GALERIE DES OBJETS D’ART
Revenons maintenant dans les deux galeries de l’aile gauche : c’est, avec la grande salle de spectacle, la seule partie du palais qui, du vivant de Richelieu, semble avoir été quelque peu connue du public. Le cardinal mit tous ses soins à les embellir. Celle de F avant-cour était ce la plus riche et la mieux entendue de Paris », dit Sauvai, qui ne la vit pourtant qu’à une
RICHELIEU DANS SON PALAIS
époque où, dépouillée des objets d’art dont elle avait été ornée, elle n’offrait plus son brillant aspect. Le même écrivain déclare que c’était ce que Richelieu goûtait le plus dans son palais, et ajoute que, si la mort ne l'avait point si promptement enlevé, il se réservait d’y entasser tous les chefs-d’œuvre
DÉCORATION DE LA GALERIE DES OBJETS D'ART AU PALAIS - CARDIN AL (Composition de Philippe de Champaigne, gravée par Michel Lasne) (Bibliothèque nationale. Cabinet des Estampes, C. c. $4. a. p. 74)
antiques «que son pouvoir ou sa curiosité lui eussent pu fournir». Voici, au surplus, la description qu’il en donne :
Elle étoit couronnée d une voûte à fond d’or, peinte en mosaïque et entourée de bustes de marbre, de lambris cl de paysages, terminés par une architrave, une frise et une corniche qui régnoient tout autour. La plupart de ces paysages avoient été peints en Italie par d’excellents ouvriers; tous, à la vérité, n’étoient pas d’une égale force; j'y en ai vu pourtant quelques-uns qui méritoient bien d’être considérés attentivement et qui présentement sont ou cachés ou déchirés; mais cette belle frise marine que Bernard 1 avoil faite de blanc et de noir sur le manteau de la cheminée, et qui a trompé tous ceux qui l’ont contemplée, celle frise, dis-je, subsiste toujours et trompe encore tous ceux qui la regardent; il n’y a qui que ce soit à qui de près aussi bien que de loin clic ne paraisse de relief, et enfin qui
i. Quel est ce Bernard? Nous ne connaissons de l’époque de Richelieu qu’un seul peintre de ce nom, Samuel Bernard, père du célèbre financier, et qui fut membre de l’Académie de peinture. Mais il est né en 1 6 1 5 . 11 eût été bien jeune au moment où le cardinal faisait décorer son palais.
n’avoue que cette copie vaut bien l’original qu’on voit à Fontainebleau. Mais la plus superbe partie de ce beau lieu étoit la voûte peinte et conduite par Champaigne : des blancs et noirs, des tableaux, des rostres imités de l’antique, et des chiffres du cardinal de Richelieu, environnés de lauriers, étoicnt répandus dans cette voûte sur un grand fond d’or feint en mosaïque, avec autant d’ordre que d’esprit, et composoient ensemble comme une sorte de panégyrique à l’honneur du maître de la maison. 11 n’y eut rien dans cette voûte de la main de Champaigne que les tableaux : tout le reste fut exécuté par d’autres. Chacun trouva l’ordonnance entière bien concertée, et les tableaux plurent à tout le monde, surtout au cardinal; car on lient qu'il prenait plaisir quelquefois de faire réciter à Champaigne l’histoire de sa vie que ce peintre avoit représentée dans la voûte d’un bout à l'autre. Mais tant de belles choses ne sont plus et ont disparu à nos yeux depuis qu'on a désolé ce portique, afin d’y pratiquer un appartement pour le duc d’Anjou, qui ne lui a presque pas servi, et meme n’est encore que commencé, et qui pis est ne sera jamais ni commode ni achevé : en voilà déjà une partie de rétablie, faisons revivre l'autre.
Philippe de Champaigne1 fut de tous les peintres de son temps celui que Richelieu honora de la plus persistante faveur et dont le talent convenait le mieux à ses goûts. Il l’avait protégé dès sa jeunesse, alors que l’artiste, venu de Bruxelles à Paris, ayant à peine vingt ans, s’était vu bientôt confier divers travaux de décoration au palais du Luxembourg par Marie de Médicis. Le cardinal l’aimait pour son obéissance à suivre les programmes de composition qu’il lui donnait ; il admirait ses étonnantes facultés de travail et d’assimilation, sa facilité, sa modestie, la probité de son caractère et la dignité de* sa tenue. Ajoutons à cela qu’il ne le payait pas cher, comme l’attestent quelques reçus du peintre à Le Masle, prieur des Roches, qui régla presque toutes les dépenses du Palais -Cardinal. A ces divers titres, probablement, Richelieu le préféra à Simon Vouet3, qui était pourtant alors le chef de notre école et dans tout l’éclat de sa réputation. Par une de ces fantaisies qui n’appartiennent qu’aux grands, il ne craignit pas de mettre en concurrence et sur le même pied les deux artistes : le peintre glorieux qu’on accablait alors de commandes, qui vaniteusement se comparait au Poussin, et le jeune homme encore ignoré, qu’aucune œuvre transcendante n’avait encore signalé à l’attention. Simon Vouet eut à orner un des côtés de la voûte de la grande galerie des objets d’art, tandis que l’autre côté fut réservé à Pli. de Champaigne. Ce que tous deux représentèrent dans leur composition, nous ne pouvons nous en rendre compte que par les gravures qui en furent faites à l’époque : encore de celles-ci ne possédons -nous que des morceaux détaches,