‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 208 sur 301 · Germain Bapst, Essai sur l’histoire du Théâtre , p · texte numérisé non relu

Germain Bapst, Essai sur l’histoire du Théâtre , p

2. Celle histoire reste à écrire, car elle n’a pas encore été vraiment faite avec les nombreux documente inédits qui existent. Il y en a des liasses énormes aux Archives nationales, qui sont encore à dépouiller.

l’incendie du théâtre de

être faite en partie par le duc d’Orléans, en partie par la Ville. On a vu plus haut que le prince avait déjà acquis, en 1749, la maison de l’abbé de Francière, tandis que la Ville, de son côté, avait acheté, en 1760, les immeubles Mongazon et J. Durand. En 1763, le duc acheta encore : i° de Pierre Thurreau, apothicaire du roi, pour 83, 000 livres, une grande maison donnant sur la rue Saint-Honoré, et sur l’emplacement de laquelle devait être établie la façade du nouveau théâtre (contrat du 28 juin); 20 de Pierre Venet, pour 1,200 francs de rente, une maison située au fond du cul-de-sac, autrement dit la Court au Ris, à droite (contrat du 4 août); 3° du comte d’Eaubonne, pour 36, 000 livres, une maison rue Saint-Honoré, « attenant les arcades de la salle de l’Académie royale de Musique » (contrat du 3 décembre). Or, voici les articles essentiels de l’arrêt du Conseil du Roi, relatifs aux droits des ducs d’Orléans dans la reconstruction de l’Opéra :

Art. 6. — ...La Ville continuera d'avoir sous le bon plaisir de Sa Majesté et de M. le duc d'Orléans la jouissance de la dite salle pour y faire représenter l’Opéra et y donner des bals publics, sans pouvoir l’employer à d'autres usages.

Art. 7. — Monseigneur le duc d'Orléans et ses successeurs apanages auront l'entrée libre et franche d’opposition d'un balcon de douze places aux secondes loges du côté de la Reine, de la première loge des secondes près ledit balcon, de la lanterne à la suite dud. balcon et de deux petites loges au troisième au dessus de la lanterne et du balcon, dont l'entrée se fera par l'intérieur du Palais-Royal, de manière que le public ne puisse pas y communiquer... La Ville ou ceux qui seront tenus à ces droits au privilège de l'Opéra seront tenus de faire tendre des tapisseries dans les cérémonies qui l'exigent.

Art. 9. — Si l'Opéra cesse d'être installé en cet endroit, le bâtiment appartenant à M. le duc d'Orléans, la Ville n’a (pie le droit de revendiquer les meubles. Tout le reste, terrain, construction, appartiendroit à M. le duc d'Orléans pour le dommage à lui causé par l’incendie. Le duc d'Orléans 11'aura qu’à rembourser la somme de 96,000 livres, — savoir, 44, 000 livres pour le prix d'acquisition faite par la Ville de la maison du s' Cadeau de Montgason, et 62,000 livres pour celui de la maison du sr Durand.

La Ville chargea son architecte Moreau de la reconstruction du théâtre. Celui-ci se mit sans retard à l’œuvre, mais ce ne fut pas sans se heurter à d’épineuses difficultés. D’abord, le duc d’Orléans exigea que le nouvel Opéra fût, comme l’ancien, enclavé tout entier dans les bâtiments du Palais- Royal pour ne pas avoir l’air de former un monument à part, pouvant faire contraste et nuire à l’aspect du Palais. La place qu’il fallait lui faire devait, par conséquent, être tellement discrète que c’était presque un complet effacement. En outre, l’architecte du duc d’Orléans, Contant d’Ivry, se rencontrant, pour une partie de sa besogne, avec Moreau, et n’ayant ni les mêmes goûts,

LE PETIT-FILS DU RÉGENT ,87.5

ni les memes intérêts, ni les mêmes desseins, il devait fatalement résulter du manque d’entente de lourdes fautes d’harmonie.

