LE CARDINAL DE RICHELIEU
(D après un des portraits de Ph. de Chantpaigne, gravé par Nanteuil en 1657)
de la porte de Limours, entre les deux statues du Roy et de la Reyne sa mère; car, outre qu il n est pas bien fait, Brard n'ayant pas la main comme Berthelot, il est destine pour être a Richelieu avec un autre buste de la reine sa mère, et je fais faire un Roy en grand et en Mars de la même main de Berthelot pour le
T. I. LE P A LAIS — ROYAL
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mettre dans la croisée élevée entre le roy et la reyne sa mère. Quand vous en verrez l’invention, vous l'approuverez fort, jusque là que vous vous entendez assez mal en bastiment pour ne la comprendre pas.
Voilà donc Richelieu, ainsi que nous l’apprend cette lettre, menant déjà de front trois ou quatre constructions à la fois. Il n’y a pas encore deux ans qu’il est ministre et il songe à relever le château de ses aïeux dans le Poitou; il y envoie des œuvres d’art, tout en embellissant Limours et en jetant les fondements du Palais-Cardinal. Au surplus, ce Limours qu’il vient à peine de disposer à sa convenance et dont il a fait l’acquisition avec tant de bonheur, il ne s’y plaît plus une fois terminé, et c’est successivement dans tous les environs de Paris qu’on le voit chaque été chercher une villégiature qui lui agrée davantage ou soit plus favorable à sa santé. En 1625, il se transporte alternativement à Gourances près Fontainebleau, à Dampierre, à la Saussaye, à la « Maison Rouge », très belle habitation qui était au bord de la Seine, presque à la sortie de Paris, et derrière laquelle passait le Cours-la-Reine. C’était la pleine campagne alors. Le cardinal y alla à plusieurs reprises. Il acquit aussi, à cette même date, à Fleury, un château qu’avait fait bâtir Corne Clost, grand-maître des eaux et forêts sous Henri II : il était situé à douze kilomètres nord-ouest de Fontainebleau, c’est-à-dire à quarante-huit kilomètres de Paris1. C’est dans cette maison que devait être exécuté le complot de Chalais contre la vie du cardinal, en mai 1G26, et c’est à partir de cette époque que le grand ministre eut une garde composée de cent hommes à cheval, qui, par la suite, s’accrut jusqu’à cinq cents hommes, mousquetaires, gendarmes, chevau-légers, etc. L’année suivante, en 1G27, nous le trouvons à Saint-Germain-en-Laye, dans une maison louée évidemment pour les occasions oîi son service l’appelait auprès du roi2. Il finit par vendre Limours au duc d’Orléans trois cent mille livres de plus qu’il ne lui avait coûté : cela couvrait à peu près les dépenses qu’il y avait faites. Les splendides jardins de Rueil allaient bientôt le dédommager amplement de cet abandon.
A Paris, Richelieu avait quitté depuis un certain temps son domicile de la rue des Mauvaises- Paroles ; il s’était logé place Royale, dans un hôtel3 situé à l’angle gauche, du côté de la rue Saint-Louis, en face de l’hôtel Saint- Géran, et où il recevait avec infiniment d’amabilité une brillante société de gens d’esprit et de femmes charmantes qui fréquentait l’hôtel de Rambouillet