‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 238 sur 301 · Bibliothèque nationale, MM. fl · texte numérisé non relu

Bibliothèque nationale, MM. fl

2. Buchanan, Memoirs of painting with a chronological history of the importation of pictures by great Masters into England since the Frencli Fievolution. London, 2 vol. in -8°, 182/J.

PHILIPPE-ÉGALITÉ 447

après, en 1792, il vendit à un banquier de Bruxelles, Édouard Walkicrs, pour

750.000 francs, la partie française et italienne de la collection. Est-ce une perte au jeu qui, comme le dit Buchanan, le força subitement à cette opération? On pourrait le croire en présence de la modicité inouïe du prix qu’il accepta, lui qui, en 1790, avait demandé i4o,ooo louis (2,800,000 francs) pour l’ensemble des tableaux! A peine Walkicrs fut-il en possession des précieuses peintures qu’il les fit emballer et diriger vers l’Angleterre.

Quelques caisses étaient déjà arrivées au Havre, lorsque M. de Labordc-Nerville1, fils du célèbre banquier de la cour et, je crois, cousin de Walkiers, désespéré de voir cette belle collection passer entre les mains de nos éternels rivaux, obtint pour

900.000 francs la cession du marché, moins trentedeux tableaux que Walkiers voulut absolument conserver. 11 fit construire, pour la placer, une galerie dans les jardins de son hôtel de la rue Gerutti (aujourd'hui rue Laffitte). Mais, à peine ce trésor y était-il déposé, que les troubles de 1792, qui en présageaient de plus terribles encore, vinrent lui inspirer les craintes les plus sérieuses sur sa conservation. Il les emballa donc de nouveau, et les expédia pour Londres, où il arrivèrent en juillet 1792. Il avait, pendant l’hiver, racheté de son cousin les trente- deux tableaux que celui-ci avait réservés lors de la conclusion du marché; de sorte que M. de Laborde possédait alors la collection tout entière. Il la garda précieusement jusqu'à l'an VI, espérant toujours rentrer en France et y rapporter les chefs-d'œuvre qu'il pensait avoir sauvés du pillage et de l'incendie. II y rentra, en effet, peu de jours avant le 18 fructidor; mais cette fatale journée, qui l’en chassa de nouveau cl lui enleva les restes de sa fortune, le mit dans la nécessité de revendre ses tableaux, seul bien qui lui restait.

Ils étaient encore consignés entre les mains d'une maison de commerce de Londres, lorsque M. Bryan, agissant au nom du duc de Bridgewater, du comte Carlisle et du comte Gower (devenu plus tard marquis de Stafford), les acheta pour 43,ooo livres sterling (1,070,000 francs); les frais de transport et les droits d’entrée seuls montèrent à plus de 5o,ooo francs. Cette affaire terminée, les nouveaux propriétaires firent estimer et fixer un prix à chaque tableau, convinrent de ceux qu ils voulaient réserver pour leurs galeries particulières, cl organisèrent une exposition publique de la totalité. Elle dut être divisée : une partie fut exposée dans la salle de M. Bryan, à Pall Mail, l'autre dans celle du Lyceum. Il ne se trouvait pas à Londres un local assez vaste pour contenir l'ensemble de la collection. Cette exposition dura six mois, du 26 décembre 1798 au mois de juillet 1799.

1. De Laborde - Nerville, iils aîné du marquis Joseph de Laborde, fui garde du Trésor royal, nommé député aux États -Généraux par le baillage d’Étampes, en 178g, et chargé plus tard, en 1790, de recevoir l’argenterie donnée par les églises de France, Il mourut en Vnglclerre en 1801.

(Collection des pierres gravées)

Les résultats [financiers de l’opération furent considérables... La partie que se réservaient les nouveaux acquéreurs (le duc de Bridgewater, le comte de Carlisle et le comte Gower) s’éleva à la somme de 3g,ooo guinées. Les tableaux vendus pendant l’exposition produisirent 3i,ooo guinées; enfin, les recettes faites à la porte des salles, et le montant de la vente aux enchères, qui eut lieu le i4 février 1800, de soixante- six tableaux, qui n’avaient pas trouvé d’acquéreurs à l’exposition, qui produisirent plus de 10,000 guinées, annoncent un bénéfice de près d'un million1.

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