‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 231 sur 301 · Archives nationales, R 4 , a · texte numérisé non relu

Archives nationales, R 4 , a

2. Au cours des travaux, de nombreuses modifications furent apportées par Louis au plan de 1781, et, d’autre part, Berthault fit de lui-même des améliorations pour la perfection des ouvrages qui l’entraînèrent à dépasser les devis convenus. De là une correspondance énorme échangée entre l’entrepreneur et l’architecte, et des mémoires qui remplissent plusieurs cartons des Archives nationales (cf. notamment R 4, 288). Il nous est impossible d’entrer dans ces détails trop techniques et souvent confus.

3. Une copie de ces lettres patentes se trouve aux Archives nationales, R4, 282. — Elles ont, d’ailleurs, été publiées par M. Wilbrod Chabrol, dans son opuscule, déjà cité ci-dessus, sur le Palais- Royal (extrait de la collection de Y Inventaire des richesses d’art de la France).

PLAN POUR LES TRAVAUX A EXECUTER AU PALAIS -ROYAL EN 1784 Dressé par Louis, architecte (dit deuxième plan de Louis)

Hôtel du marquis Voyer d’Argenson Ancienne Chancellerie d’Orléans

part, l'adresse avec laquelle le duc de Chartres avait su présenter au roi sa requête apparaît nettement dans les premières lignes de ce document, qui semblent établir une confusion voulue relativement à l’objet de la demande et laissent, dans le vague ce fait que les maisons à accenser étaient alors entièrement construites. Voici ce début :

...Louis-Philippe-Joseph d'Orléans, duc de Chartres, prince de notre sang, nous aurait représenté... qu'il a pensé que ce jardin [du Palais Royal] serait plus agréable et plus commode s'il était environné, le long des trois côtés parallèles aux rues des Bons-Enfants, Ncuve-des- Petits-Champs et de Richelieu, de galeries couvertes, pratiquées dans des maisons uniformes, ornées de pilastres et autres décorations d’architecture analogues à la façade qu’il a commencé d’élever sur le même jardin, parallèlement à la rue Saint Honoré, pour perfectionner, agrandir et améliorer ledit Palais-Royal1 suivant les plans géométriques et d’élévation de Louis, architecte, qu'il nous aurait présentés, qu’il aurait déjà exécutés en grande partie au moyen des avances qu'il s’est procurées; que le seul moyen d’achever ce projet serait de pouvoir le rembourser de ces avances en accensant le sol desdites maisons sur les trois côtés ci dessus, et celui des passages nécessaires à leur service, à raison de vingt sols par chaque toise de redevance annuelle...

Des finasseries de procureur, une virtuosité d’homme d’affaires retors et hardi, voilà à quoi se complaisait le duc de Chartres. En somme, les lettres patentes de 1784 remplaçaient avantageusement celles de 1781 auxquelles il avait si habilement renoncé, puisqu’elles lui laissaient, sans aucune charge, tout le bénéfice pouvant résulter de son opération. Ce bénéfice, a-t-on dit, fut énorme. 11 aurait pu l’être, en effet, car la combinaison avait été magistralement conduite. En réalité, par suite des circonstances, elle fut désastreuse.

Cependant, l’effet architectural des galeries construites par Louis commençait, à opérer un revirement dans l’opinion publique au sujet des transformations du Palais - Royal 2 . Malgré l’encombrement des matériaux et les fondrières, en dépit des échafaudages qui ne permettaient pas encore une vue d’ensemble, on pouvait se rendre compte de l’aspect à la fois simple et noble

1. Ainsi, le duc de Chartres ne faisait pas dire aux lettres patentes que les galeries étaient bien plus qu’un projet, mais déjà achevées! Il préférait donner à entendre que celles-ci seraient « analogues » à la façade sur le jardin, laquelle, bien loin d'être construite, allait être remplacée par les galeries de bois! C’est que cette façade tenait au Palais même et qu’il pouvait, sans inconvénient, en parler. Tandis qu’en avouant que les galeries étaient terminées, c’était trop laisser passer le bout de l’oreille du spéculateur.

