‹ Le Palais Royal (volume 2)Chapitre 20 sur 94 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Elle était alors remplacée par une petite voisine, fille publique de son métier.

La raison de cette conduite était non-seulement leloignement qu’inspirait l’aveugle, laid, vieux et fort sale, comme tous les gens de son état, mais encore l’envie qu’avait madame sa mère de tirer d’un sac deux moutures. En effet, tandis que la petite Zaïre était auprès de l’aveugle et surveillée par la mère, Bienfaite recevait d’autres amants et gagnait au double.

Tout allait assez bien, lorsque l’inspecteur de police du quartier tira toute l’aventure au clair. Ce coquin intéressé, comme tous ses pareils, fut indigné qu’il se commit du mal dans son arrondissement autrement que par sa protection payée. Il fit déguiser un espion, qui se . présenta comme amant chez Bienfaite et sa mère. Il fut reçut. L’inspecteur, qui fournissait l’argent, savait bien comment le retirer. L’espion obtint les faveurs de Vénus, et donna les amertumes vénériennes...

L’aveugle y fut pris. Il éclata. L’inspecteur accourut à son secours, enleva la mère et la fille, les conduisit à Saint-Martin, qui existait encore, et s’empara de tout leur avoir, devenu considérable ! Ce fut un coup d’or!...

On fit traiter Bienfaite à Bicêtre, c’est-à-dire de

la manière la plus cruelle et la plus imparfaite, manière détestable, effet de l’ignorance, et dont Préval elMittié démontrent si bien les dangers en en présentant une meilleure. Bienfaite, de tous ses charmes, ne conserva que sa taille. Elle sortit de l'hôpital pauvre et boursouffiée ; sa mère, moins heureuse, y était morte. Le dernier rejeton de l’ancienne famille des Bienfaits , qui était peut-être greffée sur celle des Briochés , se trouva seule, isolée, sans asile ; elle entra chez une matrulle, gagna quelques nippes, se mit à elle, acheta un karako brun-rayé, vint briller le soir au Palais-Royal en cachant à force de rouge certains ravages, et est enfin parvenue à la gloire d'être une de nos héroïnes.

Observons que les anciens exempts inspecteursespions faisaient plus de mal aux mœurs en un an, sous les lieutenants de police, que tous les magistrats de ce nom redouté n’ont fait de bien en un siècle... Y avait-il quelque part une jolie fille honnête et pauvre, on la catinisait , malgré elle, en l’arrachant des bras de. sa mère épouvantée.

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