‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 191 sur 301 · LA. VISION DE SAINT FRANÇOIS · texte numérisé non relu

LA. VISION DE SAINT FRANÇOIS

(Tableau de la Galerie du Palais- Royal)

Faure, maître de danse,» pour 1,000 livres; l’architecte Ju, pour 600 livres; Oppenordt, pour 1,200 livres1; l’architecte Legrand, qui portait encore le titre d’« intendant des bâtiments », pour 600 livres, etc. Ce qui domine, ce sont

1. Le nom de cet artiste 11c se trouve que dans le rôle de l'année 1736.

T. I. LE P AL AI S -ROYAL

les rentes (de 4oo h 5oo livres) faites aux divers ordres religieux : aux capucins de la place Vendôme, à l’hôpital de Dourdan, aux Ecoles chrétiennes de Chartres, aux capucins de la rue Saint-Honoré, aux religieuses du quartier Saint-Paul, aux récollets de Versailles, etc. La liste en est longue, car le duc était très charitable. Le journal tenu par son archiviste Danjan donne le témoignage à la fois de toutes les aumônes qu’il faisait et des écritures régulières qu’il en dressait1. L’hiver de l’année 1739 ayant été particulièrement rude, il fit à Paris de grandes largesses et ordonna que des feux fussent constamment allumés sur la place du Palais- Royal. De toutes parts, on lui adressait des placets, faisant appel à sa générosité, lui exposant quantité de misères. Un résumé de ces tablettes de l’infortune était reporté sur un registre que son Altesse pouvait consulter à tout instant et qu’on annotait. Un de ces registres nous a été conservé et se trouve aux Archives nationales2. La lecture en est piquante et souvent attendrissante; qu’on en juge par ces quelques extraits :

— Claude Benoit expose qu’ayant eu l'honneur d’amuser Monseigneur de son talent de musicien, demande la continuation de la pension servie par Monseigneur le Régent.

— Jacques Capron supplie Monseigneur de lui continuer pendant un an la pension de 24 livres par mois que feu Monseigneur lui accordoit pour se perfectionner dans l’art d'architecture où il a déjà fait des progrès considérables qu’il espère pousser plus loin avec le secours qu'il implore de Son vUtesse Royale.

— Le Sieur Caresme, peintre, a travaillé depuis 1747 au cabinet de Monseigneur pour les dessins de l’Histoire naturelle sous la présentation de M. Coypel, son neveu. H supplie Monseigneur de le continuer en qualité de dessinateur de son cabinet, ayant appris que Monseigneur continuoit lesdits ouvrages.

— La veuve Chesnoy, pauvre femme âgée de soixante-quinze ans, infirme, expose qu’étant à la place qui lui avoit été accordée au Palais- Royal sous la voûte, à la porte des Archives, pour y vendre des marchandises, elle fut blessée par le carrosse de feu Monseigneur, que le coup qu'elle reçut du timon lui a causé une descente dont elle a toujours été affligée; pourquoi elle porte un bandage qui lui a coûté trois louis d’or; que feu Monseigneur eut la bonté de lui faire espérer une place aux Incurables, mais qu’elle ne l’a point eue; ce qui l'oblige d'avoir recours aux bontés de Monseigneur.

— Auguste -François Jault, professeur en langue syriaque au collège Royal, expose qu’il a enseigné à Monseigneur, pendant quinze mois de suite, les langues

1. Voyez Journal des archives dit Palais-Royal du 22 avril 1733 à 1752. — Vrchives nationales, R V*; 1097. Voir notamment aux dates suivantes : juillet 1735, fondation de deux lits aux hospitalisations de la Miséricorde; juillet 1738, distribution de grains aux pauvres dans le gouvernement de Bretagne; 7 juin 1739, agrandissement de l’hôpital de Saint-Cloud, fondé par Monsieur, son grandpère; i4 août 1789, distribution des charités faites aux pauvres de l’apanage; février 17^2, maison donnée à l’Hôtel- Dieu de Coucy ; juillet 1742, fondation de deux lits à l’hôpital des Incurables, etc.