2. Consultez, entre autres ouvrages : Le Guide des amateurs et des étrangers « Paris , par Thiéry, 8e édition, I. 1er, p. lao, 428, 479 et 48o, où l’on trouve une Description des nouveaux bâtiments du Palais - Royal qui semble écrite, en tout cas directement inspirée par Louis; — Tableau de Paris, par Mercier, t. VI, p. 98, et t. X, 222 et 289; — Mémoires secrets, de Bachaumont, t. XIX, p. 2i3 (contient une critique des bâtiments); t. XXII, p. 38; t. XXVIII, p. 3o; — Le Provincial à Paris, par Watin : Palais - Royal, p. 112; Procès pour le sieur Louis, architecte du duc d’Orléans, contre le sieur Gaudran et le controleur d’État du Conseil (Paris, in-4°, 37 pages); — Nouvelles descriptions des curiosités de Paris, par Dulaure, 3e édition, t. Ier, p. 287, et t. II, p. 117, 267 et 44z.

PHILIPPE-ÉGALITÉ

de ces bâtiments, qui, sur trois cotés, bordaient le jardin, éveillant une impression de grandeur par la régularité des lignes et une idée de grâce par la sobre distribution des ornements. Le talent de l’architecte s’affirmait par la franchise du parti pris et la netteté, la clarté de la conception. Point de sécheresse dans les silhouettes; aucune lourdeur dans les détails. La hauteur de ces constructions était admirablement calculée et leurs proportions d’une

PLAN DU PALAIS- ROYAL, AVEC LE PROJET DU DOME SUR LA FAÇADE DU JARDIN Dessin du Chevalier de Lespinasse, d’après le dessin de l'architecte Louis, gravure de Varin (1786)

justesse parfaite : plus basses, les toits des maisons d’alentour auraient pu apparaître; plus élevées, le jardin du Palais-Royal aurait eu l’air d’un cloître ou d’une prison. La division des façades, où apparaît l’harmonie élégante du pur style Louis XVI, les 180 arcades d’une courbe heureuse, les pilastres finement cannelés, les deux étages et la balustrade dissimulant les mansardes, tout cela garde encore aujourd’hui un caractère de beauté majestueuse et aimable. Dans un premier projet, Louis, obligé de viser à l’économie, avait supprimé des façades de ces galeries toute espèce de sculptures. Les dessins conservés aux Archives nationales, et que nous reproduisons, montrent, par la comparaison, ce que l’aspect général a gagné en charme par l’adjonction de quelques motifs d’ornements. L’écueil était de faire trop riche, car il fallait (pic les bâtiments du jardin gardassent une simplicité relative pour faire valoir, par le contraste, l’éclat réservé à l’habitation même du prince. C’est à quoi s’est appliqué Louis.

Pour les constructions du Palais proprement dit, l’architecte eut à lutter contre des obstacles incessants, qui semblèrent renaître à mesure qu’il les surmontait, car, tantôt par suite du manque d’argent, tantôt à cause de la mobilité d’idées du duc de Chartres, qui l’entraînait chaque jour à quelque projet nouveau, il dut modifier maintes lois ses dispositions. Dans son premier plan, établi durant les premiers mois de 1781, avant l’incendie de l’Opéra, l’ancienne façade du monument, sur la place du Palais-Royal, avec la première cour, conservait toute son importance et restait la partie dominante par la décoration. 11 divisait l’espace opposé, du côté du jardin, en deux autres cours, avec des colonnes ouvertes et des appartements au-dessus.

Mais bientôt, dit Fontaine1, de nouvelles idées, des projets différents, firent révoquer l’approbation donnée; on voulut trouver mieux; on se jeta dans l’espace infini des perfectionnements et des hésitations; on balançait encore lorsque l'aile des princes était démolie, lorsque les fondations de celle du milieu étaient jetées et les bâtiments du jardin élevés...

