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Ferrière était le nom donné à un genre de flacon

2. Il s’agit ici de Thomas Germain, un des orfèvres les plus considérables de l’époque, né en >673, mort en 1748, et père de François -Thomas Germain, plus célèbre encore.

D’autres orfèvres étaient également employés par le duc d’Orléans, tels que Lebrun, Baslin, dont on acquitta, en 1738, une importante commande; Caoron, « ciseleur-argentier, » qui figure la même année sur les états de paiement pour une somme de Goi livres, etc. Le sculpteur Slodlz, un peintre nommé Geoffroy; Lemonnier, relieur- doreur ; Lange, sculpteur; Doury, imprimeur-libraire; la dame Polliart, lingère; Leroy, horloger; Audry, tapissier, sont également parmi les fournisseurs habituels. En 1742, Coypel dut exécuter quatre copies d’un portrait du duc d’Orléans où celui-ci était vu jusqu’aux genoux. Quel est ce portrait? Est-ce celui qui est aujourd’hui à Versailles? L’une de ces copies était destinée au chancelier d’Argenson et valut au peintre 5oo livres; les trois autres ne furent payées que i5o livres chacune; elles furent données à Grenoble, à l’abbé Sallier et à un certain Prenier. Le fameux gainier Gallucliat, qui se vantait d’être le premier à avoir « trouvé l’art d’adoucir et mettre en couleur les peaux de requin dont on garnit les surtouts de montres, boîtes à lancettes, étuis à ciseaux et à rasoirs, et autres objets qui depuis ce temps ont conservé le nom de Gallucliat », travaillait également pour

le Palais-Royal. En 1741, il exécuta une belle écritoire destinée au duc de Chartres, couverte de chagrin, doublée de moire bleue galonnée d'or fin, avec un faux fond à secret, du prix de 120 livres. Le même Gallucliat fit une «cassette à mettre les instruments pour les dents de Monseigneur». En voici le mémoire :

AUTOGRAPHE DU GAINIER CALLUCHAT

Toutes les garnitures pèsent 1 marc 3 gros. A raison de 5a‘ 10' le marc

Pour ta façon de l’orfèvre .

Pour la gravure

Pour la dorure en moulure

Pour la cassette couverte en roussette verte, façon de jaspe sanguin, doublée de velours avec un miroir dans le couvercle, garnie d’une serrure à deux pennes; la clef est ciselée cl polye et d’un tiroir à secret doublée de soye

Pour le sac de chamois bordé de soye

Total

LE MOINE DE SAINTE-GENEVIÈVE : LOUIS d’oRLÉANS

Chaque année, le duc d’Orléans, à l’occasion de la Fête-Dieu, faisait dresser devant le Palais-Royal un rcposoir magnifique dont son entrepreneur ordinaire, La Cour, faisait la maçonnerie, Lange la sculpture, et Girard la menuiserie. Mais la plus grosse somme, en définitive, dont fut chargé le service des Menus et Argenterie durant cette période assez mélancolique dans l’histoire de notre monument, fut celle du service funèbre de sa sœur, Louise- Elisabeth, reine d’Espagne, morte à Paris en 1742, dont il fit les frais'; la cérémonie eut lieu au Palais -Royal.

Louis d’Orléans ne parait pas avoir, à aucun moment, fait exécuter des travaux dignes d’être signalés aux bâtiments du Palais- Royal. Il se borna, en 1730, à faire restaurer le jardin qui, depuis les modifications entreprises par son grand-père en 1674 (voir page 173), n’avait pas été embelli ni même suffisamment entretenu. Les arbres étaient devenus trop touffus, et leur frondaison, non réglée par le sécateur des jardiniers, s’étendait en tous sens, couvrant les allées d’une ombre excessive. Les locataires des maisons entourant le jardin se plaignaient de ce que le feuillage leur masquait la vue. De leur part, c’était beaucoup d’exigence, car la situation de ces maisons, vraiment privilégiée par une tolérance qui durait depuis le cardinal de Richelieu, les faisait fort rechercher. En outre, 011 aurait pu leur demander de commencer eux-mêmes à contribuer à la propreté et à la salubrité du jardin en s’abstenant de jeter par leurs fenêtres des immondices qui n’y répandaient pas précisément des parfums. Mais leurs réclamations trouvèrent de l’écho, semble-t-il, à la Chancellerie du prince, car voici une note manuscrite, recueillie à la Bibliothèque de l’Arsenal et qui a tout l’air d’émaner des bureaux du comte d’Argenson 2.

Note sur les changements à Jaire au jardin du Palais -Royal.

