Blondel, L'Architecture française, t. III, p. 38-4o
LE PALAIS-LOYAL
Le duc d’Orléans en éprouva une mortification profonde, qu’il s’appliqua à dissimuler avec le plus grand soin. Dès lors, son parti fut pris, et il alla s’enfermer au couvent1.
Pour la date exacte de son installation, comme pour les détails de celle-ci, nous avons les papiers du trésorier Palerne, aussi bien que l’inventaire après décès de 1752. Par exemple, on voit dans les registres de dépenses que, pendant le mois d’octobre 1741, le tapissier Dugy fournit 127 aulnes de toile
peinte pour faire un lit, rideaux et portières dans l’appartement du duc d’Orléans à Sainte- Geneviève, pour la somme de 622 livres. Le meme mois, l’horloger Frizon porte à Sainte- Geneviève « la pendule à réveil de monseigneur, après l’avoir nettoyée». Inutile de parler d’autres meubles ou accessoires que le prince fit transporter du Palais-Royal dans sa nouvelle demeure, laquelle était sans luxe, à la vérité, mais fort spacieuse, occupant deux maisons sur les terrains des Pères de Sainte -Geneviève 2. Après avoir franchi, au rez-de-chaussée, une antichambre où l’on voyait un paravent, quatre ou cinq tableaux de piété, un christ en ivoire sculpté, on laissait, à gauche, la cuisine, pour pénétrer, à droite, dans la chambre du prince. Elle était dépourvue de toute splendeur, mais ce n’était pas non plus la cellule dénudée et triste dont on a parlé. L’ameublement se composait d’une couchette à la polonaise, recouverte d'une toile blanche piquée, avec des pentes de toile de coton à lleurs bleues sur fond blanc. Deux tabourets garnis de crin et recouverts de pareille étoffe, huit chaises de paille, deux chaises canées, une petite table de bois de chêne de deux pieds de long, trois tablettes et encoignures de bois de noyer constituaient ce mobilier rudimentaire. Aux murailles étaient accrochés deux estampes et quarante -huit petits tableaux « peints en miniature dans leur cadre de cuivre doré». Il est curieux de constater ici que ce prince Louis d’Orléans, sur qui pèse la réputation d’avoir été un iconoclaste, et à qui l’histoire reproche d’avoir brûlé, comme indécentes, les plus belles peintures réunies par son père le Régent au Palais- Royal, éprouvait le plus vif plaisir à copier des tableaux. Le Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale 3 possède quelques spécimens de son savoir-faire en ce genre. Ce 11’est pas brillant. Il y a, notamment, une tête de «Flamande à sa fenêtre», d’après Gérard Dow, qui 11e donne pas une idée avantageuse de son dessin. Les