‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 91 sur 301 · Blondel, Architecture française, t. III, livre V, p · texte numérisé non relu

Blondel, Architecture française, t. III, livre V, p

2, Bibliothèque nationale, Cabinet des Estampes, V. 36,

repris avec soin. Enfin, la balustrade du côté du jardin fut redorée, et le palais prit dans son ensemble un aspect de bonne tenue qu’il n’avait pas eu depuis des années. Quant au mobilier, je dirai plus loin comment il fut composé.

Le nombre des serviteurs de Monsieur, ainsi que de la maison de Madame, comprenait des centaines de personnes : beaucoup étaient logés au Palais- Royal. Mais il est à remarquer (pie tant «pic le monument fut classé parmi les Bâtiments du Roi, c’est-à-dire jusqu’à 1G92, les gages des trois portiers, ceux des deux gardes du théâtre et ceux des jardiniers furent payés par le Trésor. Voici l’état de ces gages, avec les noms des titulaires, qu’on trouve dans les Comptes, en 1GG8, et qui revient chaque année à peu près sans changement :

Palais Cardinal : A Nicolas Boulicourt, concierge dudit Palais, pour les trois quartiers de ses gages, 45o 1 i \ res . — A luy, au lieu de François Huet », dit Poitevin, pour le nettoiement des chambres, 220 livres. — A Henry Jersey et Clinchant, garde salles et machines dudit Palais, 22a livres. — A Jean Guérin, portier des portes de la rue des Bons-Enfants et Richelieu, i5o li\res. — A Jean Moussel, portier de la grand porte, i5o li\res. — -'Audit Boulicourt, pour l’entrelènement du jardin dudit Palais, Goo livres.

Relevons au passage cette mention de Palais-Cardinal qui continue à figurer dans les Comptes'1 . Ce 1 1 ‘est qu’en 1G72 que le litre de Palais-Royal lui fut substitué. A cette date, c’est toujours ce même personnel qui émarge, sans nulle augmentation de traitement. L’année suivante, Jean Guérin disparaît et fait place à Le Vacher aux portes de la rue des Bons-Enfants et de la rue Richelieu; en 1G75, on crée un emploi de portier de la basse-cour et du magasin des antiques à l’Académie des Beaux-Arts; en 1 G70, le vieux Nicolas Boulicourt, qui était déjà jardinier au temps d’Anne d’Autriche, se voit allouer un supplément de i,5oo livres, et le poste de concierge est attribué à un de ses parents, Gratian Boulicourt. En 1G88, la porte des cuisines, du côté de la rue des Bons-Enfants, est confiée à un serviteur spécial, et celle de la rue de Richelieu à un autre, ce qui indique que le mouvement devient plus intense dans le palais et exige une surveillance plus étroite.

On ne trouve rien, bien entendu, dans les Comptes des Bâtiments du Roi qui soit relatif à la domesticité du Palais-Royal faisant partie de la maison du duc et de la duchesse d’Orléans. Mais les études de notaires 11e laissent pas de nous fournir quelques renseignements curieux sur ce sujet. Je me bornerai au résumé de certains actes, qui éclairent d’un jour assez vif

1. Ce vieux serviteur, qui, du temps d’Anne d’Autriche, avait « la charge des clefs du Palais», était probablement mort. On ne retrouve plus également dans cet état des gages de 1GG8 les noms de Maillet, de Seneschal et de Dumée, qui y étaient en i643.

2. Guiffuey, Comptes des Bâtiments du Roi, t. Ier, col. 2(jo et passim.

LE FRÈRE UE LOUIS XIV I&7

FOUTRAIT DE MONSIEUR, PHILIPPE DE FRANCE, FRERE DE LOUIS XIV (Gravure de Nanteuil)

les mœurs de l’époque. Les principaux officiers de la maison, tels que Joachim de Seiglière, «conseiller et secrétaire du roi, directeur général des finances de Monsieur, fils de France, » ne logeait pas au palais, pas plus que Dallançon, «contrôleur général de la maison,» ou que llannibal de Pothulot, «premier chambellan, » et les premières dames d honneur, les grands seigneurs el grandes dames pourvus d’un emploi qui était surtout honorifique

auprès d’un prince du sang et qu’on ambitionnait à cause des avantages de toutes sortes qu’il conférait. Mais la majorité des serviteurs, depuis les "■entilshommes servants, secrétaires des commandements, trésoriers, écuvers, aumôniers, médecin, etc., etc., jusqu’aux valets de chambre et de garde-robe, huissiers, maîtres d’hôtel, écuyers de la bouche, chefs des cuisines et de l’échansonnerie, sommiers, garde-vaisselle, etc. (c’était une véritable armée), avaient soit tout un appartement, soit une simple chambre au Palais.

Le montant (les gages annuels pour les deux «maisons» de Monsieur et de Madame allait à plus de 800,000 livres. Le traitement d’une première dame d’honneur était de 8,000 livres, celui des dames d’atour de (i,ooo livres, celui des demoiselles d’honneur de 3oo à 5oo livres, celui du premier médecin de G, 000 livres, du médecin ordinaire et du chirurgien de i,5oo à 3, 000 livres, du premier aumônier de 3, 000 livres, du confesseur de 1,200 livres, des chapelains de 3oo livres, de l’aumônier du « commun » de 100 livres, du sommier de chapelle de 3oo livres, du premier maître-d’hôtel de 4» 000 livres, des maîtres d’hôtel ordinaires de i,5oo livres, elc. Les gages des gens de service étaient, pour les écuyers de la bouche, de 3oo à 5oo livres; pour les huissiers, de 100 à i5o livres: pour les sommiers des cuisines, des broches, de la fruiterie, du garde-manger, de la lanternerie, de a5o à 35o livres; pour les porte-table et chaise, porte-chaise d’affaires, falotiers, valets des pages et des filles de chambre, fourriers, muletiers, etc., de 3o à i5o livres par an.

