Aubeuy, Histoire du cardinal Mazarin, I. Ier, p
L e palais-royal
lui-même non seulement à ces fêtes, à ces danses, à ces ballets, où le jeune garçon, d’un tempérament ardent et qui avait déjà le goût de la femme, ne devait pas voir sans émotion
. . . briller aux chandelles Des gorges passablement belles,
mais il l’entraînait aussi à toutes sortes de spectacles, lui montrait Scaramouche au château de Vincennes, le conduisait lui-même à la foire :
Notre monarque et l’Éminence Ont honoré de leur présence Les danseurs de corde... >.
Comment s’étonner qu’avec un pareil système d’éducation le jeune roi, quand il ne jouait pas et qu’il passait ses journées livré à lui-même dans son appartement du Palais- Royal, avec les femmes de chambre, faisant la différence de l’abandon dans lequel on le laissait et de la garde nombreuse dont s’entourait Mazarin — que pour cela il appelait «le Grand Turc»1 2 3, — comment s’étonner, dis-je, si, avec les dons réels qu’il avait, sa jolie figure, sa grâce, son enjouement, son besoin d’expansion, sa virilité précoce, il fût si vite exposé aux accidents que nous fait entendre à demi-mots son valet de chambre La Porte :
Le roi ayant dîné chez Son Eminence et étant demeuré avec lui [Mazarin] jusque vers les. sept heures du soir, il m’envoya dire qu'il se voulait baigner. Son bain étant prêt, il arriva tout triste, et j’en connus le sujet sans qu'il fût nécessaire qu'il me le dît; la chose était si terrible, qu’elle me mit dans la plus grande peine où j'aie jamais été, et je demeurai cinq jours à balancer; mais considérant qu’il y allait de mon bonheur et de ma conscience de 11e pas prévenir, par un avertissement, de semblables accidents, je la lui dis enfin, dont elle fut d'abord satisfaite, et me dit que je ne lui avais jamais rendu un si grand service; mais comme je ne lui nommai pas l’auteur de la chose, n’en ayant pas de certitude, cela fut cause de ma perte, comme je le dirai en son lieu3.
(Signature de La Porte, valet de chambre de Louis XIV 4. J