Les historiens du Palais-Royal, Vatout, Ed. Fournier, surtout Fontaine, ont beaucoup insisté sur les conséquences fâcheuses de cette sorte d’antagonisme entre Contant d’Ivry et Moreau. En sa qualité d’architecte ayant longtemps, lui aussi, travaillé au même palais, Fontaine a donné à ses observations un

PROJET POUR ÉLEVER UNE SALLE D’OPÉRA ENTRE LE PALAIS- RO TAL ET LA RUE DES BONS-ENFANTS COMPOSÉ PAR LE BOURSIER, EN I7G4 (Fac-similé d’un dessin original du Musée Carnavalet)

caractère technique qu’il est intéressant de noter. Mais peut-être a-t-il, de cette façon, paru préciser plus exactement qu*en réalité il n’était en mesure de le faire le rôle réciproque de ses deux devanciers. C’est ainsi qu’il attribue à Moreau, outre la construction de la nouvelle salle de l’Opéra, toutes les façades et le fronton du Palais-Royal. Contant d’Ivry n’aurait exécuté, selon lui, que la décoration des intérieurs, les vestibules et le grand escalier, sans avoir même pu prévoir les fenêtres que son confrère avait percées dans les façades. Parmi les fautes de construction provenant de cette absence d’union, Fontaine mentionne un gros mur de refend qui se trouverait au milieu d’une croisée, et nombre d’erreurs de niveau ou d’alignement qui se répètent dans cette partie de l’édifice.

Y eut-il vraiment si peu d’harmonie entre les deux architectes? Contant d’Ivry, qui avait composé le projet de façade reproduit, comme il a été dit ci-dessus, dans le recueil de scs œuvres, n’a-t-il pas quelque droit d’auteur à revendiquer à cet égard? Enfin, est-il exact de dire que la Ville de Paris se chargea non seulement des frais de reconstruction de la salle de l’Opéra, mais

aussi de ceux de la façade du Palais sur la rue Saint-Honoré et que c’est ce qui expliquerait la part de Moreau de ce côté? Pour répondre à ces diverses questions, nous nous contenterons de renvoyer à un document resté jusqu’à présent inconnu, qui nous montre notamment : i° que c’est le duc d’Orléans et non pas la Ville (pii paya la reconstruction de la façade; 20 que les deux architectes Moreau et Contant d’Ivry paraissent avoir collaboré à ce travail sans opposition de vues ou d’intérêts; 3" qu’ils agissaient pour cette besogne spéciale au nom du prince, ayant sous leurs ordres, comme contrôleur des travaux, Liébaut, et, comme inspecteur, Piètre, architecte, dont nous aurons à nous occuper plus loin. Ce document est tout simplement le mémoire des travaux de maçonnerie exécutés au Palais-Royal de 17O4 à 1770. Voici son titre exact:

Mémoires des ouvrages de. maçonnerie concerna/d les grands travaux faits pour le service de S. A. Sérénissime M9r le due d'Orléans, premier prince du sang, en son Palais-Royal à Paris, suivant les ordres de M. l'abbé de Breteuil, chancelier, garde des sceaux et cliej du Conseil de S. A. R., sous le contrôle de M. Liébaut, conformément aux plans, coupes, profils, élévations, donnés par Messieurs Contant et Moreau, architectes du Roy, de Monseigneur, de l’Académie royale d' Architecture et de la Ville, et sous l'inspection de M. Piellre, pendant le cours des années 1764, 65, 66, 67, 68, 69, 70, par Sandrié des Fossés, né maçon et entrepreneur ordinaire des travaux de Monseigneur' .

Ce mémoire est intéressant ; il ne remplit pas moins d’un gros registre, qui n’est relatif qu’au quart de l’ensemble des travaux exécutés au Palais à cette époque. Malheureusement, nous n'avons pu retrouver les trois autres aux Archives nationales. Voici les titres principaux de cette Quatrième partie :

i° Aile gauche, ehap. Ier: Intérieur de l’aile gauche; rez-de-chaussée; entresol; premier étage ; dépôt de l’argenterie; cour de la Bouche; lavoir; cuisine; grand aqueduc souterrain construit pour la conduite et l’écoulement des eaux...

Chap. Il : Aile faisant jace à celle de la rue Saint -Honoré.

Cliap. III : Frontispice clud. Palais formant avant-corps au milieu, et portiques de l’entrée principale, avec arcades de chaque côté, aux arrière-corps entre les deux 1 ailes de la première cour ci -devant dite, et sur la rue.

Total de la présente quatrième partie du Mémoire de maçonnerie : 474 ,850 livres 8 sols 3 deniers, modéré à la somme de 389,660 livres.

Signé : Liébaut 3, Legrand3, Abhé de Breteuil,

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