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Archives du musée du Louvre, Z

LE CARDINAL DE IUCIIEUEU VlînS L’AGE DE QUARANTE ANS

(D’après l’émail de Petitot)

qu’il écrivait à Le Masle en 1 6 2 3 1 , témoignent qu’il n’avait pas, au début, un goût bien sûr et exercé. Si, au contact de Mazarin peut-être et de quelques autres, il acquit peu à peu une certaine expérience en ces matières, ce fut par la force des choses plus que par inclination véritable. En se mettant en tête de réunir autant de tableaux et de statues antiques qu’il pourrait, il ne faisait que suivre la tendance de son esprit qui le portait à tout voir en homme d’Etat, à rechercher ce qui était grand et magnifique, à vouloir pour la France ce qui lui paraissait propre à accroître son prestige, à développer la culture intellectuelle, à répandre le sentiment de l’art qui devait, il le comprenait, contribuer à policer les mœurs et à exercer, comme en Italie, une heureuse influence sur les industries de luxe du pays. Tel fut, semble-t-il, le véritable mobile qui fit du cardinal le premier et le plus considérable collectionneur de son temps. Homme d’action avant tout et de calcul élevé, aux idées larges et de longue prévoyance, il n’entreprenait jamais rien sans but. Pour lui, le luxe, les bâtiments, un grand train de maison, ce faste qu’il aimait, c’était le signe extérieur de la puissance, un instrument de domination. Il fut de même, on peut le croire, collectionneur par polit ique.

Il est certain, en effet, que son exemple fut efficace à cet égard, et détermina l’admirable engouement en faveur des beaux-arts que Mazarin développa encore après lui et qui aboutit au magnifique épanouissement du règne de Louis XIV. De iG3o à i6'|0, Paris vit surgir quantité de beaux hôtels décorés de peintures par les artistes de cette époque, aménagés à l'imitation du nouvel hôtel Rambouillet et ornés, comme le Palais-Cardinal, de statues antiques et de collections de toutes sortes. C’est en i635 qne J. -B. Lambert fit bâtir par Le Vau son fameux hôtel de la rue Saint-Louisen-l’Ile, décoré quelques années plus tard par les plus grands peintres. Vers cette même date, furents construits l'hôtel La Vrillière, rue des Petits- Champs, devenu ensuite l'hôtel de Toulouse, puis la Banque de France; l’hôtel de CL de Bullion, ministre d'État sous Louis XIII, dont Le Vau fut l’architecte, et que Simon Vouet et Blanchard ornèrent de peintures2; l'hôtel de La Roche-Guyon, rue des Bons-Enfants, et qui était appuyé sur les bâtiments du Palais - Cardinal ; l'hôtel d’Hocquincourt, près la porte neuve Saint-Honoré; sans parler des hôtels élevés dans le voisinage de la demeure

1. G. d’àvenel, Lettres du cardinal de Richelieu, t. Ier, p. 776. Cotte lettre, adressée à Le Masle que Richelieu avait envoyé en mission à Rome et à Florence, donne à celui-ci des instructions très précises au sujet des acquisitions en statues de marbre et de bronze que désirait faire le cardinal. 11 y est question notamment d’une statue et d’un bassin devant servir de fontaine pour le château de Limours, et Richelieu n’hésite pas à recommander que la statue qui devait tenir le bassin à deux mains fût percée pour que l’eau pût couler. Le Masle ne se gêna pas, dans sa réponse, pour relever ce qu’il y avait de mauvais goût dans un pareil arrangement.

2. Germain Riuce, Description de Paris, édition de 1OS7, p. 3.

RICHELIEU DANS SON PALAIS

de Richelieu par les courtisans et les créatures du grand ministre, qui s’empressèrent de se rapprocher de lui pour mieux faire leur cour, comme ceux de Vanel, du conseiller d’Etat Bautru, construits par Le Vau; de Tubeuf, rue des Petits -Champs et rue Vivienne. La maison de ce dernier fut achetée plus tard par Colbert. Tout à côté, Mazarin devait bientôt se faire construire la magnifique habitation sur l’emplacement de laquelle est maintenant la Bibliothèque nationale. Ainsi, grâce à Richelieu, se formait rapidement tout un quartier nouveau, qui avait déjà grande allure et qui amenait le prompt développement de la ville de Paris dans la direction nord-ouest. La plupart de ces habitations se distinguaient par une architecture particulière, tranchant sur les habitudes et le style du siècle précédent, comme aussi par l’appareil de la construction. Ce n’était plus le caractère pittoresque, mouvementé, du xvc siècle. La méthode qui, sous le règne de Henri IV, dominait encore et avait inspiré ces maisons où de l’association de la brique et de la pierre résulte une impression si aimable et si gaie, était également abandonnée. Avec l’étude des monuments antiques, on s’était, adonné exclusivement au régime de la pierre. La pierre permet plus de solidité et de force, donne plus d’ampleur aux constructions et fait à l’ornementation sculpturale une place qu’elle n’a pas avec la brique. Or, à la fin de Louis XIII, on voulait de la sculpture, des façades nobles, riches, imposantes : on eut, en revanche, de la lourdeur. On avait été élancé et fluet, on se fit court et trapu. «Les arts procèdent assez souvent par ces extrêmes,» ainsi que le dit fort justement le comte de Laborde1.

