‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 25 sur 301 · Bibliothèque nationale, MM, lf · texte numérisé non relu

Bibliothèque nationale, MM, lf

RICHELIEU DANS SON PALAIS

Cravant et Baussay), affermé à divers, 38, 000 livres; — Duché de Fronsac (comprenant Fronsac et Coutras, Beaufort, le Barrail du bec de Fronsac, etc.), 29,700 livres; — Rue il (affermé aux sieurs Hurot et Pouvre), g,5oo livres; — Baronnie de la Fer té- Bernard, 18,000 livres; — Terres en Sainlonge (comprenant la principauté de Mortagne, le comté de Cosnac, les baronnies de Barbezieux, de Coches, de Saint- Anson), 4o,3oo livres.

2° Rentes et domaines sur le roi : Bcntes sur les 4oo,ooo livres des cinq grosses fermes constituées au cardinal en 1 636, 63, 661 livres; — domaine de Pontoise,

12.000 livres; — le Tablier de La Rochelle, 20,000 livres; — places pour bâtir des maisons autour du Palais-Cardinal, 8,208 1. 6 s. 8 d.

3" Bénéfices ecclésiastiques: Redon, 8,000 livres; — Saint Pierre de Châlons,

13.000 livres; — -Item, 11,000 livres; — Saint- Riquieiy 8,000 livres; — Chevincourt, 2,000 livres; — La Vaulchy, 18,000 livres; — Saint-Lucien-de-Beauvais,

20.000 liv res; — La Chaise Dieu, i5,ooo livres; — - Armoustier, i3,ooo livres; — Cluny, 33,5oo livres; — Gevray, 12,000 livres; — le Prieuré d’Aunay, 3, 800 livres; — les terres de Mazebuy et Saint-Hippolyte, 760 livres; — le greffe de Cluny, 600 livres; — Coussay, 2,i5o livres; — Signy, 20,000 livres; — Saint-Martin-des- Champs, 33, 000 livres;- — le greffé de Saint-Martin-des-Champs, 3, 000 livres; — Cileaux, 38, 000 livres; — le Clos de Bogan, 18,000 livres; — le Haras de Citeaux,

3.000 livres; — Chezal-Benoit, 3o,ooo livres; — - Prémontré, 18,000 livres; — Saint- Arnoul -de-Melz, 6,000 livres; — Saint-Maixant, 12,000 livres; — la portion des deniers payables sur les blancs-seings de Son Eminence, 20,000 livres. — Total : 584,977 livres.

T. I. LP PALAJS - BOTAL.

oo

Sur ce chiffre, il faut déduire une somme de 82,270 livres constituant certaines charges des bénéfices, telles que pensions, entretiens des moines de Cîteaux et autres, réparations des fermes et abbayes, etc. Restait un revenu net de 502,700 livres au cardinal de Richelieu. 11 faut ajouter que le document dont nous extrayons ces détails ne mentionne pas les revenus provenant des gouvernements de Bretagne et du Havre, ses appointements de premier ministre (06, 000 livres par an), ses droits d’amirauté (3o,ooo livres par an), les droits sur les sels de Brouage (affermés 84, 000 livres), les revenus des galères, etc., ce qui pouvait bien porter à près de i,5oo,ooo livres les revenus annuels du cardinal. C’est la moitié du chiffre donné par M. le vicomte d'Avenel. Ce n’en était pas moins une fortune immense, offrant le type de la situation à laquelle pouvait parvenir alors un simple particulier par la faveur royale, mais une fortune éphémère et dépendante, puisqu’elle s’éteignait avec celui qui en était l’objet1. Encore une fois, Richelieu n’était pas économe. Lorsqu'il mourut et que sa nièce enleva du Palais-Cardinal les meubles qui lui appartenaient, la reine Anne d'Autriche fit épier par sa police les voitures qui opérèrent le déménagement; on croyait que des sacs remplis d’or se trouvaient cachés là. En réalité, les comptes de la succession furent des plus laborieux. Le cardinal laissa 2,566,754 livres de dettes. Pour les payer, il fallut vendre une partie de ses meubles. Son neveu, le duc de Richelieu, dut y employer aussi pendant trois ans le tiers du revenu des biens en fonds de terre ou autres dont il hérita, ce qui donna 862,438 livres. On paya le reste comme on put2, et ce ne fut pas facile, car le gouvernement royal en usa d’étrange sorte avec les deniers du cardinal. On en peut juger par ce fait que non seulement on ne remboursa pas à ses héritiers ce qui était dû au ministre, comme les 96,000 livres de ses appointements durant l’année 1642, et l'argent avancé par lui au Trésor, — 110,000 livres aux Etats de Hollande, 453, 65o livres pour la marine, 167,141 livres pour les fortifications de Brouage; total, 730,811 livres, — mais encore que l’on mit la main sans scrupule sur une somme de 1,174,000 livres qui fut trouvée au Ilàvre de Grâce, où Richelieu l’avait déposée par prévoyance. Sous prétexte que cet argent était « nécessaire aux besoins du royaume ». Mazarin

1. G. d’Avenel, Richelieu et la monarchie absolue, t. Ier, p. 421.

2. Dans Y Inventaire après décès de Le Masle, prieur des Roches, en iG6a (2 volumes manuscrits, Archives de l’Assistance publique), il est dit que <■ Madame la duchesse d’Esguillon, cy-devant tutrice et administratrice de la personne et des biens du duc de Richelieu, a employé en despences plus de 800,000 livres qu’elle dit avoir payées à l’acquit de la succession dudict deffunct seigneur cardinal, à divers particuliers et entr’aulres à des ouvriers et entrepreneurs qui ont travaillé aux bastiments dudict deffunct sieur cardinal dont les quittances et pièces justificatives du contraire doibvenl estre es-mains dudict deffunct sieur des Roches ou sous scellés ».

