Archives nationales, R
2. Voici la dépense à laquelle donna lieu Rétablissement de ces boutiques de bois : à Tabary, menuisier, 4o,tio5 livres; à Le Bihan, peintre, 9,822 livres; à Charüe], pour la couverture des boutiques, 3,909 livres; à Lambin, vitrier, 2,65 1 livres; à Bonnin, serrurier, 3Go livres. Total : 49,247 livres. — Archives nationales, Ri, 282, n° 2.
vestibule à colonnes, etc., pour donner plus d’étendue à cette espèce de bazar universel, et offrit du tout i5o,ooo francs par an1.
Si l’on additionne le produit des ventes et les revenus des locations de toutes sortes que le duc d’Orléans s’ingénia à réaliser de 1787 à 1792, dans l’affolement d’une situation qui ne faisait qu’empirer, on arrive à un joli total. Ce n’était pas assez, pourtant! Les charges restaient supérieures aux recettes, et les dépenses occultes — dont les registres de trésorerie du prince n’ont gardé aucune trace — augmentaient toujours. Où passait l’argent? Dans son entourage, on disait qu'il subventionnait des émeutes contre le roi et la cour, que l’ambition de jouer un rôle politique l’entraînait à un gaspillage effréné, que la Révolution lui coûtait des sommes incalculables... Ne sont -ce là que commérages? ou bien la vérité toute simple n’est-elle pas que le prince était pris à ses propres pièges et victime de la spéculation où il s’était imprudemment engagé? Il avait calculé sans les dévorantes surprises de l’agiotage, et surtout sans la terrible crise qui emportait tout. En diminuant les revenus de ses apanages, qu’il avait trop facilement escomptés, en supprimant les pensions de la cassette royale, la Révolution lui enlevait l’espoir de se relever jamais2. Il le sentit si bien que, le 24 janvier 1792, sans mot dire, et pour parer à tout événement, il se constitua 200,000 francs de rentes viagères sur l’Etat3. Prudence inutile! La encore ses calculs devaient le tromper. Le prince, qui avait pris le nom de Philippe -Egalité, ne devait pas toucher un centime de cette rente, pas plus qu’aucune de ses lâchetés n’allait le garantir de l’échafaud.
Fort peu sensible aux choses de l’art, et point du tout gêné par les scrupules, est-il surprenant qu’un tel homme, acculé aux expédients, cherchant à faire argent de tout, ait, dès le premier moment critique, songé à battre monnaie avec les merveilleuses collections de tableaux et de médailles qu’il tenait de ses aïeux? J’ai dit plus haut l’inquiétude dont avait été saisi son père à cet
1. En 1789, Delavoyepierre écrivait au duc d’Orléans : «Monseigneur, s’il entroit encore dans voslre plan de tirer des boutiques du Palais-Royal un produit de 100,000 livres, j’ai l’honneur de vous en proposer les moyens... Vous m’avez fait un bail pour les boutiques de la foire de 100,000 livres. J ai l’honneur de vous présenter ma soumission pour le surplus, c’est-à-dire pour les boutiques du Palais actuel, celles autour de la salle, celles sur le terrain projeté, y compris quelques appartements au-dessus de ces derniers pour 5o,ooo livres. » En vérité, il ne doutait de rien, ce Delavoyepierre! Gela prouve qu’il sous-louait aisément aux marchands qui tenaient les boutiques. A elles seules, les relations de ce personnage et sa correspondance avec le duc d'Orléans pourraient donner lieu à une digression amusante dans ce chapitre sur la ruine de Philippe-Égalité. En 1792, Delavoyepierre eut encore à bail pour io,5oo livres le rez-de-chaussée et les entresols du Palais-Royal, au-dessous du bâtiment situé entre la cour d’entrée, la rue Saint-Honoré, la rue de Valois et le grand escalier.
2. Un décret de l’Assemblée nationale remplaça, en 1790, les biens d’apanage du duc d’Orléans par une rente apanagère d’un million, dont aucun terme 11e fut payé. En outre, une somme annuelle d’un million devait être affectée pendant vingt ans à l’extinction des dettes du prince. Celle-ci non plus 11e fut jamais versée aux créanciers.
3. Inventaire des papiers de Boydker, au Domaine national, sous la liasse 4âo. — Voyez Archives nationales, T, i655, liasse 1024.
PHILIPPE-ÉGALITÉ
égard le jour de la donation anticipée du Palais-Royal, et comment le vieux duc crut devoir prendre des précautions contre la rage mercantile de son fils au moyen d’un article additionnel réservant les objets d’art. Assurément, cette méfiance ne s’était pas manifestée sans cause. Elle devait avoir sa source dans quelque confidence lointaine, dans un aveu échappé peutêtre en une minute d’expansion, enfin dans la connaissance intime des idées du jeune prince.
Dès l’année 1787, celui qui allait devenir Philippe -Egalité s’empressait de vendre, dans les conditions qui ont été dites, la collection des médailles et pierres gravées à l’impératrice Catherine de Russie1. Puis il se mit en campagne pour se défaire de la galerie de tableaux célèbre dans toute l’Europe. L’idée ne lui vint même pas qu’une pareille collection — honneur du pays qui la possédait — ne devait, à aucun prix, passer la frontière, et qu’il avait le devoir de trouver une combinaison pour qu’elle restât du moins dans des mains françaises. 11 n’eut qu’un objectif : la faire passer subrepticement à l’étranger.
Parmi les diverses relations que le duc avait à Londres se trouvait un certain Parker Forth; celui-ci ne demanda pas mieux que de se charger de trouver des acquéreurs pour les tableaux. « L'Angleterre, qui ne s’était pas relevée des ventes successives de la galerie de Charles Ier et de celle de Robert Walpole, passée en Russie, semblait n’attendre qu’une occasion pour prendre sa revanche2.» Forth s’aboucha avec un jeune lieutenant de marine, James Christie, qui
1. Voyez plus haut, page 307.— Parmi ccs pierres gravées sc trouvait la magnifique agale-onyx représentant Agrippine, regardée comme une pure merveille de Part. Le Régent l’avait payée 3o,ooo livres, et elle en valait, dit-on, plus de cenl ; mais ce (pii détermina surtout l’agent de Callierine II à faire cette acquisition, ce fut une Minerve armée dont la ressemblance avec l’impératrice était frappante.