D’Argenson, Mémoires, t. III, p
2. Ces cérémonies sont longuement décrites dans un manuscrit inédit conservé à la Bibliothèque mazarine, i84o, H, Service des menus. Le mariage eut lieu à Versailles. Le soir, les jeunes époux descendirent au Palais-Royal, où ils trouvèrent « une illumination magnifique dans les cours et jardins et sur les fenêtres des maisons ayant vue sur le palais ».
LE PETIT-FILS DU REGENT
Cette sensuelle passion pour son mari ne dura pas longtemps. Celui-ci ayant dû, à diverses reprises, de 1745 à 1747, retourner à l’armée et suivre la vie des camps, la duchesse de Chartres se consola, paraît- il, assez aisément de ce veuvage passager avec certains habitués du Palais- Royal, et la liberté de ses allures finit par devenir l’objet des conversations publiques. Des querelles violentes éclataient entre les deux époux, qui se boudaient, refusaient parfois de dîner ensemble, constituaient même chambre à part, ce qui faisait gloser, comme on pense, tout le monde au Palais. Puis on apprenait que le duc, qui était emporté et faible autant que la duchesse était spirituelle et ferme, avait fini par céder et faire sa soumission. O11 en riait, et, dans ces circonstances, le pauvre prince perdait chaque fois en autorité ce qu’il gagnait en ridicule. La grand’mère du jeune duc ne pouvait intervenir dans ces conflits, car elle n’était plus là pour voir les beaux résultats de ce mariage qu’elle avait si obstinément voulu : elle était morte peu après sa conclusion. On fit sur elle cette épitaphe :
Ci-gît la mère d’un enfant Qui croit damné Monsieur son père Pour avoir fait ce qu’on prétend Que Monsieur son lils ne peut faire1.
A partir de l’année 1748, les scènes de ménage devinrent si fréquentes et si fâcheuses que la brouille entre les deux époux finit par être complète. Le marquis d’Argenson, qui était au courant de bien des petits secrets de celte singulière vie conjugale, laisse maintes fois percer, dans ses Mémoires, l'agacement qu’il en éprouvait. Signalant, en novembre 1748, une de ces querelles, il explique comment les deux époux se laissent liberté réciproque :
Chacun procède, dit-il, à ses plaisirs particuliers de son côté. Le duc a une pelile maison dans les faubourgs, cl voit des filles en prenant certaines précautions. 11 faut convenir que ces divorces si communs aujourd'hui peu d'années après le mariage viennent toujours par la faute des femmes2...
Quelques mois plus tard, la séparation entre les deux époux est encore plus accentuée, et le marquis d’Argenson écrit:
La duchesse de Chartres est déclarée grosse de deux mois. M. le duc de Chartres continue à dissiper ses biens et ne paye personne; à la tête de cette maison ne sont que des gens fins et doubles... Le duc de Chartres est entouré de misérables godelureaux qui le portent à toutes les dépenses de libertinage; on le fait courir toutes les nuils de boucans en boucans, de petites maisons de courtisanes, de vins et de