Né en 1G02, mort en i C
2. Felibien, Entretiens sur les vies et les ouvrages des plus excellents peintres, 1726, t. IV, p. 3ia. Simon Vouet, né en 1090, est mort en 1649.
RICHELIEU DANS SON PALAIS
qui ne fournissent pas au complet l’indication des sujets peints sur la voûte. Les reproductions publiées dans ce volume en donneront une idée. Simon Youet, bon imitateur des artistes de la décadence italienne, s’appliqua à
montrer l’illustre ministre entouré de figures symboliques, de Victoires, de
Vertus guerrières, de Génies subjuguant les Passions déchaînées; toute sa rhétorique d’emprunt, toutes les élégances boursouflées de son répertoire de mythologie surannée lurent employées à célébrer la gloire du cardinal dont il traça le portrait, debout ou assis, la main appuyée sur la sphère et méditant devant la carte du monde déployée devant lui I. Avec autant de redondance et d’un pinceau plus lourd, Philippe de Champaigne, tout aussi ampoulé d’ailleurs, apporta plus de précision dans la série de ses panneaux. Les principaux événements du ministère de Richelieu furent le thème sur lequel il eut à exercer son imagination mal déliée et peu faite pour ce genre d’apothéose. C’étaient les premières compositions de quelque importance qu’il lui arrivait d’avoir à exécuter. Il dut en éprouver un peu d’inquiétude. Le voisinage de Vouct, célèbre et sûr de lui, n’était point fait pour le rassurer. Mais le cardinal le soutenait de sa confiance et, trouvant
dans sa jeunesse la docilité dont il avait besoin, s’efforçait d’inculquer à
son peintre les idées qu’il souhaitait voir exprimer sur les murailles de cette galerie. Lui fit-il vraiment, dans ce dessein, apprendre par cœur, comme le dit Sauvai, l’histoire de sa vie? Cela semble excessif. Mais qu’il lui ait dicté les sujets, qu’il ait lui-même fixé les scènes où il voulait se voir jouer les grands rôles, qu’il ait fourni et imposé à l’artiste des allégories dont le sens vague et amphigourique devait répondre, sans doute, dans la pensée du cardinal, à des événements précis ou à de secrètes satisfactions d’amourpropre, on n’en saurait douter. Une de ces compositions de Philippe de Champaigne, gravée par Michel Lasne, nous montre Richelieu assis dans un fauteuil, son corps maigre à peine distinct sous la pourpre cardinalice, le regard perdu dans l’espace; derrière lui sont le dieu de la guerre, coiffé d’un casque, armé d’un bouclier, et la Navigation, tenant de sa main gauche une voile gonflée par les vents. Aux pieds du ministre, une femme à demi agenouillée jette des fleurs et des fruits, auxquels se mêlent les dépouilles des ennemis vaincus, des cuirasses, une épée; à droite et à gauche sont la Vigilance et une figure qui doit représenter les bienfaits de la paix, car elle s’appuie de la main gauche sur un lion, emblème de la force, et dans sa main droite elle tient des bijoux. Volant dans les airs, une Renommée fait
i. Parmi les 478 tableaux qui, à la fin du xvmc siècle, furent vendus en Angleterre par le duc d’Orléans (Philippe-Égalité), nous verrons figurer un tableau de Simon Vouct, la Prudence amène la Paix et l’Abondance, qui devait être probablement une des compositions exécutées par l’artiste pour cette galerie. Où se trouve- 1- il aujourd'hui, après tant de vicissitudes?
retentir sa trompette et apporte le chapeau de cardinal, tandis qu’une Victoire accourt, ayant dans les mains la couronne ducale et le rameau du triomphe.
Outre les meubles de prix qui remplissaient cette galerie, on y voyait une quarantaine de sculptures, la plupart antiques et quelques-unes copiées d’après l’antique; des bustes de bronze ou de marbre polychrome sur des piédestaux également de marbre de quatre pieds de hauteur. Il y avait l'a, notamment, une Diane de cinq pieds de haut, une Junon de trois pieds trois pouces de haut, deux Ethiopiennes, dont la tète était de marbre noir et le buste en albâtre; une Faustine, un Bacchus, un Apollon, des tètes d’empereurs, tels que Marc-Aurèle, Adrien, Commode; les bustes en bronze, moulés sur l’antique, de Solon, Marcellus, Diogène, Platon, Socrate, Démosthène, etc. Nous reviendrons d'ailleurs plus loin sur cette admirable collection d’antiques réunie au Palais-Cardinal.