LE PALAIS BR ION
Henriette d’Angleterre au Palais-Royal. La misère de la reine. — Délabrement du monument. — Le Palais- Rriou Roman des premières amours de Louis XIV. — Les accouchements clandestins de M"’ de La Yallière. — Rôle de Colbert en celte circonstance. — L’Académie des Beaux-Arts installée au Palais-Brion. La première exposition de tableaux.
e trouvant brusquement abandonné par la Cour, le Palais- Royal, à partir de i()5a jusqu’à l’année 1660, fut à peu près désert. C’est la période la moins brillante de l’histoire de ce monument. En s’installant au Louvre, lorsqu’elle rentra à Paris, Anne d’Autriche y prit la place de sa bellesœur, Henriette d’Angleterre, qui y était assez tristement logée et qu’elle envoya prendre résidence dans la demeure à laquelle elle-même renonçait comme n’offrant point assez de sécurité pour le roi. Ce fut un chassé-croisé. Depuis 1 6 4 4 , éloignée de Londres par la révolution qui devait coûter la vie à Charles I'r, son mari, la reine Henriette d’Angleterre vivait à la Cour de France, d’abord magnifiquement traitée, puis peu à peu laissée dans le plus pauvre isolement. Le cardinal de Retz a raconté dans ses Mémoires ce fait, si souvent cité, qu’elle manquait de quoi se faire du feu dans ses appartements en 1 G 4 9 :
Cinq ou six jours avant que le roi sorlit, de Paris, j’allois chez la reine d'Angleterre, que je trouvois dans la chambre de Mademoiselle sa fille, qui
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a été depuis Madame d'Orléans. Elle me dit d'abord: «Vous voyez! je viens tenir compagnie à Henriette : la pauvre enfant n’a pu se lever aujourd’hui, faute de feu. » J’exagérai encore cet abandonnement, et le gouvernement envoya /|0,ooo livres à la reine d’Angleterre. La postérité aura peine à croire qu’une reine, fille de Henri le Grand, ait manqué d’un fagot pour se lever au mois de janvier, dans le Louvre et sous les yeux d'une Cour de France1.
C’était pendant les années de si grande pénurie, où l’on ne payait pas meme les gages des serviteurs du roi. Toutefois, sans méconnaître la réalité de cette détresse en ce qui concerne Henriette d’Angleterre, il faut se dire que ce moment si pénible ne fut que passager, et qu’on aurait tort d’en conclure, comme Voltaire, que la reine était absolument laissée dans la misère. Mazarin lui faisait une pension de 4o,ooo livres par mois, et dans son agenda secret, à la date de 1G/16, on trouve cette note2 :
Cento mila lire alla regina d’Inghillerra, e farla pagure délie Uo mila lire il ine.se puntualmente .
Voilà pour ceii'c qui ne se contentent pas des légendes dont on fleurit si volontiers l’histoire, et qui recherchent avant tout la vérité. La veuve de Charles br ne mena d’ailleurs pas grand train au Palais- lloyal. Tout entière à sa douleur, indifférente désormais au monde, fuyant les fêtes, enfoncée dans la religion, elle ne se souciait guère de ce que faisaient les gens de sa suite, parmi lesquels il y avait beaucoup d’Anglais, qui mirent sa maison au pillage. Les chroniques du temps sont vides de détails sur la vie qu’on menait alors dans le palais. On ne sait comment Henriette d’Angleterre y passa son existence, ni en quelle partie elle fixa son habitation. Sans doute, elle dut reprendre l’appartement d’Anne d’Autriche, qui était le plus commode et bien aménagé. Le reste fut abandonné à ses serviteurs, et peut-être aussi y laissa-t-on loger certains « officiers » de la maison du roi, pour utiliser ces vastes locaux que le déménagement précipité de la Cour avait dégarnis. Quoi qu’il en soit, il est certain que, durant les rapides années du séjour de la reine d’Angleterre, le Palais-Royal fut endommagé, nullement entretenu, et que tout y sentait à cette époque la désolation et la ruine. On a un aperçu de l’état dans lequel il pouvait être par le récit de deux Hollandais (pii voyageaient alors en France et qui, à la date du 17 février 1G07, écrivent ce (pii suit dans leur Journal :
Le 17 février, nous fusmes voir le Palais Cardinal qu'on nomme à présent le Palais Royal... La reine d’Angleterre y demeure avec tout son train, (pii a lail un