‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 210 sur 301 · DÉCORATION DES APPARTEMENTS. — PHILOSOPHE CHINOIS, PAR DOUCHER · texte numérisé non relu

DÉCORATION DES APPARTEMENTS. — PHILOSOPHE CHINOIS, PAR DOUCHER

conservés au Musée Carnavalet en font foi. Nous eu reproduisons un, entre autres, qui porte la date de l’année 1778, et montre un projet de transformation de l’ancienne galerie des Illustres de] Richelieu en une salle de bal. Au revers, on lit ces mots, écrits de sa main :

De l’ordre de M. le duc de Chartres, salle de bal et pièce des Hommes illustres, faits sur mes dessins et conduits en 1778. — Piètre.

Trois ans auparavant, Piètre avait reçu du duc de Chartres — lequel se piquait volontiers d’avoir le goût des sciences — l’ordre de construire un Observatoire pour lui faciliter l’étude des planètes. Une lettre écrite à cette

occasion par l’architecte montre bien le rôle qu’il jouait alors au Palais- Royal. Elle semble adressée au chancelier du prince :

Monsieur, j'ignorois ce que pouvoit coûter une Observatoire lorsque j’eus l’honneur de vous dire que Mgr le duc de Chartres m’avoit ordonné de lui en faire une sous votre bon plaisir. J’ignorois aussi la place où elle seroit posée, et comme il faut beaucoup de solidité, on a trouvé qu'il n’y avoit pas d’endroit plus commode ni plus élevé que le dessus du comble de la salle à manger dont les vues donnent sur la Cour des Fontaines, que les instruments seroient posés sur le mur qui sépare la dite salle et les appartements de Mffp le duc d'Orléans. En conséquence, je fis les plans de cette Observatoire ainsi que la coupe et l’élévation que j'ai l'honneur de vous envoyer. En suite, j'ai fait le devis dont le montant est de 18,904 livres 17 sols, non compris la machine mobile de l'intérieur et ses dépendances que l’on ne peut apprécier parce que c'est plutôt une affaire de temps que de matériaux.

Je croyois que celte Observatoire pourroit bien coûter 5 à 6,000 livres, lorsque j’eus l'honneur de vous en parler; mais la chose devenant sérieuse, j’abuserois de la permission que vous m'avez donnée de faire cette Observatoire, si je ne vous soumettois et les plans et le devis avant de rien commencer.

J'ai fait part du devis à Monseigneur qui trouve cela bien cher, et cependant S. A. S. désireroit bien qu'elle fut exécutée, relativement à l'étude qu’il veut faire des mouvements des planètes.

Je ne ferai rien que je n'aie reçu vos derniers ordres à ce sujet.

Je suis avec un très profond respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Piètre >.

20 juin 1775.

D’autres documents qui se trouvent aux Archives nationales témoignent encore de la part active de Piètre dans l’ornementation du Palais-Royal k cette époque. Ce sont des dessins de meubles, de lambris, des remaniements dans plusieurs parties de l'édifice. On se rend compte que cet artiste, depuis la mort de Contant d’Ivry, remplissait réellement les fonctions d’architecte du Palais. Cette situation s’affirma de plus en plus jusqu’à l'année 1781, où se produisit l’avènement de Louis. Dès lors, Piètre dut s’effacer tout k fait, et si, en 1785, on trouve encore son nom sur les registres des traitements du personnel, c’est toujours en qualité de «contrôleur des Bâtiments de Monseigneur». Pourtant — ce qui est une nouvelle preuve de la confiance qu’avait en lui le duc d’Orléans — il fut chargé, en 1780, d’étudier un projet de bâtiment qui devait relier, k leur extrémité sur le jardin, les deux ailes du Palais-Royal, et remplacer la terrasse k arcades grillées, datant de Richelieu, qu'on avait démolie en 1775. Piètre se mit k l'œuvre et dressa un projet dont donnera une idée le

1. Archives nationales, Plans, Seine, 3e classe, 548, n° 3. Les dessins et devis de l’Observatoire en question sont joints à cette lettre.

LE PETIT-FILS DU REGEXT

dessin réduit que nous reproduisons ici (voyez p. 385), d’après l’original trouvé aux Archives nationales. Chose curieuse! on y constate des analogies frappantes avec la conception que devait bientôt réaliser Louis dans les galeries entourant le jardin : meme ordonnance générale, même balustrade au-dessus de l'entablement, même emploi des pilastres cannelés à chapiteau corinthien. Est -ce simple coïncidence, ou bien Louis connut-il ce projet, établi quelques mois avant son entrée en fonctions, comme Piètre a pris soin de l’indiquer en le datant de sa propre main : Janvier 17 SI ? En tout cas, il ne fut pas exécuté. A la place, on laissa s’installer les ues de bois, échoppes sordides dont prirent possession des marchands qui firent de cet endroit le plus étrange des bazars, d’où le sobriquet qui lui fut donné de «Camp des Tartares», parce que, disent les Mémoires secrets du 8 juin 1786, ce fut « le rendez-vous de tous les crocs, escrocs, filoux, mauvais sujets dont abonde la capitale». Mais, dans cet intervalle de 1780 à 1786, bien des événements s'étaient produits au Palais- Royal et en avaient transformé la physionomie! Nous nous en occuperons au chapitre suivant. Pour l’instant, il ne s’agit que des travaux exécutés de 1752 à 1770 par les ordres de Louis-Philippe d’Orléans, petit-fils du Régent.

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CANAPÉ POUR LE PALAIS -ROYAL (Dessin original de Piètre, conservé aux Archives nationales)

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