Ed. F ouhnier, Le Palais-Royal, p. 4 o
2. Voir le texte des lettres patentes du 17 juillet 1781, d’après la copie délivrée par le Domaine le 10 janvier 1818, et déposée aux Archives nationales, R4, 282.
PHILIPPE-ÉGALITÉ
PROJET ADOPTÉ POUR LA CONSTRUCTION DES GALERIES DU PALAIS -ROYAL, EN 1 78 I
Dessin original de V. Louis, avec signature autographe de l’architecte (Collection des Archives nationales)
espérer de l’opération de la vente dans ces conditions. Le duc s’avisa qu’il avait fait une fausse manœuvre, et qu’il fallait intervertir les facteurs du problème : bâtir d’abord, et vendre ensuite, quitte à redemander à ce moment de nouvelles lettres patentes. C’est ce qu’il fit, comme on va le voir. Mais avant tout, la première dilïiculté subsistait : trouver l’argent. Car une des clauses de la donation anticipée du Palais par son père portait qu’il ne pourrait « commencer aucunes nouvelles constructions sans avoir fait préalablement
LE PALAIS-ROVAL
les fonds nécessaires pour leur entière confection». Le duc fit-il alors un emprunt? Est -ce simplement pour son agrément qu’il partit en Italie au beau milieu de l’été, au moment même où ses procès avec la Ville et les propriétaires auraient rendu sa présence si nécessaire à Paris?
Grâce à Dieu, dans l’Italie,
Il est allé voyager. . .
Que le diable l’emporte!...
disait une chanson faite à cette occasion. Ou bien est -ce à Londres, où il se rendait assez fréquemment et où il avait de nombreuses relations, qu'il entama des négociations? C’est là un point qui reste obscur. Quoi qu’il en soit, dès les premiers jours de septembre 1781, sans s’occuper plus longtemps des protestations du public et des criailleries des propriétaires, il fit activement commencer les travaux par son architecte Louis.
Depuis deux mois, lit-on dans les Mémoires secrels, à la date du i5 décembre 1781, les travaux commencés dans le jardin du Palais-Royal continuent; les remuements de terre, les excavations se font; les matériaux s'accumulent, enfin M. le duc de Chartres, devenant agresseur contre les propriétaires, les a provoqués par un acte hostile, en faisant arracher de force, et sans aucune réclamation préalable, les grilles qui entouroient leurs maisons, et en faisant vendre les matériaux à son profit. Jusqu’à présent ces propriétaires sont restés dans l'inaction.
L’architecte auquel le duc de Chartres s’était adressé pour ses immenses constructions était, en vérité, tout à fait l’homme de la situation non seulement à cause de scs talents, mais aussi par les qualités d’énergie qu’il allait avoir à déployer au milieu des difficultés effroyables qui l’attendaient dans son entreprise 1. Victor Louis avait alors exactement cinquante ans. Né à Paris le 10 mai 1781, il s’était adroitement — à son retour d’Italie, où il avait séjourné comme pensionnaire de l’Académie royale d’architecture de 1756 à 1759 — créé j des protections avantageuses en se faisant admettre aux réceptions de M. de Marigny, du maréchal de llichelicu et aux lundis de Mme Geofîrin. Dans ce dernier salon il se rencontrait avec les peintres Boucher, Lagrcnée, La Tour, J. Vernet, Vanloo, Vien, Grcuze, Chardin, avec les sculpteurs Bouchardon et Le Moyne, les graveurs Mariette, Cochin, l’architecte Soufflot, le comte de Caylus, etc. Mais, en dépit de son savoir-faire, bien qu’il se fût un peu vite, en 1765, empressé de se parer du titre de «premier architecte du roi de Pologne» pour quelques projets sans conséquence
1. Les biographies de l’architecte Louis fourmillent d’erreurs, depuis celle (la première) qu'a publiée Gaullieur L’IIardy en 1828, jusqu’à celles des dictionnaires de Larousse, de Bouillet, etc. J’emprunte ici les dates et les faits concernant cet artiste à l’excellente et très consciencieuse monographie de M. Ch. Marionneau, Victor Louis (1881, 1 vol. in-8°, Bordeaux, impr. Gounouilhou),
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qui lui avaient été demandés de Varsovie, il n’était pas encore parvenu à obtenir d’importants travaux avant l’année 1771, date où il fut chargé de construire le théâtre de Bordeaux, grâce à l’influence du maréchal de Richelieu.