Dans ces demeures spacieuses, aérées par de larges fenêtres, où tous les appartements étaient distribués symétriquement, ayant vue d’un côté sur une cour d’entrée, avec une porte cochère sur la rue, de l’autre sur des jardins, la mode voulut qu’on établit à proximité des grands appartements de réception, et des petits appartements d’un confortable très relatif, de la salle des bains et d’une orangerie, des grands ou des petits cabinets de curiosité qu’il devint de bon ton désormais de garnir d'objets d’art. Tout le monde ne pouvait pas s’offrir, comme Richelieu, des antiques à profusion. On commença d’abord par les médailles, les tapisseries, les tableaux, les orfèvreries. Plus tard, vers 1GG0, s’ajoutèrent les laques ou les porcelaines de la Chine. Pour les médailles, l’exemple partait de haut, car le propre frère du roi, Gaston d’Orléans, occupait les loisirs que lui laissaient la chasse et ses incessantes intrigues de révolte à en réunir une collection dont un grand amateur de Toulouse, le savant François Filhol, lui apporta d’un seul coup les plus riches éléments. On citait encore à Paris, à cette époque, les colleci. Le Palais -Mazarin, 1 845, in-8°, p. 68.

lions de tableaux ou les beaux meubles de M. de La Vrillière, du duc de Chaulnes, de M. de Chantelou, de Borilly, du surintendant des bâtiments Des Noyers, dont l’hôtel de la rue Saint-Honoré était rempli de merveilles; du marquis d’Effiat, des frères Des Nœuds de la Noue, qui possédaient surtout de superbes médailles ; ou encore de Michel de Marolles, dont le goût commençait à inaugurer une nouvelle branche dans la curiosité, celle des estampes. C’est du cardinal de Richelieu que vient également sans doute l’usage qui, dès le milieu du xvne siècle, s’impose aux gens de qualité d’avoir chez eux une bibliothèque. Pour tout homme qui se respectait, avoir une bibliothèque dans son hôtel était une obligation absolue, un témoignage de son mérite et de bonne tenue; n’en pas avoir était une lacune et prouvait qu'on n’aurait pas été capable de s’en servir. Ménage raconte que Servien, qui occupait un emploi élevé dans l’Etat, voulait s’acheter une bibliothèque avant de mourir et lui écrivait : «Que diroit-on de moi, si on ne trouvoit pas de bibliothèque à mettre dans mon Inventaire *?» Bautru, homme d’esprit, qui soignait sa réputation, avait dans la charmante maison que Le Vau lui avait bâtie rue Neuve-des- Petits-Champs et qu’on appelait la gentille, une chapelle qui tombait en ruine, mais sa bibliothèque n’olïrait prise à aucune sorte de critique.

En essayant d’indiquer ici la part qui revient à Richelieu dans le progrès des arts en France, et le mouvement que la construction et la décoration du Palais-Cardinal contribuèrent à développer, il ne faut pas oublier les rapports du ministre avec les artistes. Do même qu’il s’appliqua à encourager les lettres, à fonder l’Académie française, logée tout d’abord près de lui, à l’hôtel Mélusine, à former une bibliothèque dont il voulait ouvrir l’accès au monde savant, de même il s’évertua, autant (pie le lui permirent les agitations de sa vie singulièrement troublée, à favoriser les peintres et les sculpteurs de talent qui lui étaient signalés. Ce ne fut pas sa faute s’il ne parvint pas à fixer à Paris, lorsqu’il y vint en iG4o, l'illustre Poussin, qu'il reçut en l’embrassant et en le comblant d’égards2. Mais il fit venir d’Anvers le sculpteur Gérard Van Obstal, et, après l’avoir fait travailler au Louvre d’après les modèles de Sarrazin, lui confia divers ouvrages de décoration au Palais- Cardinal. Il couvrit de sa protection Jean Warin, le célèbre graveur en médailles, lequel, né à Liège en iGo4 d’un père français, était venu à Paris en 1G2C, et se voyait poursuivi sous l’accusation de faux-monnayage lorsque Richelieu le sauva, lui donna à exécuter la médaille de Louis XIII en 1G29, la sienne en i63o, et le revêtit de la charge de garde

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