Correspondance de Madame , édit. Brunet, t. Ier, p
LES COLLECTIONS DE TABLEAUX, OBJETS D ART, MEUBLES, ETC
VENUS ET MARS SURPRIS PAR VU LG AIN Sardoine blanche
La collection des médailles et pierres gravées du Régent se trouve aujourd’hui k Saint-Pétersbourg, grâce k Catherine de Russie, qui l’acheta tout entière, en 1787, k Philippe-Egalité, lequel, harcelé par les créanciers, cherchait k l'aire argent de tout, sans aucun scrupule. Il allait mettre la collection aux enchères publiques. Déjà on venait de publier le Catalogue des pierres gravées du Cabinet de feu Son Altesse Sèrénissime Monseigneur le duc d' Orléans, dont la vente publique sera indiquée dans les papiers publics (k Paris, chez Barrois l’aîné, 1786, 1 vol. in-18), lorsque, par l’entremise de Grimm, l’impératrice Catherine fut informée de ce fait. Elle se hâta d’acheter au prince, moyennant la somme de 45o,ooo livres l’ensemble du cabinet.
M. Maurice Tourneux a publié, en tête de son édition de la Correspondance de Grimm1, l’acte de vente et les conditions dans lesquelles furent transportées k Saint-Pétersbourg ces admirables épaves qui font maintenant l’honneur du musée de l’Ermitage.
Les autres bijoux et curiosités que le Régent possédait au Palais -Royal étaient en tel nombre et d’une richesse si extraordinaire que l’on reste ébloui, k la lecture de leur inventaire, qui ne demanda pas moins de plusieurs vacations, en 172/i. On les estima alors k un peu plus d’un million de livres, sans compter les pierreries; c’était peu si l’on songe k leur valeur artistique. On a vu plus haut la liste des tabatières que la duchesse d’Orléans possédait.
Mais qu’est-ce que cela auprès de celles qui appartenaient k son mari et qui étaient toutes plus remarquables les unes que les autres! Les vieilles porcelaines de la Chine et du Japon, les jattes, les cabarets, les pagodes, les vases étaient innombrables. Les montres k répétition, les boîtes ornées de miniatures, les cristaux de roche, les caves k liqueurs splendidement décorées, les menus ustensiles de travail, ciseaux, compas, lorgnettes, en un mot une foule d’objets servant aux moindres usages de la vie, étaient d’admirables spécimens du goût charmant et spirituel de l’époque. Comment puiser dans cette liste interminable, et quel motif de mentionner ceci plutôt que cela P Dans l’impossibilité de donner 1. T. Ier, p. 7. — 11 y avait 28 tiroirs contenant 1 ,468 pièces.
une nomenclature complète, je me bornerai à citer quelques articles pris au hasard pour montrer seulement à quels prix d’estimation étaient cotées alors ces petites merveilles d’art et de goût :
Tabatière d’or, ovale, sur laquelle sont les armes de M. le duc d'Orléans et de Madame, pesante 4 onces 3 gros, 3i5 livres. — ■ Un couteau d’or dans son étui d’or, pesant i once G gros, 126 livres. — Deux montres d’or à répétition, l’une par Gaudron, l’autre d’Angleterre, avec leurs chaînes d’or, 1,000 livres. — Une tablette d’or émaillé de vert, avec des figures en relief, garnie de son esquille d’or, 226 livres. — Tulippe d’or émaillé, dans laquelle il y a un petit arlequin avec un petit diamant dessus, 160 livres. — Deux flacons, quatre petites boettes, un œuf, un sifflet et une cuvette, le tout d’or, pesant 1 marc 1 once 2 gros, 5g A livres. — Un petit flacon d’or, une petite boëtte en chapelle, la garniture d’un flacon, une petite boette ronde, le tout d’or, et deux petits cercles servant de pied à des flacons, 242 livres. — Un étui de chagrin rouge, dans lequel il y a six cuillères à cafl’é d’or, pesantes 5 onces 6 gros, 4 1 4 livres. — Une lorgnette d’yvoire, garnie d’or émaillé, dans un étui de chagrin, avec deux microscopes d’yvoire vert, garnis d’or, 80 livres. — Un étui de chagrain, dans lequel il y a deux loupes et six ballons de cire, le tout garni d’or, 108 livres. — Trois tasses et trois soucoupes émaillées sur cuivre, garnies de vermeil doré, dans leur étui de velours vert, 45o livres. — Cinq portraits ou médailles, y compris un cœur de jade, dont trois garnis d’or, un d’argent et un enrichi de diamants, 200 livres. — Petit coffre d’ébène avec des mignatures et des glaces dans les dites mignatures, garni autour de moulures de bronze et de bandes de lapis et cornes peintes dans le goiit du lapis, garni sur le dessus de quatre coins en cartouche avec des testes de Flore, et par leur milieu de quatre enfants et guirlandes de fleurs, le tout d’argent blanc, 200 livres. — Une écritoire d’écaille à marqueterie de cuivre et étain, garnie de son cornet, poudrier et cuvette, le tout couvert en argent, 12a livres. — Tabatière d’or quarrée, émaillée de couleur, 45o livres. — Tabatière d’écaille de forme piquée en éventail, garnie et doublée d’or, avec une peinture dedans, 700 livres. — Tabatière quarrée coulée d'or dessus, représentante une ruine et un paysage, garnie d’or, 53o livres. — Tabatière de chasse, garnie d'or en cerceau, 200 livres. — Soixante jetons d'argent, représentant les métamorphoses, 1 4 5 livres. — Cinq cents jettons d’or, pesans ensemble 18 marcs 5 onces et 4 gros,
1 3,741 livres.
