ANNE D AUTRICHE ET MAZAK1N
PEINTURE DÉCORATIVE EXÉCUTÉE PAR SIMON VOLET PANS LA SALLE DES BAINS D'ANNE D’ AUTRICHE, AU PALAIS- ROYAL
à scs serviteurs (287,800 livres), les frais funéraires et d'inventaire, les bâtiments de la Sorbonne (820,000 livres), etc. Pour couvrir ce passif, la duchesse d’Aiguillon avait, il est vrai, d’une part l'argent laissé par son oncle, d’autre part les revenus des biens en terres qui étaient affermées. Mais j’ai dit
LE PALAIS-ROVAL
plus haut (chapitre II, page 5o) que Mazarin s’était emparé des sommes trouvées au gouvernement du Havre, et qu’il ne rendit pas les avances faites par Richelieu au Trésor : soit à peu près deux millions, qui firent singulièrement défaut à la succession. Il ne restait donc à la tutrice, pour acquitter les dettes, que: i° l’argent comptant, à peu près i,5oo,ooo livres; 2° les revenus annuels, 327,000 livres; 3° les meubles, estimés par Y Inventaire 653, 5oo livres. La duchesse vendit partie des meubles (pour 256, 48o livres), et, grâce aux revenus des terres, elle serait parvenue en très peu d’années à régler au mieux les affaires de la succession si elle 11’avait eu à compter avec son jeune neveu, légataire du cardinal de Richelieu, dont les dissipations, les folies, l'ingratitude empoisonnèrent la fin de sa vie1.
Armand de Wignerod de Pontcourlay, devenu par substitution duc de Richelieu et revêtu de la dignité de pair de France par le testament de son grand-oncle, avait à peine treize ans à la mort de celui-ci. Elevé soigneusement avec scs deux frères, sous la direction de la duchesse d’ Aiguillon, qui avait pour lui une préférence marquée, sa jolie figure, sa taille élégante, son esprit vif paraissaient justifier les espérances de postérité que sa tante formait pour le nom du mort illustre à qui elle avait consacré son existence et voué un véritable culte2. Mais le jeune duc, se trouvant tout à coup en possession d’une immense fortune, entraîné par des amis débauchés, coureur de femmes, dépensa follement, fit des dettes, entra en révolte contre sa tante, à qui il demanda brutalement ses comptes de tutelle, et, après avoir contracté avec scandale une mésalliance, engagea contre elle procès sur procès. C’est dans ces conditions qu’il fut amené à se refuser de remplir certaines obligations que le testament du cardinal lui imposait, notamment en ce qui concerne la construction de l’hôtel de Richelieu, et à vendre autour du Palais-Royal plusieurs lots de terrains que la prévoyance de son grand-oncle avait fait réserver. On va voir toutes les conséquences qui en découlèrent.
En premier lieu, ce furent les docteurs de la Sorbonne (pii, ne parvenant pas à obtenir le payement des sommes à eux léguées par le cardinal pour la construction de leur collège, commencèrent les hostilités et accablèrent le jeune duc de Richelieu de saisies, contraintes, arrêts, oppositions, pour l’obliger
1. Cf. Papiers de tutelle de la duchesse d'Aiguillon, cl Mémoires des propriétaires des maisons du Palais - Royal.
2. La duchesse d’Aiguillon, après la mort de Richelieu, s’employa de toutes ses forces à la glorification de son oncle. Elle s’occupa de réunir et de publier scs œuvres, institua des messes qui devaient être diles à perpétuité, non seulement à Paris, mais dans diverses localités. Enfin, elle commanda au sculpteur Girardon le tombeau du cardinal pour la Sorbonne. Ce tombeau 11e fut achevé qu’en i6g4- L’artiste toucha pour son œuvre i4,5oo livres, et, sans doute comme supplément, la duchesse lui donna le beau buste en porphyre d'Alexandre le Grand, que son oncle avait acheté et quelle 11e reçut au Petit -Luxembourg qu’après sa mort. Girardon revendit ce buste au maréchal d’Estrées, et il est entré depuis au musée du Lomre.