Menagiana, t. II, p. t\i
■j. Gazette de Renaudot, 17 décembre ibio, p. 8/48,
et conducteur de la Monnaie, en remplacement de René Olivier, qui venait de mourir. Ou a vu plus haut comment le cardinal avait soutenu Philippe de Champaigne, qu’il avait pris à ses débuts, alors qu’il était employé par
Marie de Médicis au Palais du Luxembourg. Si celui-ci est devenu l’un des plus grands portraitistes de son siècle, s’il nous a laissé des elïigies remarquables de tous les hommes d’Etat de son époque, depuis Louis XIII jusqu’il Colbert , c’est parce que Richelieu sut mettre sou talent en vogue non seulement en posant pour lui nombre de fois, mais en lui faisant faire les portraits des membres de sa famille, de son frère l’archevêque, de sou jeune cousin de La Porte, do sa nièce la duchesse d’Aiguillon. Il est à remarquer, du reste, que le cardinal-duc eut le bon esprit de faire appel au talent de la plupart des artistes que la reine Marie de Médicis s’était efforcée de grouper pour la décoration de son palais du Luxembourg. Ils n’étaient pas très nombreux, car notre école française ne brillait pas alors d’un bien vif éclat. Pour la peinture, qui n'en était qu’à ses débuts, il y avait une véritable pénurie d’artistes. A part Simon Vouet, dont le nom éclatait au milieu de ce néant, et qui ne sutlisait pas à l’ornementation de tous les hôtels neufs qu’on lui demandait, on ne comptait guère que de pauvres talents : Simon François et L. de La Ilire eurent leur part dans ces travaux du Palais- Cardinal, car ils y décorèrent la salle des gardes de trois panneaux1. Cotelle et Testelin remplissaient de leurs interprétations mythologiques l’hôtel de Mme de Guéménée, place Royale; Moëlon figurait dans le vestibule de l’aimable maison du pacifique Bautru les Exercices de la vie guerrière; Pli. Ruyler ornait le château de Cl. de Bullion à Wideville, en Seine-el-Oise; Errard, le futur académicien, préludait par des esquisses sans grâce aux Métamorphoses d'Ovide, qu’il allait peindre à l’hôtel Le Charron (le père de Mme Colbert), situé quai Notre- Dame; Mignard, encore adolescent, était en Italie d’où il adressait au frère de Richelieu, archevêque de Lyon, des copies des Carrache du Palais Farnèse, et Lebrun s’apprêtait à aller à Rome. D’autres, plus obscurs, n’ont point laissé de trace : tel ce Duchesne par qui Richelieu fit décorer le château de Limours et sa chambre au Palais- Cardinal, et auquel sans doute il donna des besognes que les archives ne nous révèlent point. Le cardinal de Richelieu, qui avait fait la connaissance de Rubens quand ce peintre était venu à Paris en 1G22, appelé par Marie de Médicis pour la décoration de la galerie du Palais du Luxembourg, ne manqua point de demander à l’illustre artiste quelque morceau de lui pour sa collection personnelle. Le 4 février 1G25, l’abbé de Saint- Ambroise, en écrivant à Rubens de se hâter de venir mettre en place les dernières compositions de la suite de la Vie de Marie de Médicis,
1. Felibien, l. II, j). 534, et Guileet de Saint -Georges, Mémoires inédits , t. I“r, p. 108,
MCIIËLiÈU DANS SON ËALAIS
lui donnait « la mesure d’une pièce que le cardinal de Richelieu voudrait de sa main, laquelle lui déplaît n’ètre pas plus grande, car il n’a garde de manquer à son service». Mais Richelieu, une fois Ruhens à Paris, ne voulut point poursuivre ses relations avec l’artiste, car le cardinal, qui avait une police fort bien faite, ne fut pas longtemps à apprendre les menées du peintre-diplomate et ses conciliabules secrets avec Buckingham, lequel venait d’arriver à Paris au mois de mai i G 2 5 , pour chercher Henriette de France, la femme de Charles Ier d’Angleterre, et il ne put lui échapper que le noble lord mettait une singulière insistance à se rencontrer avec le maître d’Anvers. Celui-ci, en effet, poursuivait alors d’autres négociations que celles qui aboutirent d’ailleurs à l’acquisition pour 100,000 florins par Buckingham de ses collections d’objets d’art.
Les sculpteurs étaient plus nombreux alors à Paris que les peintres. Maintenus en haleine par des travaux permanents, comme ceux du Louvre, ils gardaient des traditions qui les rattachaient à un passé glorieux dans le pays de France. Guillaume Berthelet1, auteur d’une fontaine de bronze dans le Palais du Luxembourg, fut beaucoup employé par le cardinal, pour qui il exécuta, notamment, au château de Richelieu, dans le Poitou, outre la statue en marbre de Louis XIII, une figure de la Renommée, passée en vente à l'hôtel Drouot en 1 854 , et qui se trouve maintenant on ne sait où. Parmi ses confrères, il faut citer en première ligne, le vieux Nicolas Guillain, l’auteur du monument du Pont-au-Change, élevé à la gloire de Louis XIII et d’Anne d’Autriche; Gilles Guérin, occupé surtout au Louvre; Pierre II Biard, à qui le cardinal-ministre commanda la statue équestre de Louis XIII érigée sur la place Royale; Jacques Sarrazin, élève de Guillain, qui devait devenir par la suite le sculpteur attitré d’Anne d’Autriche, pour qui il (it un buste en bronze de Louis XIV enfant , qu’on plaça au Palais- Royal, dans les appartements de la reine.
Après ces maîtres, il convient de mentionner encore d’autres arlislCs moins connus, dont seulement les noms, la plupart du temps, et point les œuvres, sont désignés parfois dans les documents de l’époque : Christophe Cochet, auteur d’une statue de Diclon qui se trouvait dans les collections du cardinal de Richelieu; Francheville, (pii ne quittait pas Jean de Bologne, dont les petits bronzes étaient si appréciés du ministre, comme on a pu le remarquer plus haut dans l’énumération des sculptures du Palais-Cardinal; Thomas Boudin, qui fut chargé, avec Barthélemy du Tremblay et François Bordoni, des bas-reliefs en bronze du piédestal de la statue de Henri IV; Michel Bourdin, a qui on commanda en iCjo le mausolée du commandeur Amador de