Il n’y a pas lieu de poursuivre ici cette nomenclature; le court extrait qui vient d’être fait d’un inventaire, unique peut-être par le nombre et la valeur des objets d’art qu’il décrit, n’est donné ici qu’à titre d’indication.
Pour l’argenterie, le Régent en possédait une très grande quantité, car Y Inventaire en donne le détail et le poids, qui monte à 4,067 marcs, en y comprenant la vaisselle laissée par le cardinal Dubois (laquelle pesait i,i3f) marcs) que le duc d’Orléans avait fait graver à ses armes. Aucune estimation n’accompagne l’énumération des pièces désignées. Il ne s’agit là tpie de l’argenterie de table. Encore ri’y voit-on pas figurer les magnifiques
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surtouts que Ballin exécuta pour le Régent. Ce célèbre orfèvre avait été chargé, à l’époque où il était question du mariage de Mllc de Beaujolais, fille du duc d’Orléans, avec l’infant d’Espagne Don Carlos, de faire une splendide toilette d’argent : c’était un des cadeaux de noces de son père. Le mariage n’eut pas lieu; mais, la toilette ayant été terminée, il fallut la payer : la note monta à 3i,Go7 livres1. Qu’est devenue cette œuvre exceptionnelle ? Elle ne figure pas dans X Inventaire. Fut-elle, comme tant d’autres merveilles, envoyée à la fonte? En revanche, nous y voyons figurer quantité de flambeaux, de torchères, de bassins, d’objets divers servant dans les appartements et non confiés à la garde des officiers de la bouche, qu’il convient d’ajouter à la vaisselle de table. On trouve, par exemple, les articles suivants dans cette catégorie :
1511. Un bassin de bidet, deux moyennes cassolettes, une petite cassolette et deux soucoupes, douze flambeaux quarrez, quatorze flambeaux quarrez aux armes de la reinemère, deux petits chandeliers, quatre grands chandeliers à tige à pans, deux bougeoirs, un porte-mouchette et sa mouchette, une écri toire garnie de son cornet, poudrier et sa sonnette, un cornet- poudrier et boette pour l’éponge, une lampe à esprit-de-vin, deux machines à quatre bobèches, cafletière, pesant le tout ensemble i5q marcs 5 onces, prisé à juste valeur et sans crüe à raison de 5o livres 9 sols 8 deniers le marc, la somme de 8,o58 livres 8 sols.
1512. Item, deux petites quaisses quarrées, une cafletière à esprit-de-vin, son réchaud, deux lampes, une palette, une boette ronde à cafle, une grande cuillère, un entonnoir, deux grandes caisses quarrées pour faire chocolat et eaflé, sept cuillères de vermeil, pesant le tout ensemble 5i marcs, la somme de 2,674 livres i3 sols.
