‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 209 sur 301 · Archives nationales, Ri, 8o4- Registre · texte numérisé non relu

Archives nationales, Ri, 8o4- Registre

2. Jacques-Louis Liébaut avait le titre de contrôleur des menus et garde général des meubles du duc d’Orléans.

3. Pierre - Germain Legrand était, en 1780, architecte en chef du duc d’Orléans, et touchait 2,000 livres de gages.

Escalier du Palais -Royal

Bâtiments du Palais - Royal conduisant à la loge de Monseigneur Bâtiments du Palais - Rcy -il

Moreau, architecte du Roi et de la Ville.

PL A. N DU THEATRE DE L’OPÉRA EN I77O (ÉTAGE DES PREMIERES LOGES) Reconstruit par l’architecte Moreau, après l’incendie de l’ancienne salle en 1763

T. I. LE PALAIS -ROYAL

Ne nous attardons pas davantage à ces détails sur la construction, si intéressants qu’ils soient au point de vue du problème relatif à la paternité de Moreau dans l’œuvre de la façade du Palais. Il nous faudrait plus d’espace que nous en offre ce volume pour élucider toutes les questions archéologiques que soulève l’histoire du Palais- Royal. Ce qui est certain, c’est que la physionomie extérieure de l’ancienne demeure du cardinal de Richelieu, élevée par Lemercier, fut, grâce aux travaux de 1764 à 1770, complètement transformée et mise à peu près dans l’état où nous la voyons encore maintenant. Le corps de logis principal, au fond de la cour d’honneur, dite cour de l’Horloge, apparut plus gracieuse, avec son architecture composée de deux ordres, toscan et ionique, à pilastres régnant dans la hauteur du rez-de-chaussée et du premier étage où s’alignaient neuf hautes croisées. Le comble à deux pentes surmontant une balustrade en pierre fut percé de lucarnes en pierre de forme circulaire ; dans l’avant-corps faisant face à la place, les pilastres furent remplacés par des colonnes accouplées, que couronnait un attique orné de petits pilastres corinthiens, de bas-reliefs et de trophées d’armes accompagnés de figures d’enfants. Cet attique fut, dans sa partie centrale, surmonté d’un fronton circulaire dans le tympan duquel deux figures ailées, deux génies sculptés par Pajou, soutenaient un écusson avec les armes de la famille d’Orléans, remplacées aujourd’hui par un cadran. Les deux ailes du corps de logis central étaient terminées par un pavillon de même ordonnance, avec frontons triangulaires, lesquels ont été supprimés depuis, ce qui est dommage. Dans les tympans de ces frontons, des figures de femmes et d’enfants autour d’un écusson orné de la couronne ducale apportaient un accent de grâce et de richesse. Du côté droit, qui touchait à l’Opéra, le sujet du décor était la Prudence et la Libéralité du côté gauche, c’était la Force et la Justice. Toutes les sculptures de la façade, d’une exécution souple et libre, furent sculptées par Augustin Pajou. Sur la rue Saint-Honoré, la cour d’entrée fut fermée par un mur percé de grandes arcades comprises entre des colonnes accouplées, d’ordre toscan, et anciennement closes par trois portes en menuiserie, enrichies de bronzes et d’ornements modelés par le sculpteur Cauvet; aujourd’hui, ces baies, au nombre de neuf, sont à jour et grillées. Au fond de la cour d’entrée, le vestibule reproduisait la disposition de ces trois portes de la façade, et conduisait à la seconde cour par une rangée de colonnes. C’est de ce vestibule qu’on avait accès dans le grand escalier. Tout cela n’a pas été modifié, et l’aspect général reste exactement le même qu’au moment de la reconstruction.

Contant d’Ivry se distingua dans la conception de l’escalier. Bien que le

1. Edmond de Goncourt possédait dans sa belle collection de dessins du xvmc siècle un projet de ce bas-relief, daté de 1766.

LE PETIT-FILS DU REGENT

voisinage de l’Opéra ne lui eût guère laissé d’espace, il sut lui donner à la fois grand air par la hauteur du dôme dont il le surmonta, et beaucoup de grâce par l’adoption d’une cage ovale. Après avoir gravi douze marches, on arrivait à un premier palier où l’escalier se bifurquait en deux parties montant jusqu’à l’entrée des appartements. La magnifique rampe dont on le décora fut exécutée par Corbin, célèbre serrurier de l’époque, d’après les dessins de Jacques Caffieri. C’est un des plus parfaits spécimens de la ferronnerie du xviii6 siècle. Trente ouvriers y travaillèrent deux années. On en parla beaucoup dans Paris et il y eut unanimité de louanges :

Le dessin de cette rampe, dit une gazette du temps (V Avant-Coureur du 8 janvier 1768), est d'un excellent genre et d'une

exécution admirable, tant pour le fer que pour le bronze, l’un tenu dans sa couleur naturelle, l’autre d’une couleur à demi rembrunie bien préférable à l’éclat de l'or.

