LE JARDIN
Le jardin du Palais-Royal avait totalement changé de physionomie depuis la construction des galeries, et les anciens habitués des allées ombreuses, qui venaient la goûter, sous la fraîcheur des arbres, le charme des conversations paisibles, ne se reconnaissaient plus maintenant dans le tumulte de ce nouveau forum, envahi par une foule bigarrée, turbulente, excitée par les multiples distractions offertes à sa curiosité. En 1781, au lendemain de l’incendie de l'Opéra, le duc de Chartres s’était contenté de faire au jardin une toilette sommaire. On avait, par exemple, dû nettoyer les arbres, comme l’indique la note suivante :
Mémoire du sieur La Pipe, pour l’arrosage du jardin, en lavement des feuilles du jardin, 616 livres 10 sols.
1. Charles Makionneau, Victor Louis, p. 509. Louis, en 1786, ajoutait à tant de travaux une nouvelle entreprise à Bordeaux, qui le forçait de temps à autre à des voyages dans celte ville.
2. Procès-verbal de réception de la salle de spectacle du Palais- Royal, par Boulland, architecte, juré-expert. — Archives nationales, RA, 298.
3. Voyez, notamment, Archives nationales, RA, 288 : Mémoire relatif à la salle en construction au Palais - Royal, et série O, n° 20270. Voyez aussi : Lettre de M. Louis, architecte de la nouvelle salle du Palais-Royal (in-8° de 4 pages, 1790); le supplément au Journal de Paris, n° du 3o avril 1790, et Réponse à la lettre de M. Louis, par Boullet. — Bibliothèque Carnavalet, n° 6873. Voir également : Lettre de M. Rénard, ingénieur machiniste du Théâtre du Palais - Royal, réponse à la lettre de Boullet, qui était machiniste du théâtre de l’Opéra. Enfin, consultez: Architectonographie des Théâtres de Paris, par Donnet, passim.
PHILIPPE-EGALITE
Puis, lorsque furent entreprises les constructions, il avait fallu, avant d'arracher les treillages à moitié pourris, mettre à l’abri les antiques statues enlevées jadis des jardins de Versailles, par ordre de Louis XIV, et transportées au Palais-Royal. C’étaient des œuvres de valeur. 11 y en avait quatre de Lerambert : une Bacchante et un enfant jouant des castagnettes, une Danseuse, un Satyre dansant, un Satyre tenant son menton. Le portique servant de fond au jardin était orné de figures de Lemoyne, représentant Hercule et Amphitrite. A droite et à gauche du portique, étaient une Femme tenant une couronne, de Lerambert, et un Satyre, de Ruyster.
De ce dernier encore, il y avait un groupe de Satyres, placé près du bassin. En quel lieu le duc de Chartres fit-il déposer ces vénérables œuvres d’art? Je trouve bien dans les comptes de trésorerie revêtus du visa de l’architecte Louis, ce que coûta le transport1 :
Transféra tion des figures qui étaient dans le jardin du Palais- Royal. Mémoire réglé en 1782 par M. Louis, 855 livres.
Mais rien n’indique l’endroit où ces figures furent placées. Fut-ce à Monceau, au Raincy, ou dans quelque autre château du prince? Je 11e saurais le dire. Comme, depuis lors, la trace en a été perdue, peut-être les jeta-t-on tout simplement aux gravois, car elles tombaient en ruine, et la pierre s’effritait. Déjà, vingt ans auparavant, au moment où le duc Louis-Philippe avait fait restaurer le jardin, un poète, 1. Archives nationales, RA, 288.