‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 94 sur 301 · L E F H E H K I)E LOUIS XI V · texte numérisé non relu

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marchandes)), on ait le temps de s’en procurer d’autres, Un article H noter, dans ce marché, est le rabais de 3.ooo livres que le pourvoyeur consent à faire d’avance pour l'ensemble des fournitures qu’il livrera dans le cours de

TAPISSERIE DES COBELINS COMPOSEE PAU CH. LEBRUN POUR LA DECORATION DU PALAIS- ROY \L (Série de l 'Histoire de Mcïcdgre , six pièces, d’après la gravure de B. Picart)

chaque année. On en peut déduire sans doute que les prix spécifiés étaient au cours ordinaire des vivres à Paris, en 1(170, et que le rabais de 3, 000 livres représentait le sacrifice consenti par le pourvoyeur pour obtenir les avantages d une fourniture aussi abondante el régulière que celle qu i] devait faire au Palais- Royal.

Mais laissons ces détails de la vio domestique, et revenons à l’histoire de notre monument.

Le frère de Louis XIV prit de plus en plus goût à déserter de temps en temps Versailles pour venir à Paris donner quelques réceptions dans ce palais où il se sentait davantage son maître, sans l’inquiétude de porter ombrage au roi, et heureux de se former une petite cour qui fût bien à lui, où il trônait seul. Cosnac raconte dans ses Mémoires que Monsieur n’était jamais si satisfait que lorsqu'il pouvait, les soirs qu'il passait ainsi dans sa maison de Paris, «demander à dix ou douze personnes en particulier : « Eh bien! n'ai- je pas bien du monde aujourd'hui ? y) Mais s’il y avait foule dans ses salons, il le devait moins à lui-même qu’à sa femme, cette aimable, spirituelle et exquise Henriette d’Angleterre, qui sut grouper autour d’elle une société d’élite qu’elle charmait par sa grâce. Sainte-Beuve a excellemment défini l'espèce d'attraction qu’elle exerça et le genre d'influence qu’elle eut sur cette petite cour du Palais- Royal où elle donna le ton, régla les divertissements, fut vraiment reine, en un mot1 :

Morte à vingt -six ans, dit-il, et ayant été pendant neuf ans le centre de l'agrément et des plaisirs, Madame marque le plus beau ou du moins le plus gracieux moment de la cour de Louis XIV. 11 y eut après elle, dans cette cour, plus de splendeur et de grandeur imposante peut-être, mais moins de distinction et de finesse. Madame aimait l’esprit, le distinguait en lui-même, l’allait chercher, le réveillait chez les vieux poètes comme Corneille, le favorisait et l’enhardissait chez les jeunes comme Racine; elle a\ait pleuré à Andromaque, dès la première lecture que le jeune auteur lui en fit : « Pardonnez-moi, Madame, disait Racine en tête de sa tragédie, si j'ose me vanter de cet heureux commencement de sa destinée.» Dans toutes les cours qui avaient précédé de peu celle de Madame, à Chantilly, à l’hôtel Rambouillet et à l’entour, il y avait un mélange d’un goût déjà ancien, et qui allait devenir suranné : avec Madame commence proprement le goût moderne de Louis XIV; elle contribua à le fixer dans sa pureté.

Le duc d’Orléans fut insensible à tant de grâce. Ses désaccords avec sa femme, la lutte sourde qui exista entre eux, sa brutalité, pour tout dire, se manifestèrent publiquement. Au Palais-Royal, il y eut deux camps, l’un pour Monsieur, l’autre pour Madame, contre qui le chevalier de Lorraine ne cessa de fomenter bassement les calomnies. La princesse parvint à obtenir l'éloignement de cet ennemi à langue de vipère. Mais ce fut pour un délai bien court. Au surplus, tout était contraste entre elle et son mari, dont l’éducation avait été systématiquement réduite aux futilités, en vue de son frère, à quion avait voulu laisser tous les prestiges. Cette âme «d’une futilité désespérante», ce cœur que

i. Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, t. VI, p. a6o.

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n’anima jamais «rien de tendre ni de grand», eut comme un éclair de zèle et d’ambition lors de la guerre de 1 G G 7 . Mais Louis XIV jeta vite une douche sur ses velléités d’honneur. Il lui dit un jour, au siège de Douai : « Mon frère, vous pouvez aller vous divertir, car nous allons tenir conseil. » Traité ainsi en enfant, Monsieur se laissa aller désormais aux penchants de sa courte intelligence. Il n’eut en tète, quand il fut à l’armée, « que de faire faire des tentes propres et galantes, ayant grand soin qu’elles fussent remplies de miroirs et de chandeliers de cristal1.» Lorsque, pour se délasser de cette campagne, il revint à Villers-Cotterets, pour montrer qu’il aurait pu ranger une armée en bataille, il se mit à ranger des fauteuils, « fit mettre toutes les chaises sur une même ligne, fortifia les ruelles de tableaux, tablettes, plaques, plaça les miroirs dans des postes avantageux, flanqua chaque table de quatre guéridons, enfin disposa généralement de tout le corps de ses meubles avec un ordre merveilleux3... » Le naturel avait repris le dessus. Monsieur était né ordonnateur de fêtes. Peut-être eût-il pu faire autre chose. C’est à cet emploi qu’il dut se résigner, surtout après sa conduite à la bataille de Cassel, oii il se permit de se distinguer, ce qui, sous Louis XIV, n’était pas admissible.

Après la mort foudroyante de Madame, survenue le 3o juin 1670, le duc d’Orléans, porta tout juste le deuil de sa femme le temps exigé par l’étiquette et se remaria l’année suivante avec Elisabeth- Charlotte de Bavière, fille de l’Electeur Palatin.

Dans l’intervalle, il fallut régler les affaires de la succession d’Henriette- Anne d’Angleterre et faire le partage des biens, grosse question dans une famille princière, et épineuse surtout quand il s'agit d'une fortune énorme représentée par des propriétés ayant les formes les plus diverses. lilnventaire des biens personnels de Madame, — dressé par Pierre Gillot et Sébastien Mollet, maîtres tapissiers, Aubertin Gauderon et Pierre Golle, maîtres menuisiers en ébène, Thomas Merlin, orfèvre du roi, Pierre Courtois et Jean Pitan, marchand joaillier, Ant. Hureau, marchand lapidaire, et J. -VI. Picard, peintre du roi, — nous donne le relevé de tous les beaux meubles, tapisseries, tableaux, qu’elle avait dans ses diverses résidences. Rien qu’au Palais-Royal on 11c compte pas moins de 169 tableaux (du numéro 3o4 de X Inventaire au numéro 473), dont quelques-uns de tout premier ordre. Voici la liste de quelques-uns:

Tableaux appartenant a Henriette d'Angleterre: Van Dyck : La Famille, royale (V Angleterre (estimé 1,200 livres). — L'Espagnolette : Petit Moyse (800 livres). — Le Guide : Cléopâtre (5oo livres). — P. Véronèse : Jugement de Paris (600 livres). — Le Guide : Cupidon, de toute sa hauteur Ci 00 livres). — Paul Bril : Grand Paysage

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