‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 47 sur 301 · Michelet, Richelieu et la Fronde, 1 858 , p · texte numérisé non relu

Michelet, Richelieu et la Fronde, 1 858 , p

ce que craignit son génie sérieux et attentif, ce furent les conséquences des brûlantes strophes du Ciel. « De quel cœur la noblesse allait-elle se battre contre les descendants du Cid, ces Espagnols aimés et admirés1?» Le cardinal crut qu’il pourrait réagir en faisant représenter cette tragédie sur son propre théâtre, au Palais-Cardinal, devant lui. Là, du moins, pensait-il, sa désapprobation souveraine, son attitude de glace tueraient la pièce. Il n’en fut rien. Le génie de Corneille grisa toutes les âmes.

En 1G37, entre la naissance du Dauphin qui devait être Louis XIV et la mort du Père Joseph, le cardinal-ministre offrit encore à la Cour une grande fête dans son théâtre. Il y lit danser le Ballet de la Félicité publique. «Chose hardie, au moment où de toutes parts il avait des revers2.» Mais alors toute sa politique se trouvait retournée à l’égard d’Anne d’Autriche, dont la grossesse inespérée affermissait désormais d’une façon aussi solide qu'inattendue la situation sur le trône de France. Il n’était plus question pour Louis XIII de divorce possible. Il fallait prévoir la puissance inévitablement durable de la reine que Richelieu avait humiliée. Dans ce ballet de la Félicité, le roi Louis XIII dansa. Un des personnages disait ces jolis vers de Desmarets :

Parlez, mes yeux, découvrez mon martyre A l’objet qui m’a su charmer;

Puisque mon cœur ose l’aimer,

Pourquoi craignez-vous de le dire?

Était-ce une allusion directe à la passion attribuée à Richelieu pour la reine, passion qui peut-être en effet exista un moment, car il y eut, comme l'a fort bien dit Michelet, «du jeune homme en ce grand homme et de fortes chaleurs de cœur3, » mais sur laquelle on n’a que de vagues indices, comme le fantasmagorique récit laissé par Loménie, dans lequel on voit le cardinalduc se déguisant en baladin et dansant une sarabande pour plaire à Anne d’Autriche. 11 faut dédaigner ces contes dépourvus des garanties que réclame l’histoire. Ce fut encore à l’occasion des réjouissances auxquelles donna lieu la naissance de Louis XIV que Richelieu fit jouer par des enfants, en iG38, sur son théâtre, une tragi-comédie de Scudéry, intitulée l'Amour tyrannique , et à propos de laquelle se produisit un incident qui mérite d’être rapporté ici. Parmi les enfants qui avaient pris la place des acteurs, se trouvait une jeune fille de treize ans, distinguée déjà par ses talents, et que sa

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