Ce document prouverait que les frais de construction du Palais-Cardinal étaient loin d’avoir été soldés à la mort de Richelieu.

RICHELIEU DANS SON PALAIS

le prit en alléguant qu’il serait rendu plus tard. Il ne fut, semble- t-il, jamais restitué1.

Ces détails sur la fortune de Richelieu, en montrant les ressources dont disposait le puissant ministre, vont nous permettre de nous mieux rendre compte des dépenses qu’il put faire au Palais-Cardinal et des conditions de son train de maison. Mais d’abord pénétrons dans l’intérieur de la demeure et voyons comment étaient disposés les appartements. Sur ce point, les renseignements ont toujours été insuffisants. Parmi les descriptions des contemporains, il n’en est aucune où soient dépeintes les chambres réservées à la vie intime du cardinal, avec le souci d’en restituer, pour ainsi dire, la physionomie morale en même temps que le côté pittoresque. Point de ces tableaux comme nous les aimons tant aujourd’hui et où s’animent si bien, dans le cadre de leur existence familière, les maîtres d’un logis. Pour qui cependant plus que pour Richelieu voudrait- on pouvoir tenter une pareille évocation? N’est-ce point surtout pour les hommes de cette trempe, qui occupent dans l’histoire une place si grande, qu’il est intéressant de rechercher si les lieux qu’ils ont habités, les murailles qu’ils ont touchées, les meubles dont ils se sont servis, les menus objets que leurs mains ont caressés, ne peuvent d’aventure rien trahir de l’énigme de leur âme? Comment se fait-il que de tous les personnages qui du vivant du ministre fréquentèrent le Palais- Cardinal, il ne s’en soit pas rencontré un seul pour nous le dépeindre dans son logis, avec les meubles qu’il préférait, au milieu des tableaux ou des statues dont il s’entourait, nous indiquant sur les habitudes du grand homme telle particularité qu’il serait utile de connaître? Aucun mémorialiste de cette époque, pas même les écrivains de son entourage immédiat, pas même son favori Roisrobert, n’ont pensé que de tels détails intéresseraient la postérité. Nous ne savons pas au juste dans quelle pièce du Palais- Cardinal le ministre travaillait, où il mangeait, où il recevait; ni si sa nièce, la duchesse d' Aiguillon, avait un appartement dans cette maison qu’elle dirigeait, ni où se tenaient scs secrétaires. Sans Y Inventaire, encore inédit, dressé après le décès du cardinal-duc, nous ignorerions comment étaient meublés exactement ses appartements privés, sa chambre à coucher, ses cabinets (pour nous servir de l’expression qu’on employait au xvn° siècle), et où étaient placées ses collections de tableaux, — il en avait près de deux cent cinquante, — ainsi que ses nombreuses sculptures ornant toutes les parties du palais. Il y en

i. Mémoires du procès intenté au \.viue siècle par le maréchal de Richelieu aux propriétaires des maisons du Palais- Royal. Les pièces de procédure de ce procès mémorable, qui uc dura pas moins de vingt ans et ne fut .jugé qu’en 1755, sont pleines de renseignements curieux sur la succession du cardinal et sur les comptes de tutelle de la duchesse d’Aiguillon. Voyez plus loin, chapitre III, pages 120- 121.

avait dans une petite salle basse qu’on trouvait à gauche en entrant, « sous la chambre et cabinet de Son Eminence. » Il y en avait dans « l’appartement vert » et jusque dans les deux garde-meubles où étaient relégués les objets sans emploi.

Pour ne point nous perdre dans le dédale des innombrables pièces et galeries du palais, rappelons-en d’abord sommairement la topographie et ne nous arrêtons qu’aux parties principales. En montant par le grand escalier qui se trouvait, comme il a été dit, dans l’angle de la deuxième cour, à droite, on trouvait, au premier étage, les petits appartements de Richelieu, comprenant tout un côté du corps de logis central, ainsi que la partie qui séparait les deux longues galeries de l’aile gauche; on franchissait d’abord une salle de réception toute tendue de tapisseries admirables, ornée de statues de marbre antiques, et, après avoir traversé deux pièces, dont l’une était entièrement décorée de blanc, on arrivait à la chambre du cardinal, laquelle n’était ni grande ni somptueuse, tendue de tapisseries à verdures et ornée d’une grande cheminée avec médaillon a la mode du temps. Nous savons, par les papiers de Le Masle que la décoration de celte chambre, due au peintre Nicolas Duchesne, comprenait un plafond superbe, avec médaillons représentant des jeux d’enfants au milieu de cartouches a fonds d’or et d’azur.

Tout auprès se trouvaient « la chambre du bain » et la chapelle. Ces appartements occupaient l’intervalle des deux longues galeries qui constituaient l’aile gauche du palais et qui étaient de véritables musées : la première régnait le long de l’avant-cour et aboutissait à la rue Saint-Honoré; la seconde, désignée sous le nom de Galerie des Hommes illustres, allait jusqu’au jardin. Les entresols, situés au-dessous, étaient habités par les « officiers » de la maison du cardinal. Quant à l'aile droite du palais, elle était formée également par deux corps de bâtiments : celui de F avant-cour était la grande salle de spectacle, celui de la deuxième cour, très spacieux, servait à divers logements et était occupé à son extrémité, du côté du jardin, par la petite salle de comédie inaugurée en iG35, comme nous l’avons vu précédemment.

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