1513. Item, un étui à curedent d'or, pesant six gros, prisé à sa juste valeur et sans crüe, à raison de 735 livres le marc, la somme de 8 livres 18 sols 1 denier.
i5i4- Item, un huilier de table garni de toutes les pièces qui le composent, de vermeil doré, scavoir, la grande pièce qui pose sur la table, la pièce qui se pose au milieu, soutenue par quatre consollcs, au milieu de laquelle est posée une figure de Baccante, deux sucriers, deux burettes, deux barils à moutarde, six bouchons de carafle, quatre poivrières, six salves à cosle, dix branches pour les bougies, pesant le tout ensemble 100 marcs 4 onces, et prisé à juste valeur et sans crüe à raison de 5o livres 9 sols 8 deniers le marc, la somme de 6,073 livres 11 sols 6 deniers.
1, État de la communauté de Ph. d’Orléans avec son épouse. — ■ Archives nationales, R4, 10GG.
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1515. Deux grandes corbeilles à pans galbez, quatre moyennes corbeilles à pans, et deux petits bras de la garde-robbe de Mgr le duc d’Orléans, pesant 70 marcs 5 onces, et prisé à juste valeur et sans crue, à raison de 5o livres 9 sols, 8 deniers le marc, la somme de 3,565 livres 7 sols 8 deniers.
1516. Item, une grande terrine couverte de forme ovale, dans laquelle il y a une grille, une grande marmitte et son couvercle, quatre casseroles à queue, deux moyennes casserolles sans queue, une petite casserollc ronde pour les compottes, un poêlon à longue queue, un réchaud, un gril, un pot à bouillon, un écumoir, une cuillère à dégraisser, une cuillère à pot, une lèchefrite et son arrosoir, le tout d’argent blanc, poinçon de Paris, pesant ensemble i3g marcs 4 onces et prisé à juste valeur et sans crüe à raison de 4g livres 9 sols 8 deniers le marc, comme vaisselle montée, revenant ladite quantité aud. prix à la somme de 6,902 livres 18 sols 6 deniers.
i5i7> Item, trente-six assiettes de vermeil pesantes ensemble 86 marcs 4 onces, prisées à juste valeur et sans criie à raison de 5o livres 9 sols 8 deniers le marc, revenant lad. quantité aud. prix à la somme de 4,370 livres 16 sols 2 deniers.
i5i8. Item, une grande soucoupe à pied, une saussière, un sucrier, une poivrière en nef, deux sallières à pieds à pans, trois cuillères à ragoût, deux fourchettes d’entrée, le tout de vermeil, pesant ensemble 18 marcs: 908 livres i4 sols.
Tous ces objets, compris dans l’argenterie, se trouvaient dans les appartements du Palais -Royal. La vaisselle proprement dite était répartie dans les divers services et placée sous la responsabilité des personnes qui avaient à en faire usage pour les besoins de leur charge. Par exemple, l’argentier avait un total de io4 pièces, plats, assiettes, cloches, etc., pour la table des maîtres ou du commun, pesant un total de 5q4 marcs. Il y avait la vaisselle relevant spécialement des officiers de la Bouche, marmites, casseroles, pots à vin, pots à bouillon, plats ronds, compotiers, essais, sucriers, huiliers (55 pièces pesant 269 marcs 4 gros); la vaisselle du pâtissier de la Bouche, compotiers, assiettes de couvert, plats de forme particulière (i3 pièces pesant 4i marcs); la vaisselle du perdeau, cuillères et fourchettes, aiguière, flambeaux (42 pièces pesant 62 marcs); la vaisselle de l’Echansonnerie, couvert du vin, flacons, etc. (3o pièces pesant 175 marcs); la vaisselle de la Panneterie, saucières, moutardières, cadenas, huiliers, salières, poivrières, tire-moelle, etc., soit en vermeil (157 pièces pesant 524 marcs), soit en argent blanc (178 pièces pesant 243 marcs); enfin, la vaisselle qui était révervée pour le service des princes et princesses dans les grandes occasions, en or et en vermeil (119 pièces pesant 225 marcs). Outre cette argenterie si variée et si abondante, dont l’affectation était rigoureusement réglée, il y avait au Palais- Royal ce qu’on pourrait appeler la grosse orfèvrerie, la vaisselle à tout faire, employée pour la Bouche ou pour le commun, marmites et casseroles de toutes formes, poêles à confiture, écumoires, fourchettes et cuillères, flambeaux, etc. Celle-là
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était divisée en trois séries, vaisselle blanche, vaisselle « goderonnée » et vaisselle de vermeil: la première comprenait 1 48 pièces et la seconde 10G pièces, pesant ensemble i,?.85 marcs 8 onces 4 gros; la troisième, 170 pièces, pesant