u 87.
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k Rome voir au palais de Dom Livio la fameuse collection et s’en montre enthousiasmé. Il écrit k cette date au duc d’Antin qu’elle est estimée plus de 200,000 écus romains (760,000 francs environ), et ajoute :
Je feray mes efforts pour acheter les tableaux affîn de procurer à S. A. K. (le duc d’Orléans) une quarantaine de tableaux qui formeront le cabinet le plus
l’enlèvement d’europe, PAR PAUL VÉRONESE (Tableau de l’ancienne Galerie du Palais-Royal)
signalé de l'Europe, qui ne sauroit estre comparé en ce pays icy qu’à celuy de M. le duc tic Modène, et constamment, en genre de peinture, ce sera un grand trésor pour la France.
Ce n’était pas quarante tableaux que comprenait la collection de Dom Livio, mais quatre cents. En effet, k quelques jours de 1k, le G février 1716, Crozat va de nouveau examiner la collection et constate qu’il n’y en a pas un nombre moindre. Il y avait bien des nudités parmi ces peintures. On avait mis des rideaux sur les plus indécentes. On trouvait là des Raphaël, des Corrège,
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des Véronèse, des Titien. Crozat offrit à l’héritier de Dom Livio, le duc de Bracciano, Go,ooo écus pour les tableaux, i3,ooo écus pour les tapisseries et 5o,ooo écus pour le reste de la collection, c’est-à-dire les médailles, les statues, les meubles, etc. Mais le duc était un diplomate rusé et temporisateur.
Il ne mit point d’empressement à accepter ces offres, usa de détours, demanda à réfléchir, prit son temps. Crozat se prêta d’abord à ce jeu, profita des loisirs que lui faisaient ces interminables négociations pour dénicher dans Rome quelques objets d’art à l’intention du Régent. Il acheta, entre autres choses, un buste antique et une figure de marbre, des camées, des médailles, des modèles en terre cuite de François Flamand et de l’Algarde. A la fin, il se lassa, fit une dernière proposition de 70,000 écus romains pour les tableaux et les tapisseries, ou de 37,000 écus pour vingt-cinq tableaux à prendre à son choix, et comme il ne put obtenir une réponse catégorique à ces offres, il se décida à s’en aller.
De retour en France, il n’abandonna cependant pas la partie. On voit, en effet, dans la Correspondance des directeurs de V Académie de France à Rome, à la date du iG mars 1717, une lettre de Poerson au duc d’Antin prouvant que l’acquisition des tableaux si ardemment désirés par le duc d’Orléans semblait à celui-ci bien près d’être conclue, car il faisait demander à un des sculpteurs français, Legros, installé alors à Rome, de prendre les mesures de quatre beaux Véronèse de la collection de Christine de Suède qu’il projetait de faire encastrer dans le plafond de la grande galerie du Palais- Royal que l’architecte Oppenordt était en train d’achever. Néanmoins, tout resta encore en suspens, et l’on parut renoncer définitivement à l’acquisition. Ce n’est que cinq ans plus tard, au mois de mai 1720, que le cardinal Gualterio, à la demande de Crozat, mit les ressources de sa fine diplomatie au service du Régent pour arriver à une solution. Ce ne fut pas facile. Dans son impatience d’avoir la collection, le duc d’Orléans avait commis quelques imprudences. Un des agents de Crozat, à Rome, un nommé Giraud, avait reçu mission d’offrir au duc de Bracciano 90,000 écus pour les tableaux seulement, et, en outre, la somme de 3, 000 écus que le duc « souhaitoit de mettre en poche en particulier et sans que personne le sçut ». Toutes sortes de difficultés étaient successivement soulevées. Tantôt on objectait que le pape ne
MÉCÈNE, pierre gravée
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consentirait pas à laisser sortir d’Italie des tableaux de tant de valeur, et que, d’ailleurs, la nudité de la plupart produirait un scandale. «Est-ce pour cela qu’il tient à les garder? » répondit-on. Tantôt le duc de Bracciano augmentait