2. Archives nationales, 1\4*, 1067. Voyez notamment p. 4<’»3, 576, 5g5, 697, 655, 703, 741, 753, 763, 779.

LE MOINE DE SAINTE -GENEVIEVE : LOUIS D’ORLÉANS

syriaque et grecque, qu'il a fait pour son service, depuis plus de dix ans, divers ouvrages de littérature orientale, et qu'il a revu plusieurs de ceux du prince, que tout cela lui a emporté beaucoup de temps, que le prince lui accorda pour honoraire une pension de 4oo livres et lui promit une place de secrétaire dans sa Maison, place qu'il n'a pas eue, et qu’il n'a touché qu'une année de pension. Dans ces circonstances, etc.

Voilà une pétition qui donne à réfléchir! Est-ce que, par hasard, l’érudition sacrée du duc d’Orléans n’aurait été faite que de la science des autres?

Les nombreux manuscrits qu’il légua à l’ordre de Saint- Dominique, en re-

commandant avec humilité de ne les éditer que si cela pouvait être utile aux religieux, auraient-ils pour auteurs d’obscurs pauvres diables comme ce Jault, «professeur de langue syriaque au collège Royal,» lequel, assurément, ne semble point être un imposteur? N’approfondissons pas et continuons la lecture de ces curieux placets :

— Antoine des Ramées, ci-devant chef d’échansonnerie de Monseigneur, expose que ses services ont commencé dans la Maison de Monseigneur le Régent jusqu’en 1760, que son âge et ses infirmités l’ont obligé de céder à Guillaume Rey, son cousin, un café qu'il tenoil place du Palais-Royal nommé le Café de la Régence. Se trouvant sans charge, il supplie..., etc.

— La demoiselle Françoise -Gahrielle Clerval de Passy, fille de condition, orpheline, expose qu'elle désire entrer en religion, mais qu'on ne veut l’accepter que si elle a sa pension de 2,000 livres promise par Monseigneur. Dans ces circonstances, la suppliante implore Monseigneur, espérant qu’il voudra bien avoir égard à sa naissance et à sa jeunesse, et lui faire éviter les écueils dans lesquels sa figure pourroit la faire rester si elle resloit dans le monde...

On ne peut qu’admirer avec quelle habileté Mlle Clerval, « fille de condition,» fait savoir qu’elle a une jolie figure. Le duc d’Orléans n’était pas

homme à vouloir s’assurer du fait, et avec lui l’artifice, si c’en était un, ne pouvait pas réussir. D’ailleurs, les pétitions du même genre n’étaient point rares. Une certaine « Françoise Montmirelle, née sans mœurs », ou bien des filles de mauvaise vie « supplient qu’on leur donne les ressources nécessaires pour revenir au bien». Le prince se laissait volontiers tenter, quitte à être dupe, par le désir d’arracher à la corruption les femmes qui s’adressaient à lui. 11 servait des pensions de 3oo livres à « M"° Molard, à Orléans, comédienne retirée », et à « M"° Marville, sœur de l’actrice de l’Opéra ». Une autre pension de 200 livres était donnée «à la demoiselle de Rigny, âgée de dix-neuf ans, que sa famille vouloit trafiquer ». Les secours distribués pour ce dernier motif étaient fréquents. La sollicitude du duc s’exerçait également sur les malheureux obligés de subir des opérations, entre autres ceux qui étaient atteints de la pierre. Il protégeait les juifs convertis et pourvoyait aux frais de leur baptême >. En un mot, il se plaisait à faire le bien, et cela pouvait faire passer sur ses travers.