LA NOUVELLE FAÇADE DU PALAIS-ROYAL APHÈS LA RECONSTRUCTION DE 176^-1770 PAR CONTANT D’IVRT

Les bronzes, maintenant, sont dorés. C’est, une erreur commise lors de la restauration dont fut l’objet la rampe en 1871, après l’incendie allumé par la Commune, restauration grandement nécessaire, car, depuis longtemps, pour éviter de coûteux entretiens exigés par le fer poli, on avait enduit celle-ci d’une épaisse couche de peinture. L’effet de l’escalier était complété par des motifs de sculpture et une sorte de perspective d’architecture peinte sur la muraille par de Machy; on y voyait, au milieu de galeries en colonnades, le portrait d’Henri IV. A chacun des côtés où l’escalier se divisait en deux parties, on avait placé des génies de bronze, dus au sculpteur de Fernex1, lesquels portaient sur leur tête un vase de cristal servant de lanterne. Enfin, sur le vestibule du palier supérieur, décoré de quatre colonnes ioniques cannelées, s’ouvraient trois portes donnant accès dans les appartements, et qui étaient couronnées de groupes de bronze, exécutés par Caffieri. Au-dessus de celle du milieu 1. Almanach des Artistes, année 1 775, p. i/|2.

étaient les armes d’Orléans, soutenues par deux génies de six pieds de hauteur; sur celle de droite on voyait les figures de la Victoire et de la Générosité, et sur celle de gauche la Paix et la Renommée, séparées par un vase.

Contant d’Ivry fit preuve du même talent pour la façade de la seconde cour du Palais-Royal, donnant du côté du jardin. Il imagina un avant-corps de trois entre-colonnemcnts de colonnes accouplées, formant autant de portiques au rez-de-chaussée, et couronna le dessus des deux ordres de cet avant-corps d’un attique avec fronton circulaire. Huit colonnes cannelées, posées sur un soubassement, décorèrent le premier étage extérieur. Au-devant de l’attique surmontant ces colonnes furent placées les quatre statues exécutées par Pajou qu’on y voit encore aujourd’hui et qui portent la date de 17G6 : elles représentent Mars, la Prudence, la Libéralité et Apollon. Leur dimension est de 2n'90 de hauteur. L’aspect du bâtiment était fort agréable. Les côtés restèrent ce qu’ils étaient. Ce n’est que plus tard que l’aile droite fut modifiée, raccordée avec la partie se prolongeant vers la rue des Bons-Enfants, conservant de l’ancienne construction de Lemercier tout le rez-de-chaussée avec la décoration des proues : de là le nom de Galerie des Proues qui lui est resté. L’aile gauche, depuis l’avant-corps jusqu’au Théâtre -Français, est l’œuvre de Louis et date de 1786.

Un précieux collaborateur de Contant dans ces divers travaux fut Henri Piètre, qui était, ainsi qu’on l’a vu dans le document cité plus haut, inspecteur des travaux. Cet artiste est resté obscur, et I on 11e sait que fort peu de chose sur lui. On trouve son nom sur les états du personnel du duc d’Orléans avec la qualité de «contrôleur des bâtiments» sous les ordres de Pierre- Germain Le Grand, indiqué comme l’architecte en titre1. Ses talents devaient être très certainement appréciés du prince, car celui-ci ne lui ménageait point ses faveurs et ajoutait souvent des gratifications à ses appointements réguliers, qui étaient de 2,200 livres par an2. Sur la liste des personnes qu’il pensionnait, je lis cette mention :

A Demoiselle Victorine-Angélique Piètre, fille du contrôleur des Bâtiments de S. A. 1\., 4oo livres.

Mais précisément, sans doute, en raison de ses fonctions spéciales, qui lui créaient un rôle un peu subalterne, Henri Piètre s’est trouvé éclipsé par ses chefs de file, et il 11’est pas très surprenant que, confiné dans l’anonymat, il ne

1. Quant à l’architecte Le Grand, son traitement était de 2,000 livres. Ce Le Grand était-il un fils ou un neveu de l’architecte du même nom qui avait été attaché au Régent? Ces charges se transmettaient souvent de père en lils. — Archives nationales, Inventaire après décès de Louis-Philippe d'Orléans, Xla, 9181.

2. Contant d’Ivry avait, lui, ses honoraires d’architecte, mais point de traitement lixe. Néanmoins, il toucha, de 1762 jusqu'à sa mort, en 1777, une gratification annuelle de i5o livres.

LE PETIT-FILS PU RÉGENT

jouisse pas de la réputation à laquelle il paraît avoir quelque droit. Il est avéré cependant qu’ après la mort de Contant, c’est lui qui continua au Palais-Royal les travaux de décoration des appartements. Les dessins originaux de cet artiste

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