Il fallut faire un second plan : c’est celui dont nous donnons ici la reproduction (p. 429). Tenant compte dans celui-là de la destruction de la salle de l’Opéra, il prenait l’espace resté vide de ce côté pour agrandir l’aile droite, et, à l’aile gauche, au lieu de la troisième cour qu’il avait imaginée sur remplacement de l’ancien jardin des princes, il érigeait le théâtre qui a pris le nom de Théâtre -Français, donnant sur la rue de Richelieu.

Louis, dit encore Fontaine, avait très peu fait attention à ce qui était bâti par Moreau avant lui. Il n’avait également eu aucun égard pour les ouvrages de Contant et de Lemercier, qu’en achevant son projet, excepté le grand escalier et le vestibule, il espérait détruire; car, selon son premier plan, lorsqu'il divisait le palais en trois cours, ou, selon le second, lorsqu’il n’en faisait plus que deux, avec le théâtre du côté de la rue de Richelieu, on reconnaît toujours que son but, sa principale idée, était, en faisant un palais nouveau, d’entourer le jardin de constructions, sans beaucoup s'inquiéter de ce que deviendrait le reste. Il espérait, sans doute, que toutes les façades du bâtiment, et surtout celle du corps de logis principal, seraient changées selon la décoration du grand ordre d'architecture qu’il avait adopté.

En effet, la pensée de Louis avait été de reporter la façade principale de l’édifice du côté du jardin. Le Palais-Royal aurait pris, dès lors, une allure absolument nouvelle. Il aurait, pour ainsi dire, fait volte-face en se tournant du côté du jardin et des galeries devenues, par des attractions de tous genres, par les boutiques et les spectacles les plus divers, comme un microcosme résumant toutes les formes de l’activité universelle. De là cette façade somptueuse, de là ce dôme colossal qu’on remarque dans le dessin du chevalier

1. Parallèle entre plusieurs résidences de souverains : le Palais-Royal, i834, in-4°, p- 307.

HISTOIRE DU PALAIS-ROYAL

LA SALLE DU THEATRE-FRANÇAIS A LA FIN DU XVIIIe SIÈCLE D après une aquarelle de la collection DESTAILLEURS ( Cabinet des Estampes, Bibliothèque nationalej

PHILIPPE- ÉGALITÉ

de Lespinasse, gravé en 178G, d’après le plan de Louis. Mais cette conception de l’artiste ne devait jamais être réalisée. Peut-être fit- on l’objection qu’une construction de grande dimension du côté du jardin, s’élevant au-dessus des colonnades du rez-de-chaussée, diminuerait beaucoup, à l’œil, l’étendue déjà bien resserrée du jardin. Peut-être aussi pensa- 1- on qu’elle donnerait à tout

L.V COUR li’lIONNEUR DU PAL AIS -UOYA.L, APRES LA. CONSTRUCTION DU THÉ ATRE - FRANÇAIS ET DES BATIMENTS ELEVES PAR l’ ARCHITECTE LOUIS (1790)

le Palais, avec une décoration lourde, « une apparence claustrale peu convenable à l’habitation d’un prince1. » Quoi qu’il en soit, la colonnade commençait déjà à sortir de terre quand, subitement, les travaux furent arrêtés de ce côté et les boutiques de bois installées. On était alors en 1786. Au lieu de la grande façade qu’il rêvait, Louis se bornait à donner une sorte de pendant à la partie du bâtiment construite par Contant d’Ivry, en surélevant la partie centrale, pour indiquer le corps principal du Palais. Au rez-de-chaussée, il combinait à droite et à gauche de la seconde cour une série de portiques qui formaient un vaste promenoir de six rangs de colonnes doriques de Go toises de longueur sur 11 de largeur, communiquant à une vaste galerie vitrée et aux boutiques des marchands auxquels tout ce rez-de-chaussée devait être affecté.

L’année 1786 fut marquée par une recrudescence d’activité dans les constructions nouvelles, «.le vais toujours courant, » écrivait Louis à un de ses amis;

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