Ces emplois étaient comme des bénéfices dont la jouissance appartenait aux titulaires, qui étaient leur propriété et qu’ils revendaient quand ils voulaient ou ne pouvaient plus en remplir les obligations. Le maître

décidait- il de renvoyer un de ses « officiers » P II l’obligeait à céder sa charge à tel ou tel, moyennant finances. Lue charge de valet de chambre valait de 8 ,000 à 20,000 livres; celle d’un aumônier ordinaire, de G, 000 à 7,000 livres. Le moindre des valets 11e vendait pas la sienne moins de 3, 000 à 4, 000 livres. Les minutes des notaires de la famille d’Orléans sont remplies de marchés singuliers de cette nature, et nous n’avons qu’à les feuilleter pour en trouver d’amusants exemples, dans cette période qui va de i665 à 1G70, parmi les serviteurs du frère de Louis \IV. Voici Claude Tirmon, qui, à la date du 28 janvier 1670, vend sa charge « d’ayde de fourrière » à un certain Trippribe pour la somme de 5, 182 livres. Voici Claude Germont, «fourrier des

cent Suisses de la garde du corps de Monsieur, » qui vend la sienne à Jean Mauclair de la Gatine moyennant 4, 000 livres. Antoine Julliot, « postillon du carrosse des fdles d’honneur de Madame, » contracte un engagement d’un autre genre : ce n’est que pendant un an qu’il délaisse son emploi

à un sieur La Garde, sans doute pour cause de voyage forcé, de maladie

L E F U E H E DE LOUIS XIV

MONSIEUR, DUC D’ORLEANS, EN ROI DES PERSANS AUX FÊTES DU CARROUSEL DE 1662 (D’après la gravure de F. Chauveau. — Chalcographie du Louvre)

ou autre, et et livrées ».

même. Mais

s’engage à payer à celui-ci « iG sols par jour, plus les habits Jean David, « capitaine des mulleticrs île Monsieur, » lait île le plus curieux cas de vente de celte sorte que je trouve est

le suivant. A la date du 26 janvier 1G70, messire Guébin1, «conseiller du roy, premier médecin (le Son Altesse Royale Madame, demeurant à Paris, dans le Palais- Royal, promet a la dame d’Obanne de lui fournir dans le temps d’un mois prochain, la démission en bonne forme de la charge d’aumosnier par qualitez appartenant a Monsieur Charpoutras, duquel il se fait et porte fort en cette partie, et ce le nom du démissionnaire en blanc pour être remplacé au nom de tel des enfants du sieur Jondol qu'il lui plaira et en jouir par celuy qui en sera pourveu en tous gages, fruits, proflits, revenus et émoluments y attribués, à commencer la jouissance du jour de sa réception. Et neantmoins tous les gages de la présente année appartiendront entièrement audit Jondol, lequel sera tenu des frais de provision, réception et agrément. Celte promesse faicte moyennant la somme de sept mil livres de prix principal et de cent trente deux livres de pot de vin, lesquelles deux sommes revenant ensemble à sept mil cent trente deux livres. » Que dire de ce médecin qui vend ainsi à un tiers la charge de son confrère l'aumônier? Quel mystérieux pouvoir messire Guébin avait- il donc conquis sur le malheureux Charpoutras, pour pouvoir ainsi escompter avec tant d’assurance sa démission? Quel trait de mœurs, et comme il nous fait pénétrer dans l’intimité de ce petit monde qui s’agitait alors au Palais-Royal!

Dans un autre acte notarié, daté du 3 mars 1G70, je trouve que « messire Joachim de Seiglière, ancien directeur général des maisons et finances de Monsieur, frère du Roy », vend, moyennant 3, 000 livres de rentes, l’une des deux maisons qui lui appartiennent, sises rue des Saints-Pères, et dans laquelle il habite, «à messire de La Porte, demeurant à Paris, rue Saint-Père, à Saint- Germain-des-Prés, cy- devant valet de chambre de Sa Majesté. » On comprend par la que La Porte avait de quoi vivre quand Mazarin lui enleva brutalement ses fonctions. Un autre document n’est pas moins intéressant; c’est celui où l’on voit « très puissant et très illustre Prince Monseigneur Philippe, chevalier de Lorraine, abbé commandataire des abbayes de Tiron, Saint-Jean des Vignes et Soissons, Saint-Benoist sur Loire et Saint-Rive en valée de Chartres, demeurant à Paris, au Palais- Royal, lequel a reconnu et confessé devoir légitimement au sieur Jean Tancrède, premier chirurgien de Monseigneur, fils de France, demeurant aussi au Palais- Royal, la somme de 1 4,ooo livres pour prêt d’argent, fait par led. sieur Tancrède and. seigneur chevalier de Lorraine, auquel il a la somme comptée, nombrée et délivrée... » L’acte est du 10 décembre 1701. Or, Monsieur était mort le 9 juin de la

1. Mme de La Fayette, racontant la mort de Madame, dit : « Son premier médecin, M. Esprit... » Il est vrai que c’était à Saint-Cloud. A Paris, ce pouvait être « messire Guébin ». En tout cas, l'acte notarié qui nomme celui-ci et qui est ici cité, est là, sous nos yeux, et la qualité de « premier médecin de Madame » y est parfaitement spécifiée.

LE FRERE DE LOUIS XIV

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