SUCRIER EN PORCELAINE
. Journal de Barbier, t. V, p. 391.
LE PETIT-FILS DU REGENT
il eu est qui montent à des prix assez élevés, comme deux grands vases en porcelaine traitée, avec dragons en relief, du prix de 2,960 livres. Il lui arrive aussi de faire réparer certains meubles du Palais-Royal, notamment
FLAMBEAU, DIT (( MOUCHETTE )), A LA MODE AU XVIIIe SIECLE
«une grande pendule», ou bien d’en acheter, ce qu'il fait pour deux tables qui devaient être charmantes, à en juger par la description qui en est donnée : l’une à fleurs, avec tablette pour écrire et cornets argentés, l’autre plaquée en bois de violette et bois de rose, également à cornets et à tablettes. En un mot, et sans pousser plus loin ces citations qui deviendraient fastidieuses, le prince apparaît comme un véritable collectionneur, avec ses préférences, ses ardeurs, ses entraînements, sachant être magnifique en tout, dans ses équipages, dans son luxe, dans ses actes généreux : il n’est que juste, en vérité, de lui reconnaître cette qualité, un peu imprévue peut-être, si l’on songe ;i ce qui a été dit de lui, dans les Mémoires , de sa bonhomie et de ses goûts bourgeois. Mais les documents abondent qui restituent à cette physionomie son véritable caractère. Il ne restera pas toujours ainsi.
Quant à la duchesse d’Orléans, ce n’est pas elle qui aurait poussé son mari
dans la voie des économies, car nulle ne se montrait plus friande de plaisirs, de changements et de faste. Le moine de Sainte- Geneviève avait deviné que le sang- des Bourbon-Conti qui bouillonnait dans les veines de la jeune femme déterminerait sa destinée. Tempérament nerveux et déjà maladif, portant en elle les germes de la tuberculose, elle avait des caprices singuliers, passait
pie et vaincre les appréhensions du public contre cette innovation, chargea Tronchin de vacciner ses deux enfants. Comme la duchesse versait à ce sujet d’abondantes larmes, le prince lui dit :
— Madame, ce sont vos enfants comme les miens. Si vous ne donnez point votre consentement à cette inoculation, elle n’aura pas lieu.
La princesse répliqua bravement :
— Eli! Monsieur, qu’on les inocule, et laissez-moi pleurer!
On sait quel succès eut l’opération, et de combien d’applaudissements, quelques jours après, le public, à l’Opéra, récompensa la princesse de sa vaillance.
Une anecdote qui dépeint bien le genre d’humeur de la duchesse d’Orléans et la gaminerie de son esprit, est racontée par la marquise de Créquy1:
Madame la duchesse d'Orléans détestoit Mme de Polignac, sa dame d'honneur, et cherchoit tous les moyens de lui être désagréable et de lui faire des malices. Un jour, on découvrit un vieux lustre, lequel étoit si volumineux dans toutes les dimensions qu'il en auroit paru démesuré pour le grand salon de Marly. La duchesse d'Orléans l'achète; on le démonte; ensuite elle en fait placer tous les morceaux dans un petit salon que sa dame d’honneur occupoit au Palais Royal (à l'entresol!). La houle en touchoit le parquet; ses branches empêchoient d'ouvrir les porles et les
i. Souvenirs de Mmc la marquise de Créquy, t. III, p. 34.