PREMIÈRE PARTIE
telet à tailler. Elle l’acheva sur une journée. — Qu’est-ce que nous vous paieront, ça ? lui dit l’aînée : quinze sous de façon. Ce n’est pas pour vivre. Nous vous donnerons le moyen de gagner six francs en un quart d’heure. Fayelle la remercia. Un instant après , quelqu’un entra : c’était un homme. — J’ai une jolie femme, toute fraîche, dit l’aînée des deux sœurs : c’est l’épouse d’un huissier, que les circonstances mettent hors d’état de soutenir sa maison : elle fait comme elle peut. En achevant ces mots, elle le conduisit auprès de Fayelle. — Causez vous deux, dit-elle, en les enfermant. — L’homme s’expliqua clairement. Fayelle voulut résister : mais sa nouvelle hôtesse était à la porte ; elle la gronda fortement, sans ouvrir...
Pour achever cette triste aventure, nous dirons que Fayelle est restée un mois chez les deux sœurs ; que son mari a été tué ; qu’elle s’est aussitôt mise à elle, et qu’elle va au Palais royal. C’est là que sa ressemblance lui a donné plusieurs amateurs.
Le premier, qui fut pris à cet appât, était un jeune homme de province. L’huissière lui dit en confidence, ce qu’elle prétendait être. Ce jeune homme était délicat, sans doute, quoique gascon : il fut dans l’ivresse... Mais il s’en retournait dans huit jours sur les bords de la Garonne. Il amena un de
ses amis à Fayelle. Celui-ci était un brutal. Persuadé de la prétendue vérité, il fit souffrir cent humiliations à celle qu’il croyait avoir admirée... Il ameuta d’autres brutes, comme lui, en grand nombre !... Aussi l’infortunée passe rapidement!... Elle ne doit entrevoir qu’un effrayant avenir, à moins que quelqu’un de sa famille ne vienne à son secours. Nous publions son historiette déguisée, dans le dessein d’avertir les personnes qu’elle intéresse, ou celles qui ont de l’humanité.