UNE ÉLÉGANTE DANS LE JA1VDIN DU PALAIS - ROT AL » (178O
que (n° 14); — M. le president
L x Gravure anonyme (Bibliothèque nationale. — Collection Hennin)
Dequeville (n° i5); — M. Da
lainville, maréchal des logis du roi (n° 16); — M. Duquesnoy, grand maître des eaux et forets (n° 17); — M. de Bourboulon, trésorier de la maison du comte d'Artois (n° 18); — M. Doche (n° 1 g) ; — M. Bousseau (n° 20); — M. le président Sarot (n° 21); — le marquis de Pérusse d’Escars (n° 22); — M. Desparre, ancien syndic de la communauté des perruquiers (n° 2 3); — M. Le Comte, secrétaire du roi (n° 3o); — M. Neveu, architecte (nos 32, 33 et 34); — M. Jousscrand, limonadier, tenant le café de Foy (nos 35 et 37); — Les maisons nos 43 à 46, formant l'encoignure de la rue Richelieu et de la rue des Petits Champs, n’avaient pas vue sur le jardin; — M. Laroche, notaire (n°s 1 4 5 , 1 4 6 et 147); — M. Jardin, architecte (n"“ 1 48 et 1 4g) ; — M. Lesprit, libraire du duc de Chartres (n° i5o); — M'nc Dubois
(n° i5i); — M. Tellagoni, «maître en fait d’armes» (n° 169); — M. de Brainville, ancien secrétaire du roi (n°s 167-169), ces deux maisons faisant l'encoignure de la rue des Petits-Champs et de la rue des Bons-Enfants; — Plus 18 maisons appartenant à MM. Moreau, architecte du roi et de la Ville; au marquis de Cany; à Mme de Grigny; au comte de Carvoisier; à M. Lebrègue, architecte; à M. Gaillard, écuyer du roi. — Enfin, venait l’hôtel de M. le marquis Voyer d’Argenson1.
Pour tâcher de calmer l’ardeur combative de ses adversaires, le duc de Chartres fit imprimer, dans les premiers jours de juillet 1781, et répandre à profusion dans le public un Exposé des changements à faire au Palais- Royal . Il y disait qu’en somme tout son plan consistait à n’enlever que 5 toises au fond du jardin, qui avait une longueur de 1G7 toises, et 4 toises sur chacun des côtés de la largeur, qui était de 72 toises. C’étaient donc trois bandes de terrains qu’il prenait pour y faire des rues parallèles à la rue de Richelieu, à la rue des Bons-Enfants et à la rue des Petits-Champs. Ces rues nouvelles seraient bordées, du côté du jardin, de maisons dont les façades seraient uniformes et les distributions intérieures à la volonté des acquéreurs, sur une profondeur d’environ 7 toises sur les côtés et de 10 au fond, ce qui diminuerait encore le jardin d’autant, et le rendrait aux proportions de 1.37 toises de long sur 5o de large. Ces maisons présenteraient, sous une partie de leur premier étage, du côté et au niveau du jardin, une longue galerie couverte, libre de bout à bout et ouverte au public dans tous les temps de l’année. Elle aurait environ 12 pieds de large, porterait toute la hauteur des rez-de-chaussée et entresols, et serait percée de 188 arcades. Pour achever le quadrilatère de galeries autour du jardin, on élèverait, en avant de la grille fermant la deuxième cour du Palais, ou cour royale, un grand corps de logis de i5 toises de large, allant de la rue de Richelieu à la rue des Bons-Enfants, lequel serait soutenu par des colonnes devant former trois galeries couvertes, de 63 toises de long, à l’usage du public, et qui supprimeraient les appartements existant au rez-de-chaussée et à l’entresol, dans cette partie du Palais. Quant au jardin, il serait composé de deux allées, qui auraient chacune exactement les mêmes dimensions que l’ancienne, tant regrettée, appelée la grande allée. Il serait bordé par la colonnade du Palais et par des maisons régulières, toutes assujetties à une façade uniforme; il communiquerait dans tout son pourtour à la promenade couverte, la plus vaste et la plus magnifique, éclairée, d’ailleurs, le soir et même la nuit, jusqu’à deux heures, par 188 réverbères suspendus sous le cintre des arcades, et par les lumières des appartements des nouvelles maisons, — spectacle à la fois et promenade de toutes les saisons et de tous les moments, ce qui constituerait un genre de beauté dont il n’y avait pas d’exemple à Paris.
