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LE DUC D'ORLÉANS QUITTE LE PALAIS -ROYAL SON FAUX MÉNAGE

Pendant qu'au Palais-Royal se poursuivaient les grands travaux dont nous venons de parler, la vie y était assez monotone, sans fêtes ni réceptions,

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DÉCORATION DU GRAND SALON DU PREMIER ETAGE AU PALAIS - ROYAL, EN 17G0 (AILE DE VALOIS)

(Dessin de Contant d’Ivry ; gravure de Le Canu)

n’offrant d’autre animation que celle de la présence des personnages, toujours aussi nombreux, qui l’habitaient, gentilshommes et dames d’atour, serviteurs de toutes sortes. Le duc d’Orléans n’avait plus, comme au temps de sa jeunesse, la lolie des plaisirs. Son humeur avait bien changé. 11 était devenu plus calme, fuyait les ennuis de la représentation, partageait son existence entre son fils et ses maîtresses, qu il choisissait obscures et pas trop exigeantes, allant tantôt à Saint-Cloud, tantôt au Raincy, à Ragatelle et surtout à Villers- Cotte rets, où il emmenait assez souvent, pour y jouer la comédie, une société élégante, mais point farouche sur le chapitre de l’étiquette. En un mot, il s’embourgeoisait. Les seules fêtes qu’il donna au Palais- Royal furent à l’occasion de la visite du jeune roi de Danemark, Christian VII, à Paris, en novembre 1768,

et lors du mariage de son fds le duc de Chartres avec MUc de Penthièvre le 5 avril 1769. Pour la première, on dut se contenter de la partie gauche du Palais, car, dans l’aile droite, les ouvriers travaillaient encore, « et c’est à peine si le public put avoir un léger aperçu des changements qu’on y avait faits.» Encore la première impression ne fut-elle pas très bonne. Les Mémoires secrets la traduisent par cette phrase peu favorable : « On ne peut s’empêcher de plaindre ce prince d’avoir dépensé un argent énorme pour ne produire qu’un monument mesquin.» Réflexion un peu hâtive d’un chroniqueur sévère. La vérité est que la foule parisienne se précipita au Palais- Royal pour en admirer la façade rajeunie et qui se continuait par celle de l’Opéra, presque terminée. Pour la circonstance, le duc d’Orléans avait fait dorer les grilles de l’escalier, qu’on trouva magnifique. Toute la noblesse avait été conviée à la fête, qui fut des plus brillantes; elle débuta par le jeu et se continua par un souper de six cent soixante-douze couverts, suivi d'un bal. Malheureusement, le bal fut troublé par un incident : il venait k peine de commencer que le duc d’Orléans fit un faux pas dans le salon d’Oppenordt et, en tombant, se rompit le tendon d’Achille. O11 dut le reconduire dans ses appartements. Les toilettes étaient éblouissantes, et l’on ne voyait que costumes scintillants de diamants. Les robes des femmes en étaient littéralement chargées. Il arriva même, k ce propos, k l'une d’elles, Mme de Rerchini, une aventure que Mrac de Genlis raconte en ces termes :

Elle avoit beaucoup de diamants, tous empruntés, et entre autres une énorme quantité de chatons, grands et petits. C étoient des diamants montés un à un, et détachés de manière qu’on les enfdât en dessous, par la monture, et on en bordoit des rubans, ou l'on en formoit des colliers à plusieurs rangs, que l'on serroit contre le cou. En passant pour aller souper, placée au milieu d'une longue file de femmes, Mme de Berchini étouffa de son mieux un malheureux éternuement qui fit casser son collier de chatons ; elle en rattrapa quelques-uns, mais la plus grande partie tomba à terre et fut balayée par les queues majestueusement traînantes des robes et des dominos. Il n'y avoit pas moyen de s’arrêter pour ramasser les chatons dispersés; il falloit suivre la file k la tête de laquelle étoient le roi de Danemarck et M. le duc d'Orléans. La pauvi’e Mmo de Berchini, qui avoit très peu de fortune, se désoloit en pensant qu elle seroit obligée d'acheter des chatons pour remplacer ceux qu elle avoit perdus; sa triste aventure fit le sujet de la conversation pendant le souper. M. le duc d'Orléans ordonna de chercher des diamants sur ses traces; on en rapporta cinq ou six, il en manquoit toujours beaucoup. M. le duc d'Orléans lui promit de faire chercher le lendemain de grand matin, avec le plus grand soin. Mme de Berchini n'espéra rien de cette recherche, et s'en alla en maudissant le bal et les fêtes. Le lendemain, k son réveil, un garçon d'appartement du Palais-Royal lui apporta tout ce qu’on avoit trouvé de chatons dans la galerie, les trois antichambres et la salle k manger; et Mnie de Berchini non seulement trouva son compte, mais de

LE PETIT-FILS DU RÉGENT 3()3

plus sept petits chatons que d’autres personnes avoient perdus, et qu'on n'a jamais réclamés... 1 . »

Les fêtes données lors du mariage du duc de Chartres ne furent pas, dit-on, aussi magnifiques. A en croire Collé qui, dans son Journal, affirme que le duc d’Orléans s’en dispensa en versant cinq cents louis pour les pauvres de

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DECORATION DU GRAND SALON DU PREMIER ETAGE AU PALAIS - ROYAL, EN 1 760, PAR CONTANT D’iVRY (D’après la gravure de l 'Encyclopédie, de Diderot)

Saint -Eustache, ce trait de charité n’aurait été qu’un moyen de s’épargner une dépense de trois ou quatre cent mille livres. Nous savons pourtant, par les Comptes du service des menus, et par le récit contenu dans un manuscrit des Archives nationales (Cérémonial du mariage du duc de Chartres avec MUe de Penthièvre)2, que la cérémonie s’accomplit avec un solennel éclat.

A cette époque, le duc Louis -Philippe d’Orléans ne séjournait guère au Palais- Royal. 11 était tout absorbé par sa passion pour la marquise de Montesson, femme aimable, jolie, dont le mari, ancien lieutenant général, avait quatre -vingt- huit ans, et qui mettait une singulière adresse à s’emparer de l’esprit du prince. Celui-ci l’invitait constamment aux parties qu’il organisait a Villers-Cotterets, où il se plaisait à passer la plus grande partie de son temps, s’y sentant plus il l’aise pour les habitudes un peu relâchées qu’il avait

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