Msr le duc d’Orléans est adoré de tous ceux qui ont le bonheur de l’approcher. Il peut bien aysément augmenter le nombre de ces créatures, embellir cousidérable-

1. Ces frais montèrent à <>0,988 livres. Les détails en sont donnés tout au long, et sans en excepter aucun, dans les papiers du contrôleur Poinsinet. Ils montrent avec la dernière précision comment se réglait un enterrement princier à cette époque. Bornons-nous aux suivants, à titre d’indication : Pour les tentures noires dans les chambres du Palais-Royal, 4,800 livres; — Pour l’embaumement du corps fait par Pia et Boulduc, premiers apothicaires du roi (poudres aromatiques et gommeuses, baumes précieux, esprit de vin rectifié, cire, toile cirée, etc.), 4oo livres; — Pour le cercueil, fourni par Coquerot, maître plombier à Paris (premier cercueil d’une grandeur extraordinaire, deuxième coffre en bois de chêne, ferrures, plaques de cuivre et d’argent), 878 livres; — Pour couvrir et garnir le cercueil en velours noir, avec croix de moire d’argent, a4 aunes de galon d'argent, 0 livres 13 sols; — Pour les crespcs fournis dans la chambre de Monseigneur, 1,280 livres; — Pour les armoiries cl

armes sur papier et sur toile fournie par Dutour, peintre ordinaire du roi, 912 livres; Pour les

flambeaux et cierges, fournis par Blesimare, marchand cirier à Paris, 5,556 livres; — Pour quatre voilures de deuil fournies par Bordié, maître sellier, 200 livres; — etc., etc. Un des plus curieux articles de ce mémoire est celui qui concerne les pleureurs officiels : « A Adam, crieur de la cour, pour la cérémonie funèbre à Saint-Sulpice, y compris ses peines et soins et gratifications, 4.298 livres. »

2. Bibliothèque de l’Arsenal. Manuscrit 4o4> — go°, folio 45o.

ment son jardin à très peu de frais, faire un très grand plaisir à tous ceux qui ont des maisons sur ce jardin et à tous ceux qui s’y promènent. Ce seroit en ordonnant qu'on tailla en arcades toutes les allées de ce jardin et même la grande allée «des marronniers» comme on l'a fait aux deux quinconces qui sont au bout, et vis-à-vis la maison occupée par M. d'Argenson. Cela donneroit de la grâce à toutes ces allées et du jour au premier étage ou rez-de-chaussée des maisons, de l'air et du jour à tous ceux qui s'y promènent, surtout dans la grande allée des marronniers. On y étouffe de chaud et de poussière, et le soir on n'y voit point clair. Cet embellissement prolongeroit le jour et la promenade. Qu'on ne craigne point que celte opération diminuât l'ombre. Il y en auroit encore suffisamment par le beau berceau de la grande allée des marronniers cl par les deux quinconces.

11 est à remarquer que le jardin du Palais-Royal est à l'abry du soleil levant par les maisons de la rue des Bons-Enfants, qu'on y est à l'abry du soleil de midy par l'ombre des quinconces et soubs le berceau de la grande allée des marronniers, et qu'on y est garanly du soleil couchant par les maisons de la rue de Bichclieu. Ainsy, il n'y a point d'inconvénient à mettre toutes les allées de ce jardin en arcades.

Le duc d’Orléans se rendit à ces bonnes raisons, et, pour faire au jardin les remaniements demandés, il s’adressa à Desgots1, «architecte du roi, ancien contrôleur général des Bâtiments et neveu de l’illustre M. le Nôtre, » dont les talents pour ce genre de travaux étaient alors grandement appréciés. Le prince lui demanda de faire un jardin «fort ouvert»2, sans bosquets de charmilles, ni boulingrins, ni palissades, car tout cela aurait été trop propice aux tête-à-tête galants. Desgots composa donc un grand parterre de gazon, sans plates-bandes, entouré seulement d’ormes en boules, avec un bassin beaucoup moins grand (pie celui qui existait auparavant et ne mesurant plus que seize toises de diamètre. Pour servir de fond à ce bassin, il disposa une demilune de treillage à hauteur d’appui, présentant plusieurs angles où il loga les statues et les thermes de Henri Lerambert et Goysevox que Louis XIV avait jadis fait transporter de Versailles. Derrière cette demi- lune, venait un quinconce de tilleuls, avec des espaces symétriquement ménagés pour recevoir des «bancs de commodité»3, auxquels le public fit le meilleur accueil. Tout au fond, il éleva un grand portique de treillage, d’une largeur de six toises et assez haut, décoré de trois figures placées dans des niches et qui, au dire des contemporains, étaient d’une «très belle exécution»4. Enfin, pour donner au jardin un aspect régulier et procurer à la vue un tableau agréable, Desgots masqua

1. Ce fut également un jardinier du roi, du nom de Desgots, peut-être un aïeul de celui-ci, que le cardinal Richelieu avait chargé de l’établissement du jardin. Voir plus haut, p. 3o.

2. Et non pas « fort couvert », comme le dit Ed. Fournier dans sa monographie du Palais-Royal, p. 32.

3. Mercure de France, janvier 1732. Lettre sur les embellissements du jardin du Palais- Royal.

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