‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 50 sur 301 · Michelet, Richelieu et la Fronde, p · texte numérisé non relu

Michelet, Richelieu et la Fronde, p

la peur. « Il est facile de juger, » dit un témoin, l’abbé Arnaud dans ses Mémoires, « si l’ouvrage d’un premier ministre, représenté dans son palais, sous ses yeux, au milieu de tous les courtisans, dut avoir du succès. Au bruit des applaudissements qui retentissaient dans la salle, Richelieu plein de joie s’agitait, se levait, s’avançait en dehors de sa loge pour se montrer à l'assemblée. » Plus tard Pcllisson rapporta les mêmes récits au sujet de cette Mirame qui coûta, assure-t-il, deux à trois cent mille écus au cardinal, ce qui paraît beaucoup, et montrera le ministre imposant silence au public « pour faire entendre les endroits encore plus beaux», lin autre contemporain, Michel de Marolles, nous fournit sur cette fête des renseignements plus précis. Quand Mirante fut achevée, Anne d’Autriche — était- ce par bravade et pour faire tète au ministre qui venait de la cingler d’allusions blessantes? — laissa le roi partir seul1 et resta dans la salle où « M. de Valançay, alors évêque de Chartres2, qui faisait les honneurs de la maison, vint, en habit court, lui présenter la collation, ayant à sa suite plusieurs officiers qui portaient vingt bassins de vermeil chargés de citrons doux et de confitures». Puis les toiles du théâtre s’ouvrirent de nouveau pour faire paraître une grande salle de bal, où on dansa, lorsque la reine y eût pris place sous un dais. « Son Eminence, qui étoit à un pas derrière elle, avoit un manteau long de taffetas couleur de feu, sur une simarre d’étoffe noire, avec le collet et le bord d’en bas fourrés d’hermine3. »

Un mois après cette fête, le théâtre du Palais-Cardinal s’ouvrait encore avec éclat pour le mariage de Mllu de Brezé, nièce de Richelieu, avec le duc d’Enghicn. On y donna un beau ballet intitulé la Prospérité des armes de la France. Le roi, la reine, toute la Cour y parut. Puis les jours sombres revinrent : la conspiration de Cinq-Mars, l'agonie de Tarascon. C’était la fin de cette vie de luttes du grand ministre affamé de gloire. Au début de l’hiver de iGia, à bout de forces, affaibli par les abcès qui lui venaient à la main, au bras, ailleurs encore, il essayait de se délasser en travaillant à la comédie d’ Europe ; à mesure qu'il l’écrivait, Desmarets faisait les vers. Elle fut jouée devant lui, le 10 novembre, sur son théâtre... Le mois suivant, Richelieu n’était plus.

1. Il parait que Louis XIII trouva que la société qui composail la salle était trop mêlée. «Ravi de pincer le cardinal,» dit Tallemant des Réaux, il lui en lit l’observation, et Monsieur prit la balle au bond, déclara qu’en effet il avait aperçu « la petite Saint-Amour». Richelieu ne sut que dire et lit faire une enquête. Le coupable se trouva être l’abbé chargé des invitations, qui était trop galant, et avait effectivement donné place dans la salle à quelques jeunes beautés un peu légères: il fut expédié en province.

2. Voyez la note qui le concerne, ci-dessus, p. 3i. — Il faisait partie de la maison de Richelieu. Plusieurs notes de la main du cardinal contiennent les mots : « ... M. de Chartres payera à ...» etc.

Il fut fait archevêque de Reims cette même année i (34 1 -

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