‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 48 sur 301 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

RICHELIEU BANS SON PALAIS

P O K T II AIT DE J E A N W A 11 I N (D’après la gravure d’Édelinck)

gentillesse, son esprit désignèrent aussitôt à l’attention du cardinal : c’était Jacqueline Pascal, la sœur de l’auteur des Provinciales, dont le père avait été exilé. Après la représentation, le ministre demanda qu’elle fût amenée près

T. I, LE PALAIS-ROYAL

de lui. L’enfant accourut et, avec assurance, lui débita le place! suivant, qu’elle avait écrit d’avance :

Ne vous étonnez pas, incomparable Armand,

Si j’ai mal contenté vos yeux et vos oreilles;

Mon esprit, agité de frayeurs sans pareilles,

Interdit à mon corps et voix et mouvement.

Mais, pour me rendre ici capable de vous plaire,

Rappelez de l’exil mon misérable père.

C’est le bien que j’attends d’une insigne bonté;

Sauvez cet innocent d’un péril manifeste.

Ainsi vous me rendrez l’entière liberté De l’esprit et du corps, de la voix et du geste.

Surpris et charmé, Richelieu prit l’enfant sur ses genoux, l’embrassa et lui dit : «Allez, je vous accorde tout ce que vous me demandez; écrivez à votre père qu’il revienne en toute sûreté1.»

La grande salle de spectacle du Palais -Cardinal a une histoire plus longue et plus éclatante, puisque jusqu’à l’année 17G3, où un incendie la réduisit en cendres, elle fut successivement le berceau du Théâtre -Français et de 1 Opéra. La description la plus complète qui en ait été donnée et qui montre ce qu’elle était à l'origine est celle de Sauvai, qu’il faut encore ici citer littéralement :

Ce lieu est une longue salle parallélogramme, large de neuf toises en dedans œuvre, que le cardinal et Mercier s’efforcèrent de rendre le plus admirable de l’Europe; mais la petitesse du lieu s’y opposa, car comme ce ministre avait résolu de faire au roi un présent de sa maison, il était bien aise qu’il s’y trouvât quelque grande partie et quelque chose qui fût digne d’un grand monarque, et pour cela il fit faire par plusieurs2 divers desseins et élévations pour ce théâtre, mais qui ne furent pas reçus pour être trop enjoués : de sorte qu’il se tint à celui de Mercier comme plus solide, plus commode et plus majestueux tout ensemble.

La manière de ce théâtre est moderne, et occupe ainsi que j’ai dit une longue salle couverte et quarrée -longue. La scène est élevée à un des bouts, et le reste occupé par 27 degrés, qui montent mollement et insensiblement, et qui sont terminés par une espèce de portique ou trois grandes arcades; mais cette salle est un peu défigurée par deux balcons dorés, posés l’un sur l’autre de chaque côté, et qui commençant aux portiques viennent finir assez près du théâtre. Le tout ensemble est couronné d’un plafond en perspective où le maître a feint une longue ordonnance de colonnes corinthiennes qui portent une voûte fort haute, enrichie de rozons; et cela avec tant d’art, que non seulement cette voûte et le plafond semblent véritables, mais rehaussent de beaucoup le couvert de la salle et lui donnent toute l’élévation qui lui manque.

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