Les livres de dépenses du trésorier Palerne sont surtout intéressants à consulter durant les années 17/10 et 17/11, car, d’une part, ils sont accompagnés des mémoires de fournisseurs dont quelques-uns portent des noms célèbres, et, d’autre part, ils indiquent que, même à cette date, le duc d’Orléans restait entouré d’un luxe qui n’éveille nullement l’idée d’ascétisme monacal. Le chapitre des écuries, avec l’entretien de trente -quatre chevaux, les gages de cinq cochers, vingt palefreniers, douze pages, etc., comportait une dépense annuelle de 46,669 livres. Le service de la Bouche, au Palais-Royal, coûtait au duc 20,000 livres environ par mois, dont nous avons le détail comme le donnerait un livre de ménage. Prenons, au hasard, le mois d’avril 1737 :

Rôle de la Bouche pour le mois d'avril 1737. — - Pourvoyeurs : 8,543 livres 3 sols 9 deniers; — Boulanger: 36i livres 16 sols 6 deniers; — Marchand de vin: 1,472 livres 10 sols 5 deniers; — Épicerie: 2,332 livres; — Marchand de hois : 46 livres; — Menues dépenses : 5,0/19 livres 7 sols 6 deniers.

Le «rôle des menus et argenterie» était extrêmement variable : tantôt il n’atteignait pas 5o,ooo livres pour l’année, tantôt il donnait, comme en 1748, un total de i88,q63 livres pour le seul mois de décembre. A tout instant on y relève le nom de l’ébéniste Crescent pour des sommes allant de 75 à 4, 000 livres, sans désignation, malheureusement, des objets livrés par 1 artiste. L’orfèvre Germain était pourvoyeur attitré dans la Maison : c’est lui qui avait soin de la

1. Dans les comptes de l’année 1742 je trouve, par exemple, le détail de ce que coûta au prince le baptême du juif Ph.-Aug. Viglia : A lui remis, 200 livres; — Tant à l’église qu'aux pauvres, pour les carrosses cl autres menues dépenses, 296 livres; — Pour l'offrande, 24 livres; — 62 livres et demie de dragées de Verdun, à 4o sols, ia5 livres ;— i4 livres de pistaches et cannelle, 56 livres; — 45 livres de confitures sèches, 90 livres; — Pour les boites, 1 livre 8 sols; — Pour les rubans, i5 livres. — Total : 820 livres 8 sols.

LE MOINE DE SAINTE -GENEVIEVE : LOUIS D’ORLÉANS

vaisselle, qui la marquait, qui remplaçait les pièces hors d’usage. Parmi les mémoires présentés par lui, je mentionnerai celui du 21 juin 1741, qui comprend : « Un couvercle de plat, une boette pour les hosties, un pot à bouillon, pour le service de Monseigneur le duc d’Orléans, » et monte à la somme de 8o5 livres. Dans cette somme, la valeur de l’argent est de 635 livres, et le prix de la façon de 170 livres.

Un autre mémoire est relatif à la gravure des armes du duc, faite par Germain, sur toute la vaisselle du Palais-Royal, de Saint-Cloud et de Versailles. Dans le dénombrement des objets, il y a deux surtouts de vermeil composés l’un de trente-deux, l’autre de trente pièces, plus une toilette de vermeil servant au prince et ainsi composée :

Miroirs et deux quarrés, une plate et boeste à bijou, un crachoir et cofre avaline, 2 gantiers et 2 soucoupes, une écuelle couverte et son plat, une jatte et un pot, 2 boettes à poudre et 2 boettes à mouche, une tasse couverte et 2 gobelets couverts de plomb, une brosse et une brosse à peigne, 2 ferières 1 et une brosse à patte, i4 chandeliers, mouchette et porte- mouche tte.

Le prix de la gravure de chaque pièce était habituellement de « cinq sols»; mais les artistes employés par Germain 3 demandèrent cette fois «six sols», et celui-ci fit suivre son mémoire de la note ci-jointe que je reproduis ici en fac-similé :

Page 1