Oraison funèbre de la duchesse d’ Aiguillon
2. Dans les papiers de Le Masle, nous trouvons la note suivante, de l’année 1626, du « sieur des tournais », valet de chambre de Richelieu : « Porté à M. Bouthilier, chez luy, Monseigneur y estant, pour donner comme on croit aux gens de M. deVillars apportant un ameublement debène, 610 livres. »
3. Comte de Bonneau -Avenant, La Duchesse d’ Aiguillon, p. 3 '1 9 - 3 5 1 et 'Rio.
LA CONSTRUCTION DU PALAIS-CARDINAL
cours. La façade était achevée. Sur remplacement des maisons de la cour Orry commençaient à se dresser les énormes charpentes du grand théâtre que Richelieu avait tenu 'a édifier, ne voulant pas se contenter de la petite salle de spectacle qui se trouvait disposée dans une partie de l’aile gauche, et qu’il réservait aux fetes intimes, aux comédies jouées sans apparat. De ce même côté
VUE ET PERSPECTIVE DU PALAIS -ROYAL DU COTE DU JARDIN (Dessin de Chauffournier, gravure d’Aveline)
Le Mercier allait avoir k pourvoir aux services compliqués de la maison du premier ministre, composée d'un nombre infini de serviteurs, de gens de toutes sortes qu’il logeait et entretenait. C’est là que furent aménagées les écuries qui demandaient un grand espace si l’on pense au nombre d’hommes et de chevaux qui composaient l’escorte habituelle du cardinal. Les communs, les cuisines, les dépendances multiples d’un palais devant abriter, comme celui-là, toute une population de serviteurs, furent établis, un peu k la hâte, dans des corps de logis sans symétrie qui avoisinaient le théâtre, également du côté de la rue des Bons-Enfants. L’architecte, poussé par Richelieu, fit de son mieux, multiplia les cours, s’ingénia k faire faire au monument des circuits que lui imposait l’obligation de laisser debout d'anciens hôtels que le cardinal n’avait pu réussir k acheter. Les travaux ne s’arrêtaient plus. L’ordre était absolument d’en finir : ainsi avait décidé le maître qui en toutes choses savait si terriblement vouloir. En i63p, l’œuvre était terminée.
Trois ans auparavant, c’est-k-dire le icr juin i63G, Richelieu avait déjà, par
anticipation, fait donation de son palais an roi ' , comme s’il eût voulu, par cet acte étrange, prévenir toute accusation de trop de magnificence, ou peut-être même flatter l’ombrageux Louis XIII et lui enlever l’inquiétude de voir en face du Louvre le monument digne d’un monarque que son ministre faisait élever. Les termes mêmes de l’acte de donation, d’une humilité extrême, semblent indiquer que le cadeau fut fait dans un de ces accès d’humeur noire dont le roi fut si souvent saisi contre Richelieu, durant son long ministère, et que celui-ci eut toujours à redouter :
Donation du Palais -Cardinal au roi Louis XIII
Par-devant Gabriel Guerrcau et Pierre Parque, notaires... fut présent éminenlissime Armand Jean du Plessis cardinal duc de Richelieu, pair de France, commandeur de l’ordre du Saint-Esprit, grand maître, chef et surintendant général de la navigation et du commerce de ce royaume, gouverneur et lieutenant général pour Sa Majesté en Bretagne, lequel ayant ci devant très humblement supplié Sa Majesté d'ajouter aux immenses bienfaits dont il lui est redevable, la faveur d'agréer qu’il lui donne quelque marque de son ressentiment, qui bien que très petite en comparaison des obligations infinies qu’il a à un si bon maître, témoigne au moins à la postérité que ce n’est pas le manque d’affection, mais la disproportion si extrême qu'il y a d’un sujet à son souverain et au Premier Roy du monde qui empêche de lui rendre de plus grande preuve de reconnaissance; et Sa Majesté lui ayant fait l'honneur de recevoir, avec sa bonté accoutumée, cette très humble prière, elle avait accepté la donnation que ledit Ssr cardinal désire lui faire aux clauses ci-après déclarées :
C'est à sçavoir que ledit S?t cardinal donne à Sa Majesté par donnation entre vifs, pure et simple, de la meilleure manière que faire se peut, son hôtel de Richelieu 2 , sis en cette ville de Paris, rue Saint-Honoré, avec tout ce qui en dépend, consistant en bastiments, cours, fontaines et eaux, sans aucune chose en excepter, réserver ni retenir, en l'état que les lieux sont à présent ou qu'ils pourraient après être mis par le soin et la dépense dudit seigneur cardinal, et sans autres clauses et conditions que celles qu'il a plu à Sa Majesté d’agréer et commander d'être insérées dans la présente donnation, sçavoir que ledit Ssr cardinal jouira sa vie durante dudit hôtel, qu’après son décès, son principal héritier duc de Richelieu, et ses successeurs seront à perpétuité capitaines concierges dudit hôtel, y auront le logement qui leur sera désigné pour cet effet, et en propriété toutes les rentes de bail d’héritage constituées sur les places et maisons qui seront construites en dehors, joignant et alentour du jardin dudit hôtel ; que ledit hôtel demeurera à jamais inaliénable à la Couronne, sans même pouvoir être donné à aucun Prince, seigneur ou autres personnes pour y loger sa vie durante ou à temps; l’intention dudit cardinal étant qu’il ne serve que pour le logement de Sa Majesté quand elle l'aura agréable, scs successeurs, Iloys de France, ou de l’héritier de la Couronne seulement
i. L’acte de donation ne fut définitivement signé que le 6 juin.
