‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 200 sur 301 · Marquis d’Argenson, Mémoires, I. VI, p · texte numérisé non relu

Marquis d’Argenson, Mémoires, I. VI, p

LE PETIT-FILS DU RÉGENT

de bâtiments vermoulus, fermait le cul-de-sac et touchait de 1 autre coté aux cuisines du Palais-Royal. La vieille bâtisse fut payée 10,000 livres comptant, plus 5,ooo livres de rentes. Une partie fut jetée bas, et on put prendre de l’espace pour agrandir les coulisses, donner plus d’aisance au service de la machinerie, qui prenait de l’importance. D’autre part, la Cille de Paris acheta également, le i5 juillet 1750, les maisons faisant l’encoignure du cul-de-sac et de la rue Saint-Honoré : l’une appartenait k un certain Cadeau de Mongazon et fut payée /i4,ooo livres; deux autres, cédées par Jean Durand, inspecteur des vins de la ville, ne coûtèrent pas moins de 52, 000 livres. L’acte de vente stipulait que c’était pour «procurer par la formation d’une place au-devant des portes du spectacle de l’Opéra un abord qui manque entièrement à la commodité du public»1.

Quant k la salle même de l’Opéra, on se borna k ce moment k un nettoyage complet et k quelques embellissements dont elle avait grand besoin. On décora les balcons des premières loges de bas-reliefs en stuc doré représentant des trophées de musique, et les balcons des secondes loges de guirlandes de fleurs maintenues par des consoles. Le plafond de la salle fut repeint; il figurait une terrasse k balustres et des attiques avec des vases k fleurs, le tout coupé de douze panneaux de relief en stuc s’enlevant sur un fond de ciel. A l’avantscène, le plafond, exécuté par Tremblin, représentait une suite de galeries de marbres k arceaux, et dans chaque arceau était une peinture en camaïeu sur fond d’or, dont les sujets étaient Apollon sur son char , Diane , l'Aurore, etc. La salle apparaissait en ton vert d’eau, sur lequel s’enlevaient harmonieusement les ornements d’or en stuc et les imitations de marbre des pilastres et colonnes 2. En résumé, l'aspect était aimable et gai. Mais cette transformation de l’Opéra, mis ainsi au goût du jour, devait être bien éphémère, et le terrible incendie de 1763, en dévorant le théâtre, allait se charger d’imposer des changements tout autrement complets.

Le duc de Chartres, entraîné dans le tourbillon de l’existence brillante qu’il menait k cette époque, dépensait sans compter, et engageait même des sommes considérables en aménagements luxueux au Palais- Royal. Sa femme désirait modifier la distribution des appartements, transporter le sien dans l’aile droite, où elle voulait qu'on édifiât de nouveaux bâtiments, pour laisser k sou mari la disposition absolue du coté gauche. Le prince, tant que sou père vécut, n’osa se lancer que timidement dans de pareilles constructions. Cependant, une note manuscrite, signée de lui, que je trouve au milieu du fatras de papiers conservés k la Bibliothèque Carnavalet, prouve que, dès

1. Archives nationales, 1’, i655. — Voir aussi U 4, 288, et Plans, 3e classe, Seine, 54G.

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