‹ Le Palais Royal (volume 2)Chapitre 11 sur 94 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

enfants avaient eu de superbes layettes , et l’on disait, dans le quartier, que M. l’intendant faisait bien ses affaires. Jusqu’à lage de 12 à 13 ans, c’està-dire, jusqu’en 1784 et 1785, les deux sœurs étaient mises comme de jeunes personnes de condition. Personne ne soufflait ; on croyait savoir ce qu’était leur père ; on avait même découvert qu’il était l’intendant d’un évêque.

Mais tout à coup, en 1786, la parfumeuse parut triste, éplorée : elle prit le deuil de veuve. Ses filles étaient encore plus jolies, sous ce triste costume. On vit alors paraître quelques beaux messieurs à la boutique de la mère, qui abandonna son commerce. Elle disparut avec ses filles.

C’est que le père, non l’intendant, mais 1’*** de*** lui-même, était mort d’apoplexie, sans avoir pu rien faire pour sa femme, ni pour ses enfants. Nous disons sa femme : c’est qu’effectivement le faux Torel l’avait épousée, sous le nom de son valet de chambre, et qu’il s’était fait recevoir marchand parfumeur. Aussitôt après sa mort, Mad. Torel, qui n’avait pas ménagé, se trouva presque sans ressources, avec sa mauvaise boutique. Quelques connaissances de son mari vinrent la voir, et se proposèrent pour entretenir ses filles, après

lui avoir déclaré, ce qu’était son mari; car elle l'ignorait.

Le plus scélérat d’entre'eux, riche bénéficier déguisé exprès sous l’uniforme de la marine, eut Filumène, l’aînée. Il la séduisit, la corrompit, et quand il en fut las, il la mit chez une matrulle, quï profita de la seconde fleur de ses charmes. Filumène, qui se vit recherchée, sentit enfin tout ce quelle valait : elle voulut se mettre à elle, se loua un bel appartement, celui qu’elle occupe aujourd’hui, 3 août 1789, et où elle exerce son art : car celui des filles comme elle n'est pas un métier, à cause de ses finesses exquises. Filumène tâche d’avoir des grâces, de la politesse, des talents. Elle estropie un peu tout cela ; mais on lui tient compte de la bonne volonté.

Nous en resterons-là, pour cette première fille.

Quant à Sofie, sa cadette, plus heureuse que son aînée, elle eut pour amant un premier commis des bureaux de Versailles, qui devint veuf la seconde année de l’entretiennement.

Il était si charmé de la beauté, des grâces de Sofie, si touché de son attachement, qu’il l’a épousée. Elle est passablement heureuse. On dit qu’elle ignore le sort de sa sœur. Elle l’apprendra par cette historiette. Car, vu la célébrité de notre nom,

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