‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 17 sur 301 · Abbé de Marolles, Mémoires, III · texte numérisé non relu

Abbé de Marolles, Mémoires, III

3. Ed. Bonnaffé, Reeherohes sur les collections de Richelieu, i883, in-8°, p. 46.

LE P AI.AIS-ROYaL

et an Faune, un Moïse en bronze, d’après celui de Michel- Ange, des bustes, etc. Les meubles des divers appartements étaient magnifiques. Il y avait notamment des tapisseries de toute beauté, entre autres, Y Histoire de Lucrèce, de la fabrique d’Arras; des tapis de soie et d’or, présents de la reine de Pologne, qui avait également donné au cardinal une chapelle de cristal de roche et un cabinet semblable garnis de saphirs, de turquoises et perles. Il y avait aussi une abondance de tables en mosaïque ou en chêne, soutenues par des cariatides d’argent, chargées de statuettes, de coffrets d’agate, de cornaline ou autres matières précieuses, etc. Beaucoup de ces objets furent vendus après la mort de son oncle par la duchesse d’ Aiguillon, qui uniquement occupée de religion, « détachée de toutes choses et de la vie même, » dit Fléchier', en distribua le produit aux pauvres et dut aussi, faut -il ajouter, s’en servir pour payer les créanciers de la succession. Quand elle mourut, tous les salons de l’hôtel du Petit-Luxembourg étaient presque déserts. La plupart des meubles somptueux avaient été relégués dans la poussière d’un garde-meuble. « On trouvait là le dais ducal en velours bleu brodé d’or, et les drapeaux de satin blanc fleurdelisés d’or, qui avaient abrité le grand ministre. Des housses de lits, en velours rouge brodé d’or; des coffres de cuir doré; des paravents et des cabinets en laque de Chine; des plafonds de carrosses en velours brodé d’or et ornés de plumets d’autruche; des lits à colonnes d’ébène1 2 3, garnis de rideaux de brocatelle, avec des matelas de satin rouge; des piles de tapis de Turquie et de tapisseries d’Arras; des rideaux de toile d’argent et de gaze brodée d’or; tout un monde de carreaux de Damas, de coussins de velours frangés d’or et de sachets de points d’Espagne doublés de moire éclatante. Enfin, tous les brillants costumes d’un ballet, tristes épaves, débris oubliés de quelque fête royale...3.» En dix ans, Richelieu avait su faire venir d’Italie et d’ailleurs assez d’œuvres d’art pour en remplir toutes scs habitations, Rueil aussi bien que le Petit-Luxembourg, le Palais- Cardinal comme son château de Richelieu, dans le Poitou, que Le Mercier était en train de lui reconstruire, et où le cardinal envoyait par centaines les statues antiques et les trésors de tous genres qu’il faisait rechercher en divers lieux par ses émissaires.

Les années i635 et 1 636 paraissent avoir été particulièrement favorables aux travaux du Palais-Cardinal. Le ministre stimulait son architecte. On voyait les bâtiments s’élever à vue d’œil. Déjà ils formaient un double quadrilatère avec les longues galeries de droite et de gauche que séparaient les deux vastes

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