1 . État des biens des propriétaires, etc. Archives nationales, R 4, 288.
PHILIPPE-ÉGALITÉ
Cet Exposé, qui présentait avec habileté et sous les aspects les plus brillants les plans véritablement grandioses qui allaient donner un nouveau lustre au Palais- Royal, ne désarma pas les propriétaires. Cinquante -quatre
PREMIER PROJET NON ADOPTÉ POUR LA CONSTRUCTION DES GALERIES DU PALAIS-ROYAL, EN 1781 (Dessin original de V. Louis, architecte. — Collection des Archives nationales)
<lc ceux-ci se déclarèrent prêts à plaider. Ce nombre tomba h quarante- sept, puis à trente, après certaines transactions, comme celle qui intervint avec le plus fougueux d’entre eux, le marquis d’Argcnson1, ou à la suite de l’examen juridique des droits de chaque partie. A ces trente plaideurs, le duc de Chartres fit répondre :
i° Les propriétaires font remonter la date et l'origine de leurs fenêtres donnant vue sur le jardin au temps où Louis XIV habitoit lui-même le Palais-Royal! Or,
1. Cette transaction aboutit à la rétrocession, en 1784, par tous les d’Argcnson, de leurs droits de jouissance sur leur hôtel, moyennant une rente de 10,000 livres pour eux et leur postérité.
en i658, c’est-à-dire quinze ans après cette époque, il n’existoit encore autour du jardin que 17 pavillons bâtis par Le Barbier sur le modèle prescrit par le cardinal de Richelieu, sans jours ni ouvertures sur le parc et la clôture de Son Éminence, suivant l'obligation imposée à Le Barbier en i636.
20 Les premières permissions d’avoir des ouvertures aux murailles élevées par le cardinal furent données par Monsieur, duc d'Orléans, possesseur par apanage du Palais-Royal, en 1692, mais qui en avoit la jouissance depuis 1 6G4 - Ce fut en premier lieu le marquis de Nouant, son chancelier, qui bénéficia de cette autorisation, puis le cardinal Dubois, mais à titre gratuit et précaire, sans servitude.
3° Ce n'est que par tolérance qu’on a laissé depuis s’établir les portes et les fenêtres sur le jardin. Maintenant les escaliers et saillies des maisons sont sur le sol même du Palais-Royal, entre ces maisons et le grillage qui fut mis en 1732. En 1741 et 17/12, feu le duc d’Orléans, pour interrompre celte propriété qui peut s’acquérir par la prescription, exigea des propriétaires la reconnoissance formelle que ces jouissances étoient précaires et amovibles : il n'exigea point la même chose pour leurs fenêtres ou vues directes, parce que la prescription n'y peut rien, et qu’il faut, à cet égard, un titre formel et très précis.
4° Enfin, l'objet du prince est de faire du Palais -Royal un monument superbe, un lieu de promenade commode, même dans tous les temps de l’année ; un rendezvous général des nationaux et des étrangers, avec tous les agréments possibles. Ainsi, loin de chercher à nuire aux propriétaires, il travaille à l’amélioration de leurs terrains, et ils calomnient mal à propos ses intentions.
Cette réplique du duc de Chartres, si mesurée et pleine de force, n’aurait pas arrêté les plaideurs. Mais ceux-ci se trouvèrent brusquement déroutés par un coup de tactique du prince qui, le 3o juillet 1781, fit déclarer qu’il se désistait des lettres patentes royales obtenues six semaines avant. Que signifiait cette attitude? Ed. Fournier, dans son livre, dit que ce fut par caprice et versatilité1. Nullement. Roublardise serait plutôt le mot. En effet, le duc avait sollicité les lettres patentes du 17 juillet uniquement pour se procurer l’argent nécessaire aux constructions projetées, c’est-à-dire pour avoir le droit de vendre le terrain entourant son jardin, et non pour avoir l’autorisation de construire, cette dernière lui étant acquise sans conteste. Mais les lettres patentes lui avaient imposé la condition suivante : Dans le cas où le prix des aliénations de terrains « excéderoit les frais de constructions, d’améliorations et d’embellissements de son palais», le prince s’engageait à ((employer le surplus en acquisition de fonds qui sortiront nature d’apanage»2. Dans le cas où les dépenses, au contraire, dépasseraient le produit de la vente, il ne serait admis à aucune répétition contre le roi. Donc, il 11’y avait nul bénéfice à