a. On remarquera l’emploi modeste ici de celte dénomination : « hôtel Richelieu. » Le mot palais n’est pas prononcé. Nous ne sommes qu’en iG3G. Ce n’est que dans son testament que Richelieu dira :
« mon grand hôtel que j’ai bâti sous le nom de Palais -Cardinal. »
LA CONSTRUCTION DU P AL A I S - C A R D I N A L
et non autre ; ne s’étant porté à bastir celte maison avec tant de dépenses que dans le dessein qu’elle ne servira qu'à la première ou au moins à la seconde personne du Royaume en faveur meme de laquelle Sa Majesté ou ses successeurs ne pourront jamais disposer que de l’usage et de l’habitation seulement.
Plus, ledit Seigneur cardinal donne aussi à Sa Majesté, à la même condition d’être inaliénable à la Couronne, sa chapelle de diamants1, consistant en une grande croix d’or émaillée, enrichie de diamants; plus un calice avec sa patène d’or aussi enrichie de diamants ; plus deux burettes aussi d’or émaillé et enrichies de diamants ; plus une ligure de saint Louis d’or, enrichie de diamants, plus un ciboire d'or enrichi de rubis et de quelques diamants; plus une Paix d’argent, d'or, enrichie de perles et de rubis; de son grand buffet d'argent blanc3, ciselé, pesant 3,ooo marcs; et un grand diamant en forme de cœur3, pesant 20 karats de plus, qu’il a acheté au sieur Lopez; à la réserve de l’usufruit tant dudit hôtel et dépendances que de la jouissance dudit buffet d’argent et diamants pour ledit Ss' cardinal pendant sa vie. Et pour le regard de ladite chapelle de Diamants, ledit seigneur cardinal a déclaré l’avoir, ci devant, par le commandement de Sa Majesté, fait délivrer entre les mains de M. le cardinal de Léon, grand-aumônier de France 4.
Quel accueil les contemporains firent-ils au Palais- Cardinal lorsqu’il apparut dans son neuf? A vrai dire, il ne fut pas enthousiaste. Corneille, dans le Menteur, en parle bien avec un certain lyrisme :
Et l’univers entier ne peut rien voir d’égal Aux superbes dehors du Palais-Cardinal.
Toute une ville entière, avec pompe bâtie,
Semble d’un vieux fossé par miracle sortie,
Et nous fait présumer à ses superbes toits
Que tous ses habitants sont des dieux ou des rois!
Mais Corneille est ici sujet à caution. L’historien de Paris, du Breul, qui écrivait son ouvrage au moment même oii s’achevaient les bâtiments de F avantcour, vante aussi ce « travail moderne fort excellent ». La vérité est (pie l’œuvre de Le Mercier fut en général assez mal appréciée, et que, lorsque Richelieu ne fut plus là pour commander l’admiration de ce qu’il avait fait, on 11c se gêna plus pour la critiquer. Comme il ne reste pour ainsi dire absolument rien aujourd’hui au Palais-Royal des constructions du premier
1. Celte chapelle fut conservée au Garde-Meuble de la Couronne jusqu’en 1792. A cette époque, elle fut volée et les objets qui la composaient furent cassés; les débris, retrouvés par la police révolutionnaire, servirent à payer les fournitures de nos armées victorieuses. L’ Inventaire des meubles de la Couronne, dressé en 1792, estime à 775,800 livres la valeur de la chapelle de Richelieu. Un inventaire du a5 avril 1G46, dressé d’après l’ordre d’Anne d’Autriche, que nous avons trouvé à la Bibliothèque nationale (MM. ff. 18, 55a, fol. 6a), donne une estimation manifestement insuffisante de cette chapelle, quoique très détaillée. Elle ne se monte qu'à a5o,ooo livres environ pour la croix, les chandeliers, le calice et la patène, les burettes, le ciboire, le goupillon, les figures de la Vierge et de saint Louis, et la Paix. Je donne plus loin le détail de. celle estimation (page 72).
2. Estimé i5o,ooo livres dans Y Inventaire des meubles de la Couronne en 1791.